Comment, après une guerre terrible et destructrice, revenir à la vie? Comment garder confiance en l'espèce humaine quand le pire s'est produit? Qu'est ce qui peut finalement sauver l'humanité? Ce sont ces questions, celles d'un retour à la vie, que pose Ernst Wiechert, de façon simple, douce et poétique dans son célèbre roman «  missa sine Domine » dont voici un court extrait aux accents zundéliens. 

 

      Il s’arrêta encore un instant sous le portail de pierre et leva les yeux vers le blason détruit. C'était là qu'il s'était arrêté naguère, les morts sur ses talons, et c'était là qu'il se trouvait de nouveau maintenant.

      Les morts étaient rentrés dans l'ombre et la main de la métamorphose avait doucement effleuré le chef des vivants. Cette terre, elle aussi avait connu le mal, mais ils avaient du moins tenter de lui opposer le  bien. Ils n’avaient pu extirper le mal, car il était immortel mais ils avaient conquis un peu de terrain et y avait planté le petit drapeau du bien. Peut-être s'étaient-ils trompés et avaient-ils parfois agi trop vite, mais ils avaient du moins réalisé cette grande conquête : ne plus juger, ne plus condamner. Ils étaient devenus muets dans un monde de bruit.

      Il n'avait plus ni « programme » ni « philosophie ». Ils ne disaient point « voilà le bien et le seul. » Ils n'avaient pas résolu les énigmes de l'univers. Ils étaient devenus modestes, un peu sceptiques et un peu résignés. Ils n’étaient plus aussi convaincu de la grandeur du pouvoir de l'homme, mais ils étaient un peu plus persuadés de ce qui le dépassait, qu'ils eussent pour cela plusieurs noms ou qu’ils ne sussent quel nom lui donner. Ils n'attachaient plus autant de prix à savoir quel était le vainqueur et qui était le vaincu, qui appartenait à une nation ou à une

autre. Car la nation des hommes de bonne volonté ne connaissait pas de frontières. Car ils ne voulaient point conquérir, ni régner, et ils ne se prétendaient pas les détenteurs du pouvoir ou du bon droit. Ils voulaient seulement apporter un peu d'aide et la guérison à ses villes ravagées, à ces visages ravagés, à ces mains et à ces yeux qui avaient tué et regardé la mort, et à ses coeurs qui vivaient dans la haine, dans les ténèbres ou simplement dans la négation.

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