Depuis quarante-trois ans, Maurice Zundel a été mon compagnon sur le chemin de la Foi et c’est volontiers que je donne mon témoignage sur l’expérience spirituelle qu’il m’a permis et me permet de vivre. Agé de 51 ans maintenant, je mesure mieux combien j’ai eu de la chance de le connaître encore de son vivant alors que j’étais enfant : ce fut sa première influence; pendant mon adolescence de 1974 à 1978 et, après son passage de la vie à la Nouvelle Naissance, il m’a instruit par ses livres publiés de son vivant : deuxième influence ; en tant qu’adulte, de nombreuses publications inédites et de précieux enregistrements m’ont aidé à explorer les richesses de la spiritualité chrétienne (catholique mais aussi orthodoxe) à partir de ses réflexions et selon les questions qui me préoccupent  : troisième influence.

L’enfance

Enfant de la paroisse du Sacré Cœur d’Ouchy-Lausanne (Suisse) où j’ai reçu le baptême, j’ai souvent rencontré le Père Maurice Zundel de 1967 à 1973, sur mon chemin d’école comme lors des activités de la paroisse. L’image la plus ancienne qui s’est gravée dans ma mémoire est son visage grave et en même temps illuminé par un sourire. Ce qui m’a le plus marqué cependant, c’est sa façon de célébrer la Messe : il La vivait avec une telle intensité que, sans tout comprendre, je percevais une beauté me donnant une profonde joie intérieure. La célébration était ponctuée de silences remplis d’une Présence qui parle au cœur. Pour la Messe dite des enfants, il savait résumer un conte ou une parabole pour en dévoiler tout le sens et les adultes ne manquaient pas d’y assister eux aussi : il faisait toujours le plein de fidèles ! Deux traits majeurs le caractérisaient : son sens de l’écoute (lors des confessions) et son don à captiver l’attention (Messes, catéchisme). Avec lui, le temps s’écoulait sans que l’on s’en aperçoive. Ses propos m’ont marqué car ils provenaient du cœur et étaient les fruits de méditations et m’ont préparé à pouvoir le lire avec profit. C’est plus tard, à mes 15 ans, soit l’année de sa naissance à Dieu, que j’ai vraiment compris qu’il nous offrait les fruits de sa contemplation permanente du Nouveau Testament. Ayant quitté la ville de Lausanne en 74, c’est par ses livres que j’ai bénéficié de sa deuxième influence.

L’adolescence

Ma chance a été de pouvoir commencer mes lectures avec ses ouvrages d’un abord plus facile : Recherche du Dieu inconnu qui reste très utile pour débuter la découverte de son œuvre écrite ou pour celui qui veut s’occuper du catéchuménat des adultes. Ma passion augmenta avec Le poème de la sainte Liturgie : ma façon de vivre la Messe a complètement changé grâce à ce texte car Elle a pris pour moi tout son sens (ce que, sans Maurice Zundel, je n’aurais pas pu connaître et à un âge où j’étais pourtant dans un collège catholique). Ensuite et ce fut encore pour une dernière fois le hasard ou la providence, j’ai acquis L’Evangile intérieur : à partir de ce moment-là et jusqu’à mes 20 ans, je devais avoir lu environ les treize livres sur les dix-neuf publiés de son vivant. Je n’ai plus cessé de le fréquenter pour approfondir ma Foi.

Adulte

Dans les années 80, j’ai connu un véritable bonheur spirituel avec les publications de ses homélies par les éditions Sigier et Desclée comme quelques-unes de ses retraites par les cassettes enregistrées de l’Atelier du Carmel. Ensuite, il y a eu de nombreuses éditions de qualité pour diffuser, sous différentes formes, la pensée de Maurice Zundel : je n’ai pas tout lu certainement mais une grande majorité d’entre eux, sans aucun doute, a nourri ma quête de vérités dans la Foi, cette intuition première de la présence de Dieu dans la vie, que la raison conforte plus qu’elle ne l’infirme.

Les fruits de cette rencontre

Sur le plan intérieur, Maurice Zundel m’a offert cette sérénité que procure la confiance que l’on accorde à Dieu qui est aussi bien Père que Mère. Il m’a fallu toutefois plusieurs années pour comprendre que chaque homme peut devenir une cathédrale rendant gloire à Dieu, le cœur devenant tabernacle. Nul ne connaît les secrets d’un cœur, si ce n’est le Créateur.

