Témoignages

Depuis quarante-trois ans, Maurice Zundel a été mon compagnon sur le chemin de la Foi et c’est volontiers que je donne mon témoignage sur l’expérience spirituelle qu’il m’a permis et me permet de vivre. Agé de 51 ans maintenant, je mesure mieux combien j’ai eu de la chance de le connaître encore de son vivant alors que j’étais enfant : ce fut sa première influence; pendant mon adolescence de 1974 à 1978 et, après son passage de la vie à la Nouvelle Naissance, il m’a instruit par ses livres publiés de son vivant : deuxième influence ; en tant qu’adulte, de nombreuses publications inédites et de précieux enregistrements m’ont aidé à explorer les richesses de la spiritualité chrétienne (catholique mais aussi orthodoxe) à partir de ses réflexions et selon les questions qui me préoccupent  : troisième influence.

La découverte de l'univers de Maurice Zundel dont un ami venait de me parler s'est effectuée, en premier lieu par la lecture de sa biographie écrite par le Père de Boissière et France-Marie Chauvelot. Ce petit livre a été pour moi un coup de poing à l'estomac.

A la recherche de Dieu depuis trente ans et refusant au nom de ce que je considérai comme une exigence, toute représentation anthropomorphique du plan divin, je me suis tourné vers les spiritualités orientales et en particulier une branche de l'hindouisme. Nourri, au plan intellectuel, par une méditation des grands textes du shivaïsme du Cachemire et une pratique personnelle, transmise par un maître, lié aux enseignements essentiels du yoga, je n'ai pourtant jamais cessé de me poser la question de mon rapport au christianisme, question qui m'a taraudé depuis des années: Suis-je chrétien ?

Michel Fromaget est diplômé d'études supérieures de Sciences économiques, licencié en Sociologie et Psychologie, docteur en Psychologie sociale et docteur d'état ès Lettres et Sciences humaines.

 

Les Editions Romaines : Pouvez-vous présenter à nos lecteurs la personne de Maurice Zundel, à qui vous faites souvent référence dans vos essais ?

Avant-propos du livre "La Prière, chemin de Joie" Ed. les Béatitudes (2007)

Dans l’Avant-Propos d’un livre que j’ai écrit sur la Prière, je dis :

« Deux noms reviendront très souvent sous ma plume, celui du Père Teilhard de Chardin et celui du Père Zundel. Au premier je dois mon adhésion à l’Église du Christ ; en me recentrant sur le Dieu Créateur il m’a conduit au Christ, comme à quelqu’un qui nous aime et nous invite à le suivre...

Extrait de la conférence : "en hommage à René Habachi" par Remo Vescia (*), Paris, 2006

Grâce à René Habachi (**), j'ai eu la grâce de rencontrer l'abbé Maurice Zundel. C'était en Égypte, pendant les années quarante, lorsqu'il était bloqué par la guerre dans ce pays qu'il aimait particulièrement peut-être à cause de ses liens avec l'Histoire Sainte. Il demeurait au monastère des Carmélites, à Matarieh, près du Caire, dans un dénuement total, se nourrissant frugalement, dormant quelques heures par jour, se dépensant en homélies et conférences pour des auditoires divers de la communauté francophone, tant égyptienne que cosmopolite.

Nadia Saad (Guide au Caire en 1940 ; témoignage écrit en 1999)

« L'abbé Zundel était notre aumônier scout. J'avais 13/14 ans. A l'âge de 12 ans, j'étais déjà une grosse tête. J'avais bien évalué la situation autour de moi. Ma mère ne m'avait jamais embrassée. Le jour de ma première communion... je suis devenue rouge des pieds à la tête, me disant : " On va le découvrir, tout le monde va le savoir ". Et je voulais mourir, que la terre s'ouvre, c'était horrible ! Pour elle, j'étais la ‘jeune-fille’ et j'étais un problème.

Pierre Noury (Dominicain en Egypte. Témoignage reçu du Caire, 1997)

« J'avais un peu moins de 18 ans, lorsque je vis le Père Zundel pour la première fois. C'était en mars 1940. Le Père prêchait le Carême à l'église copte-catholique du Sacré-Cœur à Héliopolis.

 Passant par là, j'entrai dans l'église et écoutai le Père une dizaine de minutes. J'ai été rebuté par le ton qu'il adoptait parfois lorsqu'il parlait au public, un ton aigu et monocorde accompagné de gestes nerveux.

Témoignage de Jules Bulliard, aumônier de cliniques, qui a effectué de précieux enregistrements de l’abbé Zundel, et les a ensuite confiés à son ami le père Bernard de Boissière, pour leur diffusion.

L'apport de la pensée de Maurice Zundel sur mon esprit et sur mon ministère fut comme un printemps théologique et spirituel, comme une bouffée d'air frais, une respiration hors du moule dogmatique dans lequel nous avions été quelque peu enfermés, au temps de notre formation. Ce printemps théologique a inauguré, en moi qui ai fréquenté ce maître, qui l'ai écouté, lu et médité, un véritable retournement de perspective, une libération.

