Le texte qui suit est extrait du journal d’Etty Hillesum publié au Seuil sous le titre : « une vie bouleversée ». Ne constitue-t-il pas un magnifique exemple de prière dont on peut s’inspirer et d’une foi indéfectible en Dieu à une époque où elle était, elle-même, victime de la barbarie la plus dévastatrice ?


         «….. Mon Dieu, prenez moi par la main, je vous suivrai bravement, sans beaucoup de résistance.

         Je ne me déroberai à aucun des orages qui fondront sur moi dans cette vie, je soutiendrai le choc avec le meilleur de mes forces.

         Mais donnez-moi de temps à autre un court instant de paix, et je n’irai pas croire, dans mon innocence, que la paix qui descendra sur moi est éternelle. J’accepterai l’inquiétude et le combat qui suivront.

         J’aime à m’attarder dans la chaleur et la sécurité, mais je ne me révolterai pas lorsqu’il faudra affronter le froid, pourvu que vous me guidiez la main.

         Je vous suivrai partout et je tacherai de ne pas avoir peur. Où que je sois j’essaierai d’irradier un peu d’amour, de ce véritable amour du prochain qui est en moi. (Mais ne vas pas te targuer de cet « amour du prochain », tu ignores si tu le possèdes vraiment !!!).

         Je ne veux rien être de spécial, je veux seulement tenter de devenir celle qui est déjà en moi mais cherche encore son plein épanouissement. Il m’arrive de croire que j’aspire à la retraite du couvent. Mais c’est dans le monde et parmi les hommes que j’aurai à me trouver.

         Et j’en ai bien l’intention, malgré le dégout et la lassitude qui m’assaillent parfois. Mais je m’engage à épuiser les possibilités de cette vie et à progresser coute que coute.

         Il me semble parfois que ma vie ne fait que commencer, que les difficultés sont encore à venir, même si je crois en avoir affronté un bon nombre.

         Je vais étudier, tacher de pénétrer en profondeur la réalité, mais (j’y vois un devoir) je me laisserai égarer, détourner en apparence de ma voie, par tout ce qui fondra sur moi : à force de le faire, j’acquerrai à la longue des certitudes de plus en plus profondes. Jusqu’au jour où plus rien ne pourra me troubler, où j’aurai développé un très grand équilibre, assez solide pour me permettre d’évoluer dans toutes les directions.

         J’ignore si je suis capable d’une grande et bonne amitié. Et si ce n’est pas dans ma nature, voila une vérité à regarder en face. En tout cas, ne jamais s’abuser soi même sur quoi que ce soit et savoir garder la mesure. Et ta seule mesure c’est toi-même.

         J’ai l’impression, jour après jour, d’etre mise à fondre dans un grand creuset, et pourtant d’en ressortir à chaque fois.

         Il est des moments où je pense : ma vie va complètement de travers, j’ai commis une faute quelque part, mais cela n’est vrai que si l’on a en tête un modèle de vie particulier, en comparaison duquel la vie réelle, celle que l’on mène parait fautive…. »

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