Petits détails de la vie du père Maurice Zundel.

Une de nos anciennes sœurs (la seule survivante de nos chères Fondatrices), actuellement âgée de 80 ans et très malade, me prie d'être son porte-parole. Voici donc, soigneusement noté, tout ce qu'elle désire vous dire. (J'y ai ajouté quelques petits détails.)

Ce m'est une joie de répondre à votre désir en citant quelques-uns de mes souvenirs de notre très cher Père Zundel.

Notre Carmel a été fondé seulement en novembre 1927 et le père Zundel est arrivé chez nous le 24 décembre 1939. Nous étions donc encore peu nombreuses, et aussi nous avions des sœurs malades et âgées. Nous ne nous doutions pas·à ce moment quel don le Seigneur nous faisait par le séjour de ce saint prêtre chez nous, car sa présence a été une vraie source de grâces spirituelles pour nos âmes.

A son arrivée, nous avions, à domicile, un aumônier de rite maronite qui célébrait chaque jour la messe de communauté.

Etant encore nouveau ici, le·père Zundel a assisté une fois, un jour de grande fête, à la messe de notre aumônier maronite qui, à l'opposé du père Zundel, mettait toute sa ferveur à célébrer les grandes solennités avec une voix la plus forte possible (presqu'en criant…) et, pour comble, le jeune homme qui lui servait la messe en faisait de même !

Le père Zundel ne pensait jamais à lui-même : on pouvait le déranger à n'importe quelle heure. Lorsque l'une ou l'autre d'entre nous avait besoin de lui parler, elle le faisait avertir et, aussitôt, interrompant son travail, il se rendait au parloir pour écouter la sœur et lui transmettre le message divin dont elle avait besoin. Dieu seul sait quel soutien spirituel il a été, en particulier pour quelques-unes d'entre nous, dans leurs heures de difficultés !

A mesure qu'il était plus connu en ville, les visiteurs affluaient pour le voir : les uns pour leurs besoins spirituels et d'autres, malheureusement, pour leurs besoins matériels : en principe, le père Zundel ne voulait refuser l'aumône à aucun mendiant ! Inévitablement, quelques-uns en abusaient… Une fois il arriva qu'une dame, amie de notre Carmel, lui fit un jour don d'un couvre-lit tout neuf et bien meilleur que celui qui lui servait : or, il se passa à peine quelques jours, et voilà que le beau couvre-lit disparut… Lorsqu'on questionna le Père, il répondit simplement qu'on lui avait fait cadeau à lui-même de ce couvre-lit et que, par conséquent, il était libre d'en disposer !... Il en avait fait don à une pauvre !

Autre exemple montrant jusqu'où le menait sa charité et son esprit de dépouillement : il avait un très beau calice, autant précieux qu'artistique, auquel il tenait beaucoup et dont il ne se séparait pas dans ses voyages. Un jour, n'ayant rien à donner à une personne nécessiteuse (…ou du moins se faisant passer comme telle), le père n'hésita pas à vendre son magnifique calice (sur lequel était incrustée la date de son ordination) afin de pourvoir aux besoins de cette personne ! Ce n'est pas du tout qu'il fut trop crédule, ou naïf : mais il estimait préférable de se tromper en donnant sans véritable besoin du quémandeur, que de courir le risque de refuser l'aide de quelqu’un qui serait réellement dans le besoin ! C'était son principe.

Autre petit trait révélateur de sa bonté pour les personnes de service : une fois, un de nos bienfaiteurs nous apporta un sac de riz. A son arrivée, son chauffeur déposa naturellement ce sac simplement à l'intérieur, près de la porte de la rue, en attendant qu'on le fasse prendre. Or, à ce moment, la Portière était forcément occupée à recevoir le bienfaiteur et à l'accompagner et lui ouvrir le parloir. Et voilà que notre bon père Zundel passe par là, juste à ce moment et, profitant de l'éloignement de la Portière, il n'hésite pas à charger sur son propre dos ce sac de riz de 25 kg et à le porter ainsi, lui-même, jusqu'à l'endroit voulu, épargnant par le fait cette peine à la Portière qui en fut bien confuse !

Père Zundel n'avait guère souci de sa santé : une fois, il se trouva gravement atteint par une pneumonie : sentant les malaises de la fièvre, il interrogea la personne de service : « Suis-je réellement malade ? Ou est-ce une blague ? » Voyant cette situation un petit groupe de ses amis (les vrais !) décidèrent son hospitalisation et firent les démarches nécessaires pour le faire admettre dans un bon hôpital afin de lui assurer immédiatement les soins nécessaires. Naturellement ils firent ces démarches sans le consulter, autrement ils n'auraient jamais obtenu son consentement ! Lorsque la voiture arriva et qu'on l'invita à y monter pour être hospitalisé, il domina son mécontentement et, le visage rouge de contrariété, et peut-être aussi de fièvre, il ne laissa échapper de sa bouche que ces mots : « Mes amis, c'est une trahison ! » Ensuite, il se laissa docilement soigner et nous revint de l'hôpital en bonne santé.

Pour la question de la nourriture, le père Zundel était très mortifié : son menu, très sobre, ne variait jamais, autant les jours ordinaires que pour les fêtes.

Pendant tout le temps que le père Zundel a passé chez nous, il nous donnait régulièrement une conférence chaque mardi, sur des sujets différents. Au début de la conférence, il avait toujours les yeux baissés, mais, à mesure que sa pensée s'envolait, on le sentait tout pris par le sujet dont il parlait.

Presque toujours, quelques personnes de ses amis, quatre ou cinq, venaient y assister, et quelques-unes prenaient des notes pour elles-mêmes.

Le père aimait beaucoup le chant des oiseaux : il était ravi lorsqu'il les entendait pendant son sermon et, parfois, il s'arrêtait un instant pour mieux les écouter…

Il a fait un bien inouï en Egypte : un grand nombre de personnes de toutes catégories, y compris des prêtres, le consultaient, et ils appréciaient beaucoup sa spiritualité.

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