Alain PERISSON (Cinéaste et mystique, suite à une émission sur Radio Notre-Dame ; extrait d’une lettre au Père de Boissière, en 1993)

« Je veux bien croire que beaucoup d'auditeurs ont senti, comme moi, un désir irrépressible de tout savoir sur cet homme, prêtre des gueux et des artistes, disciple du Cœur de Jésus, musicien de l'Evangile dans sa fulgurance contemporaine, témoin lumineux de Miséricorde et d'Espérance.

Olivier CLEMENT (1921-2009.  Est un écrivain et théologien orthodoxe,  et un enseignant. Il a laissé une oeuvre importante d'une trentaine d'ouvrages de théologie, d'histoire de l'Eglise et de spiritualité, ainsi que des nombreux articles.  Ce témoignage est tiré du livre "Berdiaev, un philosophe russe en France" paru en 1991.)

« J'ai découvert tard l'œuvre de Maurice Zundel. Grâce à France de Guérand qui, après avoir suivi quelques-uns de mes cours, m'avait remis son beau choix de textes, "A l'écoute du silence" en me disant: "c'est très étonnant, vous dites la même chose que Maurice Zundel. Sans doute l'avez-vous lu?"

Témoignage d’une femme qui a connu le père Zundel en Egypte dès 1940.
Nous vous donnons premièrement des extraits d’un article du Bulletin de la communauté grecque-catholique en Egypte, n° paru en 1957. Et deuxièmement des extrait d’une lettre de 1990.

Bulletin Le Lien, 1957

« Nous avons eu, une fois de plus cette année, la chance de recevoir le R. P. Maurice Zundel que nous n'avions pas revu depuis deux ans... C'est un message de vie et de feu qu'il nous apporte et on sent qu'il vit ce dont il parle. Impossible – dit-il – de ne pas être frappé de la stérilité de la Religion par rapport à ce qu'elle devrait être. Une religion de crainte ou d'assoupissement est anémiante.

…. Je tenais aussi à te remercier pour le texte, vraiment superbe, de Zundel.

De même qu’il est difficile de placer un personnage ou un événement contemporain dans une perspective historique, de même on s’expose à des révisions ultérieures quand on porte un jugement sous le coup de l’enthousiasme suscité par une lecture. Je crois pourtant dire que je n’avais rien lu d’aussi beau depuis très longtemps ; d’abord parce que j’ai largement passé l’âge des emballements passagers, mais aussi parce que j’ai retrouvé le choc très particulier que, dans l’immense fatras de mes lectures philosophiques et spirituelles, je n’ai que très rarement ressenti : le choc des « Deux sources » de Bergson, du « Journal métaphysique » de Gabriel Marcel, de « Ash Wednesday » de T. S. Eliot, de « Le mal et la souffrance » de Louis Lavelle. Je cite de mémoire, mais ce doit être à peu près tout.

Yoakim Moubarac (prêtre maronite libanais, grand ami de Louis Massignon, témoignage présenté au Colloque Maurice Zundel de Paris en juin 1986)

« Je le trouve aussi inimitable qu'admirable. C'est ainsi que, pour le non-fumeur que je suis, dormeur insatiable et convive toujours à l'épreuve d'un insondable appétit, je découvrais au Caire un Zundel qui ne dormait guère et, à l'une des tables les plus hospitalières et les mieux servies de tout l'orient, un commensal obstiné à ne prendre que des pommes de terre en robe de chambre.

Témoignage de Jean-Baptiste Ehrard (Inspecteur de l’Éducation Nationale). Extraits d’une communication au Colloque des Amis de Maurice Zundel de mai / juin 1986 à Paris : « Présence spirituelle de Zundel dans un camp de concentration ».

 

« Né à Strasbourg, en 1914, professionnellement j’appartiens à l’Education nationale, je suis Alsacien, officier français d’origine alsacienne, ce qui expliquera mon odyssée dans un camp de concentration. J’ai connu une jeunesse privilégiée, grâce à de nombreux contacts directs que je dois à mes professeurs d’École normale : contacts directs avec Marcel Légaut et Jacques Perret dès 1930, Gabriel Marcel, Edouard Le Roy et Teilhard, Emmanuel Mounier et Nicolas Berdiaev...

Petits détails de la vie du père Maurice Zundel.

Une de nos anciennes sœurs (la seule survivante de nos chères Fondatrices), actuellement âgée de 80 ans et très malade, me prie d'être son porte-parole. Voici donc, soigneusement noté, tout ce qu'elle désire vous dire. (J'y ai ajouté quelques petits détails.)

