A Ghazir au Liban, lors de la 1ère retraite donnée aux Franciscaines de Lons le Saunier, en juillet 1959. Edité dans "Silence, Parole de Vie" (*)

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte. Pour l'écoute, affichez immédiatement le texte complet en cliquant sur "lire la suite"

En notre Seigneur quatre genres de connaissances

Il y avait à Londres un dominicain irlandais, original et génial autant que saint, qui s'appelait le Père Mac Nabb. C'est lui qui disait que notre Seigneur était un parfait gentleman. Et le Père Mac Nabb, dont la charité était immense, eut l'occasion d'intervenir, très discrètement, dans un débat posé par les théologiens anglicans, théologiens anglicans de la tendance moderniste, c'est-à-dire plus ou moins détachés du surnaturel, qui avaient posé cette question : ...

« Had Jésus-Christ the consciousness of his divinity ? » « Est ce que Jésus-Christ avait-il conscience de sa divinité ? » Et ces théologiens modernistes avaient conclu, en croyant se fonder sur les textes du Nouveau Testament : il n'est pas sûr que Jésus Christ eut conscience de sa divinité.

Le Père Mac Nabb intervint dans ce débat avec une charité infinie et une sagesse admirablement apostolique. Il dit : mais cette question, posée par nos amis anglicans, c'est en réalité quatre questions. Car, en effet, la tradition théologique la plus profonde distingue en notre Seigneur quatre genres de connaissances, lui attribue une quadruple science :

Premièrement, dans la Personne divine du Verbe est son humanité

En effet, on peut considérer notre Seigneur dans la Personne divine du Verbe, en lequel son humanité subsiste, et qui est son vrai et unique "moi". Se demander si la divinité en Jésus avait connaissance de la divinité ne peut appeler qu'une seule réponse : évidemment en Jésus, la divinité avait connaissance de la divinité.

Deuxièmement, en se plaçant devant son humanité en la science béatifique

Mais on peut se plaçant maintenant devant l'humanité de notre Seigneur et en se souvenant que l'âme de notre Seigneur était toujours en face de la divinité en laquelle elle subsistait, c'est-à-dire en se rappelant que l'âme de notre Seigneur jouissait de la vision béatifique et, dans la lumière de cette vision, ne pouvait pas ne pas connaître son union personnelle avec la divinité. Si on se place au point de vue, au point de vue de cette science béatifique, nul doute que notre Seigneur avait connaissance de sa divinité.

Troisièmement, selon la science prophétique

La science béatifique ne peut pas se transmettre telle quelle à l'humanité qui n'a pas encore atteint son terme… Notre Seigneur avait à communiquer aux hommes le mystère de Dieu, dans un langage accessible, … faire connaître l'immense amour de Dieu.

Mais il y a dans l'âme de notre Seigneur une autre science encore, également surnaturelle, mais de moindre degré, qui est la science prophétique. Car la science béatifique ne peut pas se transmettre, telle quelle, à l'humanité voyageuse, à l'humanité qui n'a pas encore atteint son terme. Ce n'est que dans la vision de gloire que l'humanité sera capable de la science béatifique. Or notre Seigneur, qui est le docteur du genre humain, et qui avait à communiquer aux hommes le mystère de Dieu, dans un langage accessible à leur intelligence illuminée par la foi et aimantée par l'amour, notre Seigneur ayant précisément à faire connaître aux hommes l'immense amour de Dieu qui se communiquait personnellement, personnellement à eux à travers l'humanité de Jésus, notre Seigneur, en vertu de cette science prophétique qui fait de lui le Docteur du Salut, ne pouvait pas ne pas connaître sa divinité, qui était le don suprême fait à l'humanité par Dieu, à travers sa nature humaine.

Quatrièmement, selon la science expérimentale d’origine naturelle

C’est peut-être en face de cette science expérimentale qu'il faut se placer, pour comprendre les ténèbres de l'Agonie et le désespoir de la Croix.

