Témoignage de Jean MOUTON (homme de lettres, critique d'art, attaché culturel en divers pays, a épousé la secrétaire de Ch. Du Bos, Madge Vaison ; Zundel l'a rencontré lors de son séjour à Paris à partir de 1929. Zundel fut invité à bénir leur mariage. Témoignage reçu en 1983)

« En 1954, nous allâmes, Madge et moi, le rencontrer à Lausanne avec nos trois enfants. Il était attaché à la paroisse du Sacré-Cœur à Ouchy. Dans sa chambre, dont la fenêtre plongeait sur le lac Léman, il nous accueillit, vêtu d'une soutane blanche. Toute sa personne rayonnait, mais sans la moindre domination.

 

Il donnait le sentiment, non pas d'être au-dessus des règles, mais d'aller jusqu'au fond de leur origine, et ainsi de les envelopper de lumière, de leur donner un rôle d'amical soutien. On les respecte alors, sans que leur poids aille jusqu'à l'intolérable. »


« En 1964, à Londres, je reçus la visite d'un père Jésuite(*) qui préparait des rencontres pour Maurice Zundel. Mettant au point son séjour, il me rappela la nécessité d'un régime ascétique que suivait Maurice Zundel – nécessité dont il n'était pas toujours facile de tenir compte – et il ajoutait : " L'ascétisme est un luxe ". Maurice Zundel fut donc invité à parler devant une réunion nombreuse d'étudiants, au Cercle Péguy des Pères maristes de la paroisse française de Londres.

Il parla des problèmes sociaux, emporté par un frémissement que je ne lui avais pas connu jusque là. Il conquit d’ailleurs son auditoire, et ces jeunes auditeurs se disaient entre eux : " Il a raison ". »

(*) père Liran – Vie Nouvelle)


« Le lendemain, étant notre hôte, Madge l'accompagna dans une longue marche à pied à St Paul... Le jour suivant, ce fut mon tour de l'emmener à la National Gallery, sur sa demande... En vérité, ce fut lui qui me fit arrêter longuement devant la " Madeleine lisant " de Roger Van der Weyden, et je lui fus reconnaissant d'avoir attiré mon attention sur ce tableau que, jusqu'ici, j’avais peu remarqué...

 En effet, il me paraît correspondre à des traits essentiels de la personnalité de Maurice Zundel. D'abord l'attention de la jeune femme vers le livre, cette attention qui – selon Malebranche – équivaut à la prière de l'esprit ; le prix du parfum enfermé dans un vase correspond à la concentration, à l'intérieur de l'âme ; la transparence du chapelet de verre traduit la lucidité de l'intelligence ; enfin l'échappée de la fenêtre vers le monde extérieur marque la quête sans repos vers la liberté. »


« A partir des années 1964, Maurice Zundel vint chaque année à Paris : au cœur de l'hiver, pendant une journée, il réunissait au Cénacle (avenue de Breteuil) ses amis, c'est-à-dire tous ceux qui avaient besoin de sa parole. Toujours debout, toujours drapé dans son ample cape, comme un moine que Rodin aurait modelé dans la pierre, il nous mettait, par sa parole, au rythme de sa respiration. Car Maurice Zundel respirait et, dès le premier instant, nous savions que nous ne pourrions continuer à vivre sans cette respiration... Oui, ses paroles volaient, mais elles volaient vers nous, en nous apportant une force plus sensible que celle d'un écrit condensé : on pense aux " paroles ailées " des héros d'Homère. »


« Maurice Zundel était plus un être qui parle que quelqu'un qui écrit. Maurice Zundel, comme St Jean, reprenait le même thème : celui de " l'Amour qui n'est pas aimé " selon Jacopone da Todi et qui doit finalement être aimé... Chez Maurice Zundel, on n'avait jamais l'impression d'un trop-plein qui se rompt, mais d'un flux soutenu apportant tantôt sérénité et tendresse, tantôt chaleur et élan. A la surface de cette " eau qui coule " ... tout à coup un rayon de soleil frappe directement une surface limitée de son cours, créant, en l'immobilisant, un diamant qui scintille – tels ces raccourcis saisissants que l'on découvre dans.la parole de Maurice Zundel :

" Dieu est Dieu, parce qu'Il n'a rien " ;

" La transparence des choses est devenue ma prière " ;

" Il y a peu d'hommes réellement existants " ;

" Je ne suis pas, mais je puis être " ;

" Nos origines humaines sont en avant de nous ".

Maurice Zundel, pour ceux qui l'ont connu, ne cessera jamais de poser les questions les plus fondamentales. De toute évidence, il était un saint, et, comme un saint, il se manifestait par des paroles et par des actes qui constituaient autant de paradoxes... »

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