Michel Fromaget : Zundel ! Je suis vraiment heureux que vous m’en parliez. Car la découverte de Zundel, que je fis bien tard, en 2005 seulement, fut aussi pour moi un évènement intellectuel d’une portée exceptionnelle. Comment dire ? Exception faite des ouvrages de N. Berdiaev, de ceux de K.G. Dürckheim et de V.E. Frankl, je ne trouvais personne parmi les penseurs des temps modernes pour m’aider à mieux percevoir et comprendre la fameuse distinction du psychique et du spirituel, de l’âme et de l’esprit, et notamment pas la « seconde naissance », cette métamorphose décisive par laquelle l’homme passe de la condition psychique à la condition spirituelle et qui est à la racine, comme vous le savez, de l’anthropologie ternaire.

Jusqu’en 2005 donc, pour mieux saisir la distinction de l’âme et de l’esprit, ainsi que l’évènement intérieur capital qui l’actualise, je n’avais d’autres ressources, si je voulais rester dans le cadre de la tradition occidentale, que d’en référer à l’Evangile, à saint Paul, ou aux Pères de l’Eglise des premiers siècles. Or, je découvrais en Zundel (1894-1975), un penseur d’une sagesse remarquable et d’un très grand savoir, un penseur dont l’anthropologie est toute entière fondée sur la distinction-opposition de l’homme naturel / spirituel, qui sait en parler et l’expliquer de manière étincelante, comme seul peut le faire qui en a une authentique et durable expérience. Il est d’ailleurs tout à fait remarquable qu’en bien des points Zundel s’avère si semblable aux Pères de l’Eglise. A le lire, le fait toujours me frappe : on sent une même lucidité, une même force, une même intransigeance, un même amour de la vérité. Zundel voit, et il dit ce qu’il voit. Et il voit que l’homme n’existe pas (ou si peu) et qu’il est encore à venir. Oui ! Non seulement il voit très clairement cela, mais aussi il le dit très clairement.

Or, bien évidemment, cela est tout à fait intolérable à nos contemporains, toujours si gorgés d’eux-mêmes. Zundel est aussi ce prêtre qui remercie Jésus-Christ de « nous avoir délivrés de Dieu » ! On comprend qu’il ait été fermement repoussé tant par sa hiérarchie que par la plupart des chrétiens de notre temps tout à fait incapables d’accepter un langage aussi viril. Telle est la raison pour laquelle Zundel a passé sa vie pratiquement en exil, prédicateur itinérant toujours sur les routes. Paul VI, qui connut Zundel bien avant de devenir Pape, le considérait comme un génie spirituel fulgurant. Je n’ai pas personnellement connu Zundel, mais à le lire c’est bien là ce que je ressens. Il s’agit vraiment d’un homme d’une envergure immense. Prêtre, poète, prédicateur, écrivain, mystique, guide spirituel, esthéticien, philosophe,…Zundel était tout cela, et plus encore. Mais bien sûr, comme souvent pour les hommes de cette trempe, la pensée du Maître ne peut être abordée sans précaution. Il me semble que les deux livres, Je est un Autre et Hymne à la joie , écrits par Maurice Zundel à la fin de sa vie, seront pour beaucoup une excellente introduction à son œuvre.

Oeuvre de Michel Fromaget:

  • Essais sur l’ipséité et les métamorphoses de l’idée de mort  (thèse de IIIe cycle, Université de Caen, 1977, 435 p.)

  • Individuation et idée de mort. Essai d’anthropologie de l’imaginaire  (thèse de doctorat d’Etat, Université de Paris V, 1981, 903 p.)

  • « Corps Ame Esprit » Introduction à l’anthropologie ternaire  (Paris, Albin Michel, Question De, 1991, 383 p.)

  • Le symbolisme des Quatre Vivants  (Paris, Editions du Félin, 1992, 203 p.)

  • L’homme tridimensionnel  (Paris, Albin Michel, Question De, 1996, 250 p.)

  • « Corps, Ame, Esprit » Introduction à l’anthropologie ternaire (Bruxelles, Editions Edifie, 1999, 2ème édition, deux volumes, 265 p. et 240 p.)

  • Dix essais sur la conception anthropologique « Corps, Ame, Esprit »  (Paris, L’Harmattan, 2000, 240 p.)

  • Majestas Domini. Les Quatre Vivants de l’Apocalypse dans l’art  (Turnhout, Brépols Publishers, 2003, 12 ill. n/b, 31 ill.c., 105 p.)

  • Naître et mourir. Anthropologie spirituelle et accompagnement des mourants  (Paris, F.X. de Guibert, 2006, 250 p.)

  • Modernité et Désarroi ou l’âme privée d’esprit  (Grenoble, Le Mercure Dauphinois, 2007, 20 p.)

  • Eros, Philia, Agape. Nouveaux essais d’anthropologie spirituelle  (Paris, Editions Romaines, 2008)

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