Mais, il y avait dans notre Seigneur encore une autre science qui, elle, n'est pas surnaturelle : c'est la science expérimentale, cette science que notre Seigneur puise, comme nous-mêmes, puise dans la nature, dans l'exercice de ses sens, de ses yeux, de ses oreilles, de son toucher. Cette connaissance expérimentale en notre Seigneur comme en nous-même, qui s'alimente au spectacle de la nature et au contact de l'humanité, cette science qui peut grandir en lui comme en nous, cette science qui peut se parfaire, cette science qui a pu, d'une certaine manière, être éduquée en lui par sa mère et par son entourage, cette science qui lui permettait de s'émerveiller et d'être surpris par les visages des petits enfants qui venaient à lui, par l'intense curiosité du jeune homme qui venait lui demander les secrets de la vie et aussi, hélas, par l'incompréhension de ses disciples, par la dureté de son peuple, par la solitude effrayante dans laquelle il s'engageait toujours davantage, cette science expérimentale en notre Seigneur, c'est une science d'origine naturelle n'est pas de soi, au niveau des mystères surnaturels dont le plus grand, dans l'Histoire, est précisément le mystère de l'Incarnation.

Par conséquent, la question peut se poser au niveau de cette science expérimentale. Notre Seigneur, à ce point de vue et à ce niveau, peut-il à certains moments, n'avoir pas conscience de sa divinité ? Et le Père Mac Nabb, le Père Mac Nabb répond : il se peut, oui, il se peut, au regard de cette science expérimentale qu'à certains moments notre Seigneur n'eut pas conscience de sa divinité et c'est peut-être, enfin, de cette science expérimentale, d'origine naturelle, acquise par l'expérience comme le mot l'indique, susceptible d'éducation et de croissance, d'émerveillement et de surprise, mais aussi de limites et d'obscurités, c'est peut-être en face de cette science expérimentale qu'il faut se placer, pour comprendre les ténèbres de l'Agonie et le désespoir de la Croix.

Le rayonnement de la Présence de Dieu

Ah ! La grâce infinie qui a été faite à l'humanité de notre Seigneur, la grâce de l'union hypostatique, de l'union personnelle avec Dieu, c'est une grâce qu'il devra mériter, qu'il devra enraciner dans toute son histoire, jusqu'à ce que tout soit consommé.

Nous pouvons, d'une certaine manière, nous rendre sensible, en effet, des mystères de la Passion, tel que l'âme humaine de notre Seigneur a dû le vivre. Car, il ne faut jamais oublier une chose, c'est que toutes les grâces doivent se mériter après coup, c'est-à-dire que la grâce qui nous est donnée, cette lumière qui vient de Dieu et qui n'est d'ailleurs que le rayonnement de sa Présence en nous, cette lumière, cette connaissance, cette force, cet amour, tout cela ne peut pas s'enraciner en nous, sans notre consentement.

Puisque nous sommes dans le monde en "tu" dans le monde de la ré-ci-pro-ci-té, il ne suffit pas de dire : « Oui, je comprends » mais : « Oui, c'est clair, mais oui, bien sûr ! La pauvreté, c'est la suprême grandeur. » Il ne suffit pas de le dire, ça ne sert à rien, il faut le vivre, le vivre jusqu'aux stigmates de l'Alverne (1). C'est à ce moment-là que ce n'est plus une théorie, mais que cela devient la substance de la vie.

Ah ! La grâce infinie qui a été faite à l'humanité de notre Seigneur, la grâce de l'union hypostatique, de l'union personnelle avec Dieu, c'est une grâce qu'il devra mériter, qu'il devra enraciner dans toute son histoire, jusqu'à ce que tout soit consommé. Il faudra donc que son humanité soit creusée jusqu'à l'agonie, jusqu'aux ténèbres de l'enfer, pour correspondre à la plénitude du don qui lui a été fait.

Sur le chemin la connaissance sensible et temporelle

Et maintenant nous pouvons, d'une certaine manière très lointaine, mais nous mettre, aussi lointainement que ce soit, sur le chemin, tout au moins, de cette découverte que nous ne pourrons faire que dans l'agenouillement de notre méditation et de notre amour.