Comment Dieu peut-Il encore croire en l’homme ? En tant qu’historien et après avoir vécu de nombreux circonstances particulières, j’ai étudié et vu tant de bassesses humaines que cela me paraissait tout à fait impossible. C’est finalement l’expérience de la vie qui m’a fait donner raison à Maurice Zundel : il ne faut pas réduire une personne à un seul acte, aussi cruel puisse-t-il être ; il faut admettre que le pire criminel a encore une capacité potentielle de faire le bien si son cœur se convertit : rien n’est impossible à Dieu mais combien je souhaiterais plus de miracles ! Reprenant les paroles de Padre Pio à une personne qui prétendait ne pas croire en Dieu, Zundel aimait à dire d’une voix forte : «  Dieu croit en l’homme ! ». Le fait d’avoir rencontré des personnalités admirables par leurs engagements, dans la lumière (d’une vie de travail p.ex.) comme dans la discrétion (d’une chambre ou d’un couvent) - il y en a tant que les media ne mentionneront d’ailleurs jamais mais elles existent-, m’a réconcilié avec le genre humain. Toutefois la jalousie, l’hypocrisie, la lâcheté et l’orgueil font des ravages : l’homme a tant d’efforts à faire pour ne pas y succomber.

Lire Zundel a changé ma lecture de l’Evangile de Jean et j’ai aussi compris toute la force et la richesse du contenu des épîtres de saint Paul. De plus, il m’a invité à lire les écrits de Saint Augustin : là, ce fut et reste un bonheur que je vis encore. Mais l’appétit venant en mangeant, j’ai abordé régulièrement d’autres Pères de l’Eglise et je constate qu’il me reste de nombreux trésors spirituels à découvrir et que ma vie n’y suffira pas : j’ai poursuivi avec saint François de Sales, saint Ignace de Loyola, Grégoire de Nazianze, Isaac le Syrien, saint Bernard, des méditations de Chartreux et bien d’autres merveilles. Il y a une ombre au tableau : la plupart des contemporains ne les lisent plus et ne connaissent pas ces auteurs précieux. S’ils savaient tous qu’ils manquent !

Ma relation avec les autres a changé : j’ai pu accompagner des personnes en difficulté, en perte de sens, malades, en fin de vie ou encore en recherche de la Foi. La lecture de Maurice Zundel permet surtout de venir en aide à l’homme en légitime révolte pour transformer celle-ci en actes constructifs plutôt que destructifs : en ces temps de crises que nous connaissons, il serait bon de relire Maurice Zundel pour rechercher d’autres solutions que des révolutions qui seront des régressions. Chaque accompagnement ou action que j’ai pu assumer grâce à lui a augmenté ma Foi et me fait savourer toutes les délicatesses spirituelles de sa pensée.

En discutant avec des non croyants dit convaincus, j’ai souvent vérifié que ces non croyants sont en fait des croyants en de fausses images de Dieu : fausses images données parfois par des «catholiques pratiquants » eux-mêmes ! Nos sociétés occidentales se déchristianisent et se « sectarisent » pour quelques minorités (et cela en même temps comme dans le même contexte social) : Maurice Zundel apporte des pistes de réflexions utiles pour les Chrétiens désireux d’agir en cette situation.  

Maurice Zundel s’est confronté aux problèmes de son temps : ils sont les mêmes, et peut-être à d’autres degrés, de nos jours. Son message apporte des éléments essentiels pour penser à des solutions d’avenir. Son étude des grands courants philosophiques lui a fait souligner leurs forces comme leurs faiblesses. Il est un théologien pragmatique, si je peux oser ce qualificatif. Il est aussi un mystique et je risque ce mot dangereux car il fait peur à plus d’un et mérite un bref éclairage. Il le dit et redit : L’Eglise est le corps mystique du Christ dont chacun(e), selon les dons reçus, devrait laisser transparaître Dieu, comme un vitrail la lumière. Espérons ne pas être un verre opaque pour les autres !

Sa parole est libératrice car il veut que chacun(e) échappe aux déterminismes culturels, sociaux, familiaux : le Nouveau Testament ne cesse pas d’en donner des exemples mais encore faut-il en prendre réellement conscience… Finalement Maurice Zundel est un diapason qui nous met en accord avec cette Voix intérieure, la Parole de Dieu, rendant possible une relation féconde avec Dieu au cœur de nos activités humaines : c’est cela le miracle de la Foi. La lecture du Nouveau Testament de Maurice Zundel donne la définition mystique de l’homme : rien que pour cela, il faut le découvrir !

Maurice Zundel a cette capacité d’allumer dans le cœur de l’homme le Buisson ardent : ce feu qui purifie, qui réchauffe, qui est la Vie, qui brûle les scories de tous les déterminismes possibles afin que l’homme puisse devenir vraiment homme à la suite du Fils de Dieu, sur les pas de Jésus et poussé par le souffle de l’Esprit.

                                                La Tourette, novembre 2011

                                                 Antoine Schülé

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