Au Caire, en 1961. Raymond Francis accueille et présente Maurice Zundel avant une conférence.
Raymond Francis était auteur, directeur de thèse, et traducteur. Il a effectué un travail de thèse publiée en 1953 : Les pensées de Pascal en France de 1842 à 1942.

Eh bien ! mon Père, [M. Zundel] ce qui nous a le plus frappé, je pense, dans cette série de conférences que vous avez eu la bonté de nous faire cette année comme dans les années précédentes, c'est que derrière chaque texte – et c'est un euphémisme que de parler de texte quand il s'agit de vous, car nous savons très bien que vous gribouillez trois mots, simplement trois mots mnémotechniques sur la première feuille, sur le verso de Dieu sais quelle enveloppe très ancienne ou quelque bloc note qui vous sert simplement de point d'appui – derrière chacun de vos textes, c'est-à-dire derrière chacune de vos conférences, chacun de vos entretiens, au fond ce que vous avez rencontré c'est l'homme, l'homme qui croit en l'homme parce qu'au fond il croit profondément en Dieu.

L'homme qui croit en l'homme, comme croyait en lui Pascal et pour moi vous êtes inséparable de l'auteur des "Pensées." Je n'oublierai jamais quand j'ai commencé à faire un tout petit travail sur Pascal, travail de thèse (1) – dès qu'il s'agit de thèse, il faut tout de suite dire « un tout petit travail » – je vous ai demandé mon Père, très simplement : « Est-ce que vous aimez Blaise pascal ? » et vous m'avez répondu : « Il est pour moi un ami. » […]

Vous savez pertinemment qu'un esprit peut être convaincu, mais que le cœur ne marchera que s'il est vraiment persuadé. En nous parlant l'autre jour des sacrements ; vous ne l'avez pas fait – Dieu merci – selon les normes habituelles, dans les termes habituels...

Vous avez essayé de porter sur des choses qui sont mêlées à notre vie quotidienne, de porter un regard personnel et je crois que le meilleur témoignage que nous puissions rendre, que nous puissions vous rendre d'abord et rendre à la pensée que vous représentez, c'est justement de nous débarrasser, nous aussi, de ce qui est conventionnel de ce qui est appris, et d'essayer dans la mesure de nos moyens, non seulement de donner un sens nouveau aux mots de la tribu, aux mots de la cité, aux mots que l'on répète et qu'un homme comme Mallarmé déplorait tellement et de donner également un sens nouveau à nos gestes à ceux que nous faisons et à ceux que les autres font vers nous. Je ne veux pas mettre à plus longue épreuve votre patience, mon Révérend Père, ni votre modestie.

Celui qui rend possible ce que nous croyions impossible

Je vous dirai simplement, je vous rappellerai un mot que vous connaissez certes mieux que moi, puisque vous avez eu l'occasion de nommer cet auteur – que je ne porte pas beaucoup dans mon cœur parce qu'il n'a pas très bien compris certains passages de l'apologie – : Valéry. Valéry a défini dans une formule lumineuse le vrai maître, en écrivant un jour que : « c'est celui qui rend possible ce que nous croyions impossible. »

Eh bien ! Je crois que Maurice Zundel est dans cette formule, si on avait l'audace de l'enfermer dans une formule… Après chacun des contacts que l'on a avec vous, on sort avec la certitude que ce que l'on croyait impossible est devenu possible.

Ajouter un Commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication. Les contributions doivent porter sur le sujet traité, respecter les lois et règlements en vigueurs, et permettre un échange constructif et courtois. A cause des robots qui inondent de commentaires publicitaires, nous devons imposer la saisie d'un code de sécurité.

Code de sécurité
Rafraîchir