Et ce chemin très lointain, c'est la distinction en nous des différentes zones de connaissances et, en particulier, de la distinction qu'il est facile de faire entre une connaissance théorique, abstraite et détachée du temps, et la connaissance sensible et temporelle dans laquelle les événements s'inscrivent.

Le savoir théorique et son inscription dans la réalité

Ce sont de telles expériences très lointaines qui peuvent nous amener à comprendre, je veux dire à deviner, cette sorte de division rédemptrice d'écartèlement dans l'âme et dans la sensibilité de notre Seigneur.

C'est très facile à saisir. Voyez ! Nous savons, nous savons théoriquement, nous avons la certitude abstraite que nous mourrons ; mais, pratiquement, cette certitude n'a aucune influence sur la conduite de notre vie quotidienne parce que ce n'est pas un événement actuel. Le prêtre qui m'a demandé : « Est-ce pour cette nuit que vous attendez ma fin ? » et auquel j'ai dû répondre : "Oui" en a été terriblement surpris. « J'aurais voulu encore, J'aurais voulu encore travailler et c'est pour cette nuit, c'est pour dans une demi-heure ! »

Alors c'est tout différent parce que ce n'est plus une certitude stratosphérique, lointaine, ...... !!! (Abstraite) C'est maintenant, maintenant que l'événement s'inscrit avec toute sa pointe dans toutes les fibres de la chair.

Et, de même, nous savons nous savons que doivent mourir tous les êtres que nous aimons, mais le jour où meurent notre mère et notre père, cette certitude nous déchire parce que l'événement s'inscrit maintenant, dans le temps, parce qu'il nous atteint comme une réalité irrévocable, parce que nous ne verrons plus ce visage, parce que nous ne pourrons plus retourner à la maison.

Et de même encore, si vous le voulez, d'une façon peut-être plus proche de la vie de l'esprit, nous le savons bien, même quand nous péchons, nous savons où est le bien, mais nous savons abstraitement : le bien reste, même quand nous péchons, le bien, mais dans une zone lointaine. Dans l'instant, c'est le mal qui nous apparaît comme notre bien, c'est le mal que nous choisissons, tout en gardant, à l'étage supérieur et dans cette zone abstraite et lointaine, la vraie notion du bien.

Et si vous le voulez encore et cette fois nous sommes bien plus près du mystère que nous méditons le scrupuleux, comme saint Alphonse de Liguori qui, dit-on, se confessait très souvent à son grand âge, puisqu'il vécut au-delà de 90 ans, le scrupuleux, si il est une conscience vraiment délicate, est d'autant plus tourmenté qu'il est plus délicat. Et pourtant, si on l'interroge : « Etes-vous sûr d'avoir péché, pourriez-vous jurer d'avoir péché ? » Mais non, il ne le peut pas, il est, au fond, sûr de n'avoir pas péché, mais c'est une certitude abstraite, lointaine, qui ne mord pas sur sa sensibilité. C'est dans sa sensibilité qu'il a le sentiment et la terreur d'avoir péché, bien que théoriquement, puisqu'il ne pourrait pas le jurer, il est au fond certain de n'avoir pas péché.

Ce sont de telles expériences très lointaines qui peuvent nous amener à comprendre, je veux dire à deviner, cette sorte de division rédemptrice d'écartèlement dans l'âme et dans la sensibilité de notre Seigneur.

Celui qui était sans péché, Dieu l'a fait péché pour nous

C'était une certitude intemporelle qui ne mordait plus sur la sensibilité de notre Seigneur, qui était dans la nuit, dans l'angoisse, dans la solitude qui appelle au secours les disciples endormis, parce qu’il avait à porter tout le poids des péchés du monde jusqu'à en mourir.

Saint Paul va nous dire en effet il nous le disait ce matin dans la liturgie il va nous dire le seul mot que l'on puisse prononcer, sans sacrilège, en méditant la Passion de Jésus : « Celui, dit saint Paul, celui qui était sans péché, qui était sans péché Dieu l'a fait péché pour que nous devenions justice de Dieu en lui » (2 Co. 5:21). Voilà le mot terrifiant : celui qui était sans péché, Dieu l'a fait péché, pour nous.

