Nadia Saad (Guide au Caire en 1940 ; témoignage écrit en 1999)

« L'abbé Zundel était notre aumônier scout. J'avais 13/14 ans. A l'âge de 12 ans, j'étais déjà une grosse tête. J'avais bien évalué la situation autour de moi. Ma mère ne m'avait jamais embrassée. Le jour de ma première communion... je suis devenue rouge des pieds à la tête, me disant : " On va le découvrir, tout le monde va le savoir ". Et je voulais mourir, que la terre s'ouvre, c'était horrible ! Pour elle, j'étais la ‘jeune-fille’ et j'étais un problème.

Et j'ai bien regardé tout cela. Et j'ai bien décidé que je ne voulais pas vivre et que je devais me suicider...

Un jour, le Père Zundel nous parlait, c'était très très beau, magnifique... Il a dit que le suicide était un péché mortel. Moi, je n'étais pas d'accord. Je suis allée le voir. Alors moi, je lui disais : " Mais mon Père, moi je ne suis pas du tout d'accord avec vous pour le suicide. Vous voyez, moi, je sais que je suis tellement contente d'être en vie ; je suis reconnaissante qu'Il m'ait donné la vie. Mais moi je ne sais pas l'utiliser, je ne sais même pas quoi en faire. "

Je n'étais pas désespérée, j'étais froidement décidée, que, comme calcul, je n'avais absolument aucune chance.

Alors je lui dis : " Non, ce n'est pas un péché. C'est si je vis, que cela va être un péché, parce que je ne vais rien faire de bon dans ma vie. Et je vais offrir ma vie au Bon Dieu pour qu'Il la donne à quelqu'un d'autre, qu'il puisse vraiment vivre une vie comme il faut. Moi, je ne le pourrais pas. Et je ne vois pas pourquoi c'est un péché, moi je ne veux faire de mal à personne... Il n'y a personne autour de moi qui va m'aider à vivre. "

Lui ne disait pas un mot. »


« Vous savez comment il était : il s'asseyait comme ça, en face de moi, et il écoutait comme cela. Il écoutait ! ... Il écoutait les yeux fermés, un peu penché en avant, comme ça, extraordinaire ! Moi, j'étais là, petite fille... Je ne voyais pas son visage...

Alors je continuais : " Non, je ne veux pas mourir en état de péché, je suis sûre que ce n'est pas un péché. Je crois que vous vous trompez, parce que, quand même, c'est une chose que j'ai et que je donne... C'est une offrande que je fais. Je suis capable de la faire maintenant, mais plus tard... Je ne peux même pas faire des études. Je n'ai pas de moyens... Mes frères se moquent de moi, ils ne voudront pas m'aider ".

Je continuais, je continuais... Je commençais à devenir un peu émue, mais je ne l'étais pas.

Et alors, sans ouvrir les yeux, sans me regarder, il se met debout. Puis il ouvre les bras comme cela. Puis il me prend dans ses bras : il était fort, je sentais ses muscles durs comme le bois. Il a mis sa tête contre ma tête et j'ai senti qu'il pleurait.

J'ai senti ses larmes sur mon visage, il m'a serrée, il m'a bercée comme ça... et il m'a dit : " Mais moi, ma petite fille, je vous aime ". J'ai pleuré pendant trois jours. Ma mère a appelé le médecin. Et après cela je n'ai plus jamais eu d'obstacle. J'étais guérie.

C'était comme si " il avait mis une flamme ".

Il m'a enfantée. Je ne peux pas vous dire, c'était presque miraculeux : j'étais ‘re-née’. C'était absolument comme une naissance, j'ai en moi une sorte de force qui ne m'a plus jamais quittée. Je lui dois tellement, c'est fou !

Mais après, je n'avais plus besoin. »


« Quand il est parti, je suis allée lui dire : " Mais qu'est-ce que je vais faire quand j'aurai des problèmes ? " Alors, il a mis ses deux mains sur mes épaules et il me dit : " Il faut écouter cette voix qui est en vous, c'est toujours la réponse à tout. Il faut écouter la voix intérieure, il y a toujours quelqu'Un... Il y a quelqu'Un qui sait, il faut seulement apprendre à écouter. " Et il est parti. Je lui dois toute mon énergie. J'avais l'impression que rien ne pouvait m'atteindre. Cela m'avait beaucoup impressionnée. Et je l'ai pris comme une règle de vie. Quand j'ai un problème, je médite. Et je n'ai pas besoin de directeur spirituel. Je n'y crois pas. J'ai une vie tellement...

J'ai l'impression que personne ne peut vous conseiller, que vraiment vous-même. Cela m'a beaucoup marquée. »


« Une autre chose que Zundel a faite pour moi : je me concevais comme la laideur absolue (j'étais laide), et que j'étais un problème pour les gens qui me regardaient (j'étais laide !). Et personne ne pourrait jamais m'aimer parce que j'étais moche. Je ne regardais pas les gens dans les yeux, je me sentais tellement moche, je ne souriais pas, je ne savais pas parler.

Et alors, je me rappelle qu'un jour il nous a parlé de : " Comment devenir beau ". Comment la Beauté se 'crée' de l'âme. Comment elle se réfléchissait sur le corps.

Je n'étais pas laide après cela. Je n'étais plus laide. J'ai changé de visage. Il nous parlait d'une manière concrète. Comment cette lumière, cette transparence, dans le visage, de l'âme, c'était beau ! Moi, j'étais transfigurée. Cela m'a beaucoup aidée. Je faisais vraiment un effort pour que, à l'intérieur, je sente cette flamme. Cette lumière qui allait sortir de là-dedans et allait me changer la figure. C'était extraordinaire. Il fallait voir cette flamme intérieure, cet amour, cette passion qui allait sortir par toutes les cellules. C'est extraordinaire !

C'est dommage que ces choses ne soient pas écrites. Jamais je n'oublierai cette causerie qu'il nous a faite. J'étais complètement transformée. Mais vraiment, je faisais un travail sur moi pour devenir belle. Il nous disait qu'il fallait devenir beau. »


« Cela m'a tellement, tellement impressionnée. C'est un privilège de l'avoir connu. Mais moi, c'est une grâce de Dieu : qu'est-ce que je serais devenue ! Je me serais peut-être suicidée, parce que j'étais sérieuse avec mon histoire de suicide. Et j'avais mes arguments bien organisés ! »

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