L’homme, dans la mesure où sa présence au monde est vécue selon un mode individuel est un être contingent qui peut être défini comme celui qui n'a pas en lui même sa raison suffisante. C’est ce que Saint Augustin exprime en évoquant : « 'La Vie de sa vie ».Il traduit ainsi avec des mots toujours imparfaits pour exprimer ce dont il s’agit, le sentiment vécu qu'il existe en nous " un autre que nous même "  qui nous   dépasse...

    

     Cette situation propre à la condition humaine nous met dans une dépendance absolue vis-à-vis de Dieu et c’est ce qu’exprime bien l’évêque d’Hippone en dissociant la Vie avec un grand « V » qui est « en Dieu » et la « vie » avec un petit « v » qui est en l’homme. C’est dans la prise de conscience de cette dépendance à la Vie de notre vie que consiste ce que plusieurs traditions désignent comme la « pauvreté spirituelle ».

 

     Lorsque l’on est parvenu à cette conscience, il s’ensuit comme conséquence immédiate un certain détachement à l’égard de toutes les choses manifestées, car nous savons dès lors que ces choses ne sont rien, qu’elles n’existent pas par elles meme ou en tout cas que leur importance est très modeste par rapport à la seule Réalité qui soit : la Réalité divine. Ce détachement, implique essentiellement et avant tout une certaine indifférence à l’égard des fruits de nos actions. Adopter cette attitude de détachement ne signifie pas pout autant et en aucune façon : rejeter, mépriser ou se désintéresser des « affaires du monde ». Elle conduit simplement à les mettre en perspective et à faire preuve de discernement pour établir une hiérarchie entre ce qui relève du monde et ce qui relève du « royaume de Dieu », avec toutes les nuances auxquelles les modalités de notre monde nous obligent.


     Cette « pauvreté », c’est aussi ce qui est désigné comme l’état d’« enfance » entendu naturellement au sens spirituel, de l'Évangile : « Quiconque ne recevra point le Royaume de Dieu comme un enfant, n’y entrera point. » et « Tandis que vous avez caché ces choses aux savants et aux prudents, vous les avez révélées aux simples et aux petits. »

« Simplicité » et « petitesse » sont ici, au fond, des équivalents de cette pauvreté : «  Bienheureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux leur appartient ». Elle conduit à un état de vie intérieure, où toutes les distinctions inhérentes aux points de vue extérieurs sont dépassées, où toutes les oppositions ont disparu et sont résolues dans un parfait équilibre.

 

C’est dans ce « lieu » que veut nous amener Maurice Zundel .Lorsque nous sommes parvenus au terme d’un travail sur nous même de « désappropriation » radical. Nous nous retrouvons alors dans un état de pauvreté intégral qui fait face à une plus grande pauvreté encore : celle de Dieu. Mais ne nous y trompons pas. La pauvreté en Dieu n’est pas pour autant comparable à la pauvreté humaine, celle vers laquelle nous tendons, car Dieu est Pauvreté mais il est aussi Plénitude. Ce serait je crois un contresens de ne voir en Dieu que cet aspect de pauvreté et il y a là une importante source d’erreur dans la compréhension des textes de Maurice Zundel. Dieu c’est l’état de Liberté absolue qui concilie et embrasse dans un même état l’extrême pauvreté et l’extrême plénitude sinon que serait sa Gloire ? Dieu est aussi Amour et l’Amour est « Sans pourquoi » et peut être assimilé de notre point de vue humain, à l’extrême pauvreté, car cet Amour est sans fioritures totalement désintéressé, il n’a que lui à donner « éternellement ».

Et nous ne pouvons prétendre rejoindre le Christ que lorsque nous aurons nous même atteint, la grâce aidant, un état intérieur de totale liberté parce que de totale pauvreté. Mais la porte est étroite, et l’on peut dès lors comprendre ce que sont les « riches » qui ne peuvent y passer. Mais qui sont les riches ? Ce sont ceux qui restent attachés à la multiplicité, et qui, par suite, sont incapables de s’élever de la connaissance distinctive, à la connaissance unifiée. Cet attachement, en effet, est directement contraire au détachement dont il a été question plus haut, comme la richesse est contraire à la pauvreté. Beaucoup trop souvent on réduit au champ économique ces termes de pauvreté et de richesse ce n’est pas que de cela dont il s’agit ici, quand bien même cette dimension est serait une composante elle n’est pas essentielle.

 

L’attachement à la multiplicité c’est cela la richesse  stigmatisée dans l’Evangile ! En un certain sens c’est la « tentation biblique » qui, en faisant goûter à l’être le fruit de l’ « Arbre de la Science du bien et du mal », c’est-à-dire de la connaissance duelle et distinctive des choses contingentes, l’éloigne de l’unité centrale originelle identifiée à un état d’extrême « pauvreté spirituelle » et pourtant aussi à l’état de la plus grande plénitude (symbolisé dans le livre de la Genèse par la nudité dont ils n’avaient pas honte) et l’empêche d’atteindre le fruit de l’ « Arbre de Vie ».

     « Pauvreté », « Simplicité », «Enfance », ce n’est là qu’une seule et même chose, et le dépouillement que tous ces mots expriment aboutit à une « extinction » qui est, en réalité, la plénitude de l’être. De même que d’une certaine façon dans les textes de l’extrême Orient on considère que le « non- agir » est la plénitude de l’activité, l'action n'est bien que l'ombre de la contemplation comme le pensait Plotin  ou encore que c’est bien à Marie qu’échoit la part la plus belle. C’est de ce point central (le cœur ?) que sont dérivées toutes les activités particulières. Nonobstant la dimension de support à une dévotion tres ancienne et tres riche au « Sacré cœur » celui-ci peut aussi être l’objet de notre contemplation, avec la grâce du Saint Esprit, et nous aider à comprendre où se situe ce point d’extinction de nos richesses, à savoir, au Centre da la Croix. Ainsi peut–on aussi sans doute affirmer que les « riches » au point de vue du monde sont véritablement les « pauvres » au regard de Dieu, et inversement. N’est-ce-pas ce qu’exprime encore très nettement cette parole de l’Évangile : « Les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers »;

« Aucun d’entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur. Car, si le Christ a connu la mort, puis la vie, c’est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants. »   (Rm 14, 7-9)

 

Ajouter un Commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication. Les contributions doivent porter sur le sujet traité, respecter les lois et règlements en vigueurs, et permettre un échange constructif et courtois. A cause des robots qui inondent de commentaires publicitaires, nous devons imposer la saisie d'un code de sécurité.

Code de sécurité
Rafraîchir