C'est donc cela, c'est cela et par-là que notre Seigneur a dû mériter, si l'on peut dire après coup, la grâce de l'union hypostatique en récapitulant en lui-même la culpabilité du monde entier, du commencement à la fin de l'Histoire. Et il s'est senti le péché vivant, comme s'il était vraiment coupable, à lui seul de tous les péchés du monde. Il a eu le sentiment d'être l'anathème, d'être rejeté, tout en ayant la certitude absolue de son innocence.

Mais cette certitude était là-haut, là-haut dans cette région lointaine de la vision béatifique, de la connaissance prophétique. C'était une certitude intemporelle qui ne mordait plus sur sa sensibilité, qui était dans la nuit, dans l'angoisse, dans la solitude qui appelle au secours les disciples endormis, parce que, justement, il avait à porter tout le poids des péchés du monde jusqu'à en mourir.

Une mort intérieure et spirituelle

C’est dans cette coexistence, dans son âme, de cette innocence suprême et de cette culpabilité infernale qu'il est mort, d'une mort intérieure, d'une mort spirituelle, qui faisait de lui l'Agneau de Dieu qui porte le péché du monde.

Et c'est de cela qu'il est mort : notre Seigneur n'est pas mort de ses blessures physiques, encore qu'elles fussent horribles, il n'est pas mort de la soif, il n'est pas mort d'être pendu au bois, il n'est pas mort de la couronne d'épines, il n'est pas mort des outrages et des injures. Il est mort de cet enfer, de se sentir coupable et de se savoir innocent, d'être à la fois comme repoussé par les hommes parce que Fils de Dieu, repoussé par les hommes comme ils repoussent Dieu, blessé de toutes ces blessures d'amour qui crucifient Dieu dans son amour, et en même temps indigne de Dieu et rejeté par lui comme le grand coupable qui totalise toutes les fautes de l'Histoire.

Et c'est dans cette coexistence, dans son âme, de cette innocence suprême et de cette culpabilité infernale qu'il est mort, d'une mort intérieure, d'une mort spirituelle, qui faisait de lui l'Agneau de Dieu qui porte le péché du monde. C'est par-là que son Agonie a été unique, unique... C'est par-là que sa souffrance a atteint ce degré infini que nous ne pourrons jamais comprendre jusqu'à l'épuiser. « Ce n'est pas pour rire que je t'ai aimée, ce n'est pas pour rire que je t'ai aimée, disait Jésus à sainte Angèle de Foligno, ce n'est pas pour rire que je t'ai aimée... »

La dimension de l'humanité rédemptrice

Vous le voyez, à travers, à travers cette charité admirable, à travers ce désir de correspondre le plus possible à la question posée, à la réponse donnée, le Père Mac Nabb ouvrait à ces théologiens anglicans, qui n'en avaient pas, qui n'en avaient pas le moindre pressentiment, la possibilité de garder leur réponse, mais de la dépasser ainsi infiniment et d'entrer dans cette dimension, totalement inconnue d'eux-mêmes, de l'humanité rédemptrice.

Et pour nous, quel immense bienfait de pouvoir contempler, à notre tour, toute la réalité de la souffrance et de l'agonie et de l'agonie de Jésus-Christ. On dit trop facilement : Jésus était Dieu, Jésus était Dieu, donc il n'a pas souffert comme nous. Bien sûr, il n'a pas souffert comme nous, au même degré de médiocrité, au même degré de compromission et de mélange, puisque nos souffrances sont si souvent, pour une bonne part, des souffrances relatives à nous-mêmes et qui crucifient notre esprit de possession. Mais il a souffert dans son humanité, comme aucun homme ne pourra jamais souffrir, puisque dans son humanité il a souffert cette souffrance infinie où il était vraiment déchiré des tourments de l'enfer, autant que, ils peuvent être vécus par la suprême innocence.

L’éternelle Passion de Dieu

C'est par-là que nous est révélée la puissance de notre liberté. Notre liberté a, juste, la mesure de la Croix.

