Maurice Zundel s’est vivement intéressé, pendant la période de la deuxième guerre mondiale, à l’occasion de son séjour en Egypte, à l’islam, il apprit l’arabe en particulier au contact du Coran. Nul doute que son amitié pour Louis Massignon grand islamologue ne l’ait orienté vers cette dimension si particulière et à certains égards si proche de la religion de l’amour universel qui est au centre de notre christianisme : le Soufisme. Comme les mystiques ont souvent été marginalisés dans certains milieux chrétiens   il en a été de même pour les soufis dans certains milieux musulmans (c’est d’ailleurs toujours le cas, voir la condamnation sans appel par le wahhâbisme par exemple ou l’extermination physique des soufis afghans par les talibans). Aussi avons-nous jugé opportun, en ces temps difficiles pour tous ces « Amis de Dieu », de rappeler en quelques mots ce dont il s’agit lorsque l’on parle de soufisme.

 

 

« Aujourd'hui le soufisme autrement dit le taçawuf est un nom sans réalité. Ce fut autrefois une réalité sans nom ». C’est déjà ce qu’écrivait Abul_hasan fushanji au 10eme siècle c'est-à-dire près de trois cent ans après le prophète MOHAMED

Plus prés de nous au 15 eme siècle le célèbre ibn KHALDUN remarque que dans la première génération de l’islam le mysticisme était trop répandu pour avoir un nom spécifique, mais « lors que la mondanité se répandit et que les hommes devinrent de plus, ou plus, dépendant des attaches de cette vie ceux qui se consacraient à l'adoration de Dieu se distinguaient des autres par l'appellation de soufis. »

On peut d'ailleurs remarquer que le même terme soufi représente à la fois le cheminement et le point d'arrivée de cette voie mystique de l'Islam.

Il en va d'ailleurs strictement de même dans l'hindouisme ou le terme de yoga désigne à la fois le chemin et le but à atteindre, résumés ou plus exactement traduits l'un et l'autre par le mot d'union dont l'origine est la racine en sanskrit: YUG. Qui veut dire unir, réunir.

Si l'on veut donc être plus précis il conviendrait de réserver le terme de taçawuf à la voie, au cheminement et celui de soufi, à celui qui en a atteint la dernière étape de cette voie.

En ce qui concerne le mot lui-même : soufi, il signifie littéralement «  de laine » et par extension vêtu de laine, et l’on peut en cette occasion remarquer que ce type de vêtement de laine était déjà associé à la spiritualité dans les temps près islamiques comme on peut par exemple le déduire du fait que Moïse est représenté dans le Coran comme entièrement vêtu de laine lorsque Dieu lui parla.

Mais on peut aussi donner du crédit à une autre interprétation de ce mot soufi.

Selon la science des lettres qui correspond en islam à ce qu'est la guématrie dans le judaïsme c'est-à-dire la possibilité de trouver des rapprochements entre des mots dont la somme de la valeur numérique des lettres est identique.

Ainsi les trois lettres de l'alphabet arabe qui servent à composer le mot dont le sens de base est laine sont les mêmes que celles qui servent à composer le mot pureté. Par ailleurs, il découle de cette racine une forme verbale qui si on l'écrit sans voyelles comme cela se fait couramment en arabe est en apparence identique à soufi et signifie : « 'il a été choisi comme ami intime. »

À travers ces rapprochements ou perçoit que le terme soufi désigne probablement le plus souvent l’apparence extérieure vestimentaire d'un individu mais que cela n’exclut pas des dimensions plus profondes et plus intimes que nous retrouvons d’ailleurs dans l'appellation qu'eux-mêmes se sont donnés : des fuquara, qui est le pluriel de faquir c'est-à-dire des pauvres. La pauvreté dont il est question ici est évidemment la même que celle que nous retrouvons dans les Béatitudes : «Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des Cieux est à eux ! » Mais ici c’est dans un contexte musulman que le mot est utilisé et il renvoie très logiquement à un verset célèbre du Coran du reste très en vogue chez les soufis: » Dieu est le riche et vous êtes les pauvres ».

 

 

Deux citations pour illustrer l’esprit de tolérance qu’animait certains grands soufis. Ibn Arabi le « scheik el Akbar » qui avait choisi Notre Seigneur Jésus Christ, second prophète de l’islam comme prophète tutélaire de sa confrérie et l’Emir Abd el Kader plus connu dans sa dimension politique que religieuse et dont on pourra relire avec grand profit les « écrits spirituels » publiés au Seuil collection points sagesse .

 

 

« Mon cœur est devenu capable de revêtir toutes les formes

Il est pâturage pour les gazelles et couvent pour le moine

Temple pour les idoles et Kaaba pour le pèlerin

il est les tables de la Torah et le livre du coran

Je professe la religion de l'amour, quel que soit le lieu vers lequel se dirigent ses caravanes

Et l'amour est ma Loi et ma foi. »

                                                                                          Ibn Arabi


La pratique de la tolérance consiste à ne pas s'en prendre à l'homme d'une religion quelconque pour l'obliger à l'abandonner, à renoncer à sa croyance par l'épée et la contrainte. Toutes les lois religieuses authentiques sont tolérantes que ce soit l'islam ou d'autres. Seuls les ignorants, qu’ils soient musulmans ou autres, croient que si les musulmans combattent les chrétiens ou autres ils le font pour les obliger à abandonner leur religion et adopter l’Islam, ce qui est une erreur ; car la loi islamique ne contraint personne à renoncer à sa religion ; mais c'est un devoir pour celui qui connaît la vérité en matière de croyance et ce qui est juste en matière d’œuvres et qui voit quelqu'un dans l'erreur, dépourvu de bon sens, de le ramener avec douceur et intelligence et de lui montrer la voie par la preuve et les arguments qui s'adressent à la raison. Il s'agit d'être utile à un frère et de le protéger du mal. C'est même l'attitude la plus importante.

                                                                                         ABD EL KADER

 

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