Témoignage de Jean MOUTON (homme de lettres, critique d'art, attaché culturel en divers pays, a épousé la secrétaire de Ch. Du Bos, Madge Vaison ; Zundel l'a rencontré lors de son séjour à Paris à partir de 1929. Zundel fut invité à bénir leur mariage. Témoignage reçu en 1983)

« En 1954, nous allâmes, Madge et moi, le rencontrer à Lausanne avec nos trois enfants. Il était attaché à la paroisse du Sacré-Cœur à Ouchy. Dans sa chambre, dont la fenêtre plongeait sur le lac Léman, il nous accueillit, vêtu d'une soutane blanche. Toute sa personne rayonnait, mais sans la moindre domination.

Témoignage d’une femme qui a connu le père Zundel en Egypte dès 1940. Elle était à cette époque une jeune veuve avec deux petites filles.

Une première lettre a été reçue depuis les Etats Unis, en 1982. Une seconde a été écrite 6 mois plus tard des Etats unis également.

Extraits première lettre.

« Le Père Zundel fut un saint véritable... Sa vie entre était le témoignage émouvant et authentique du don total de son être à Dieu.

Témoignage de Josette Elluin en 1975. Précieux document, dès l’histoire de la rencontre. Priant au chevet de Josette Elluin gravement malade, l’abbé Zundel eut par Dieu la certitude de la guérison...
Josette Elluin était poétesse, amie de Charles Du Bos et d’Alliette Audra. Nous avons publié également un témoignage d’Alliette Audra : « Il vaudrait mieux ne jamais ressentir aucune douceur que de ne pas se donner. »

Lié de profonde amitié à M. l’abbé Zundel, Charles Du Bos me dit un jour : « vous devriez aller voir de ma part mon cher, très cher ami, M. l’abbé Maurice Zundel ; il vous ferait le plus grand bien ; je ne connais personne d’autre au monde qui soit capable de vous comprendre et d’apaiser une âme tourmentée. » Il y avait dans ces paroles tant de sincérité, tant de conviction, et tant de ferveur — celle d'un récent converti — que je pris l'adresse de M. l'abbé Zundel sans m'engager cependant à l'aller voir...

Nous vous donnons ce témoignage à partir d'un texte dactylographié en raison de sa qualité et de sa justesse, bien que l'auteur nous soit inconnu.  Il s'agirait du témoignage oculaire d'une personne en Suisse proche de Zundel, peut-être l'une de ces "femmes qui le suivirent" comme l'auteur l'écrit, une personne présente jusqu'à la fin de sa vie.

Les notes en bas du texte dont de l'auteur inconnu. "Recherche du Dieu inconnu", compilation de leçons de catéchisme, n'a pas été écrit en Egypte comme il est dit dans ce témoignage mais plusieurs années avant. 

Au Caire, en 1961. Raymond Francis accueille et présente Maurice Zundel avant une conférence.
Raymond Francis était auteur, directeur de thèse, et traducteur. Il a effectué un travail de thèse publiée en 1953 : Les pensées de Pascal en France de 1842 à 1942.

Eh bien ! mon Père, [M. Zundel] ce qui nous a le plus frappé, je pense, dans cette série de conférences que vous avez eu la bonté de nous faire cette année comme dans les années précédentes, c'est que derrière chaque texte – et c'est un euphémisme que de parler de texte quand il s'agit de vous, car nous savons très bien que vous gribouillez trois mots, simplement trois mots mnémotechniques sur la première feuille, sur le verso de Dieu sais quelle enveloppe très ancienne ou quelque bloc note qui vous sert simplement de point d'appui – derrière chacun de vos textes, c'est-à-dire derrière chacune de vos conférences, chacun de vos entretiens, au fond ce que vous avez rencontré c'est l'homme, l'homme qui croit en l'homme parce qu'au fond il croit profondément en Dieu.

Article écrit et publié dans le Journal "La Réforme" d'Alexandrie, Egypte, le 10 octobre 1943 par M. François Sabella, et paru en 1995 dans le bulletin canadien des amis de Maurice Zundel.

L'homme

Visage émacié, maigre et petit de taille, vêtu d'une soutane noire, l'Abbé Maurice Zundel dont la physionomie est cependant rayonnante a rencontré, partout dans les milieux alexandrins où il s'est fait remarquer par ses dons oratoires et son zèle apostolique, une chaleureuse et vibrante sympathie. 

Alliette Audra († 1962) était poétesse, amie de Charles Du Bos. Louis Chaigne, écrivain, a écrit que « le chant de Mme Alliette Audra est discret et pur. Le simple et le rare s’y allient comme chez peu d’autres créateurs. »

Parmi les lettres réunies par le père Bernard de Boissière, voici un extrait d’un courrier de Mme Alliette Audra à Maurice Zundel, puis des extraits d’une longue lettre à Charles Du Bos. A la lecture de ces beaux et profonds passages, vous retrouverez l’alliance du simple et du rare.


« Je devais vous remercier d'avoir dit à plusieurs reprises des mots que je demandais depuis si longtemps à Dieu de me faire un jour entendre sur Lui, de ces mots qui Le désignent sans Le nommer et Le font rencontrer ensuite dans le silence du cœur.