Il y a une dizaine d'années Patrick Lévy publiait un petit livre : « le kabbaliste : rencontre avec un mystique juif » qui a rencontré un grand succès auprès du public. (Réédité en livre de poche chez Pocket spiritualité)

Dans une « yeshiva », lieu discret où l'on étudie la mystique juive, l'auteur rencontre un personnage hors du commun, le Rabbi Isaac Goldman, dont il consigne méticuleusement l'enseignement année après année. Ces extraordinaires tête-à-tête avec ce sage érudit sont autant de prétextes à approfondir les thèmes centraux de la mystique juive, tels que la nature de Dieu, celle de la vie, le rapport aux autres, la sexualité et la Shoah.

Comme l'écrit Marc Alain Ouaknin dans sa préface : « Voilà un beau livre ! Bon par sa justesse, et la lumière qui nous apporte ! Un livre honnête. Un mot rare aujourd'hui. Un livre de savoir et d'amour, tout simplement un livre de vie… »


- Y a –t-il quelque chose après la mort ? Insistais-je.

Rabbi Isaac sourit avant de se lancer dans une autre explication.

- Cette question n'a pas de sens ! Nous, et tout ce qui vit, sommes les enfants du premier protoplasme ou de la première protéine. Et cette première protéine est l'enfant de l'eau, du soleil et de je ne sais quoi d'autre. Et ce soleil, cette eau et je ne sais quoi d'autre, viennent de la lumière initiale. Nous venons de cette lumière, jaillie du frémissement de l'Infini, béni soit-il, qui perce et qui ne perce pas, comme il est dit. Elle perce, elle prend forme. Elle est présente dans toutes les formes. Elle ne perce pas, elle est en elle-même, elle l'a toujours été ! Lorsque nous bénissons l’Ain -Sof, nous nous souvenons de cette lumière omniprésente. Cela signifie que l'ultime origine et l'ultime finalité sont déjà en nous et en toute chose, même lorsque nous oublions d'essayer de l’y entrevoir. L'Infini est Un. Tout vient de l’Un. Nous sommes cet Un.

« Y a-t-il un avant et un après ? Non. Dans l'infini il n'y en a pas. Mais la question que l'Infini se pose d'une façon ou d'une autre crée la possibilité de quelque chose, d’une histoire dont on ne peut saisir un commencement et qui ne finira sans doute jamais.

« Maïmonide dit que la mort est une privation de la forme. Le désir d'être retourne à sa source. La forme disparaît, mais pas la lumière originelle omniprésente. Nous sommes cette lumière et nous l'avons toujours été et le serons toujours. La forme nous l’a cachée, la disparition de la forme la révélera de manière éclatante. Mais qui le constatera ? Il n'y a pas de personnalité dans l’Un, pas de qualité ni attribut. L'existence est sans sujet, comme l'a déjà dit Averroès. Nous retournons à la lumière sans qualité d'où a jailli notre désir d'être dans l'injonction « va vers toi-même !»

« Souviens-toi de la michna que nous avons étudiée il y a longtemps. Rabbi Banaa visitait la tombe d'Abraham puis celle d'Adam. Il voulut en prendre les mesures, et là, une voix lui dit : « l'intérieur a les mêmes dimensions que l'extérieur. » Nous en avons alors déduit que les parois entre la vie et la mort n'ont pas de mesure, qu'elles sont sans épaisseur. Ce qui est en haut est en bas, tout est Un.

« Tout dans la création, du moustique à la moindre pierre, porte les principes de la sainteté ou du divin. Tu les aperçois lorsque, transcendant les identités distinctes, tu unis tout en Un, et alors tu deviens le véhicule grâce auquel tout devient saint. Et là dans cette présence, tu ne te poses aucune question sur ce qu'il y aura après l'instant ou après la mort.

Nous sommes sortis de l’Un dont nous ne savons rien, et nous retournons à cet Un parce que rien ne l’a jamais quitté. « Tout va au lieu Un », comme il est écrit (Ecclésiaste 3,20).

- Si je n'étais venu au monde que pour entendre vos paroles, Rabbi Isaac, cela m'aurait suffi.

Il éclata de rire…


On trouvera dans ce thème de la lumière et de la façon dont il est évoqué ici de merveilleuses « correspondances »avec le Prologue de l’Evangile de Saint Jean. Oui notre bien aimé Pape Jean –Paul 2 avait bien raison de voir dans les juifs nos frères ainés dans la Foi.

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