C'est par-là que nous est révélée la puissance de notre liberté. Notre liberté a, juste, la mesure de la Croix. Voilà ce que nous pouvons tuer : tuer l'Amour et le précipiter dans cette agonie de ténèbres. Et c'est par-là que le visage de Dieu, le vrai visage du Dieu-mère nous devient sensible, car derrière, derrière l'humanité sanglante et déchirée de notre Seigneur, derrière cet écartèlement qui divise son humanité jusqu'à la mort, il y a l'éternelle Passion de Dieu, puisque l'humanité de notre Seigneur est un sacrement, le sacrement des sacrements, qu'elle est tout entière sacrement. Tout ce qui s'accomplit en sa Passion représente et révèle et communique la Passion de Dieu, cette Passion sans larmes et sans effusion de sang, qui est le don que Dieu dans son éternité ne cesse de faire à la Création.

Il y a une Passion encore plus profonde, encore plus indicible, qui est justement la Passion dans la Trinité Sainte de l'Amour éternel.

Dans notre vie vraiment Sa vie est engagée

En tout cas, au pied de la Croix, il est impossible de douter de la puissance infinie, de la tendresse unique de notre Dieu. Dans notre vie, dans notre vie c'est vraiment sa vie qui est engagée jusqu'à la mort de la Croix. Et saint François l'a si bien vécu, si intensément senti qu'il a pleuré vingt ans, vingt ans sur cette Passion de Dieu, jusqu'à ce qu'enfin les stigmates s'impriment dans sa chair car, dans son esprit, il était si identifié avec l'amour crucifié que finalement sa chair elle-même est devenue une contemplation vivante de cette douleur divine et que les plaies que son esprit avait sondées se sont exprimées, dans sa chair, pour qu'il redescende de l'Alverne qui est notre Sinaï, apportant au monde l'évangile éternel, qui est l'évangile de la Croix.

Voilà qui est Dieu. Dieu, ce n'est pas celui qui fait la guerre et qui veut reconquérir un tombeau vide, en massacrant les infidèles. Dieu n'est pas celui qui bientôt va dresser les bûchers de l'Inquisition pour faire mourir les hérétiques. Dieu n'est pas celui qui fait mourir, c'est "Celui qui meurt" à la place du coupable. Et Dieu n'est pas celui non plus qui va mettre dans les syllogismes des docteurs bavards qui va mettre dans les syllogismes, les mystères qui éclatent, comme dit saint Ignace d'Antioche, les mystères de clameurs qui éclatent dans le silence de Dieu.

Dieu, en st François, est détaché de la Croix

Dieu, c'est cette Croix vivante que saint François nous annonce, qu’il est devenu pour que nous connaissions… la passion brûlante au cœur de Dieu pour nous.

Dieu, c'est cette Croix vivante, cette Croix vivante que saint François nous annonce, que saint François est devenu pour que nous connaissions, dans le refroidissement du monde, la passion brûlante au cœur de Dieu pour nous.

Mais heureusement, quand saint François est marqué des stigmates, quand il redescend de l'Alverne, comme la Croix vivante qui annonce au monde l'éternelle Passion de Dieu, il pourra chanter le Cantique du Soleil car désormais Dieu, en lui, est ressuscité. Dieu, en lui, n'a plus rien à souffrir. Dieu, en lui, est détaché de la Croix et c'est pourquoi il pourra chanter la joie des créatures.

Et c'est pour cela que nous-mêmes nous allons, nous allons accompagner le Seigneur au jardin de son Agonie, nous allons silencieusement nous plonger dans sa nuit, nous allons l'accompagner jusqu'au désespoir de : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » non pas pour perpétuer sa Passion, mais pour, selon la petite mesure de notre amour, le détacher de la Croix, afin qu'il soit aussi en nous le Dieu vivant et ressuscité et que nous puissions porter au monde sa vie en chantant, avec François, le Cantique du Soleil.


Note (1) Le mont de l'Alverne se trouve en Italie dans la province d'Arezzo. Saint François y reçu les stigmates en 1224.

 (*) Silence Parole de vie Livre « Silence Parole de vie  »

 Publié par Anne Sigier, Sillery, septembre 2001, 250 pages

 ISBN : 2-89129-146-8