Conférence de Maurice Zundel au Caire en 1950. La bande enregistrée était incomplète, il manque le début et la fin. Non édité. Les titres sont ajoutés.

Une revendication d’autonomie qui doit s’appuyer sur fondement inébranlable et transcendant

Nous voyons donc immédiatement ici que cette revendication d'autonomie, elle n'a aucun sens ! Elle s'effondre si elle n'est fondée que sur la révolte de l'esclave contre son maître, sans trouver ses racines dans une valeur intérieure à l'esclave. Autrement la révolte de l'esclave, ce serait la révolte de l'âne qui rue parce qu'il est trop chargé ou du cheval qui renverse son cavalier. Révolte instinctive qui ne signifierait rien d'autre que l'impatience d'un dynamisme passionnel qui est soumis à son propre arbitraire.

Si la revendication de l'homme est à prendre au sérieux, si l'homme existe enfin ! c'est dans la mesure où sa dignité a un fondement inébranlable et transcendant c'est-à-dire un fondement qui ne dépend pas de ses tripes de ses boyaux, de ses glandes et de ses nerfs, mais qui dépasse toutes les limites de la biologie, toutes les limites du monde physique dans lequel l'homme est enraciné, pour lui montrer un autre enracinement justement dans son amour qui l'appelle au-dedans de lui-même et que saint Augustin rencontrera lorsqu'il se convertira après tant de recherches, après tant d'efforts vers la Vérité, après tant de lectures, après tant de méditations qui sont restées inefficaces et qui ne lui ont pas permis de dominer la sensualité dont il était prisonnier.

Comment elle éclate lors de sa libération, c'est précisément sous la forme de cette rencontre : « Tard je t'ai aimée, beauté si antique et si nouvelle, tard je t'ai aimée et pourtant tu étais dedans, c'est moi qui étais dehors où je te cherchais en me ruant sans beauté vers ces beautés que tu as faites. Tu étais avec moi, c'est moi qui n'étais pas avec toi. »

Dans la rencontre de saint Augustin, l'expérience de l'homme et l'expérience de Dieu sont une seule et même expérience. L'homme découvre le fondement de son autonomie et la racine de son inviolabilité dans une Présence qui le rend présent, à lui-même et aux autres.

Donc, aucun doute ici, que l'expérience de l'homme et l'expérience de Dieu sont une seule et même expérience. L'homme découvre enfin le fondement de son autonomie et la racine de son inviolabilité dans une Présence qui le rend présent à lui-même, qui le rend présent aux autres, qui le rend présent à l'univers, qui le fait passer enfin, comme dit Augustin admirablement du dehors au-dedans.

Il découvre tout d'un coup un dedans qui lui échappait totalement. Il découvre un dedans qui est cette Présence, qui loin de l'aliéner à lui-même, le met en contact avec lui-même, le jette au cœur de sa propre intimité et lui révèle sa liberté comme une libération.

Impossible d'aboutir à soi, en effet vous pouvez vous poser la question tout le long de votre existence : « Qui suis-je ? Qui suis-je ? Qui suis-je ? » Vous n'arrivez jamais à une solution parce qu’à cette question il n'y aura jamais d'autre réponse – réponse que nous n'avez pas eue – que vos préfabrications. Vous buterez contre votre tempérament, vous buterez contre votre hérédité, vous buterez contre votre histoire infantile, vous buterez contre votre milieu, vous buterez contre votre race, vous buterez contre votre sexe, vous buterez contre votre âge, vous buterez contre votre langage, vous buterez contre vos préférences nationales ou vos préférences de classe ou vos préférences de races parce que vous êtes fabriqués de cette manière ; donc vous ne rencontrerez jamais un moi originel, vous rencontrerez toujours un moi qui s'impose à vous et qui précisément vous interdit d'être vous-même.

Ce n'est qu'au moment où vous cesserez de vous regarder en Le regardant que vous deviendrez vous-même.

Ce n'est que dans la rencontre avec cette Présence au plus intime de vous... Ce n'est qu'au moment où vous cesserez de vous regarder en le regardant que vous deviendrez vous-même. Vous, vous aurez cette expérience admirable, justement; ce n'est que latéralement que l'on s'atteint soi-même, lorsqu'on regarde l'autre. Cet Autre dont Rimbaud a eu le pressentiment lorsqu'il écrit dans "la lettre d'un voyant" : « Je est un autre ». Il faut en venir là pour, à la fois, donner raison à Nietzsche et à Freud et à Marx et à tous ceux qui s'insurgent et se révoltent au nom de la dignité et de l'inviolabilité humaine, il faut en arriver là si on veut fonder précisément cette autonomie et cette inviolabilité, si on veut donner un sens à cette revendication de liberté.

La liberté extérieure ne sert de rien, tout est frelaté

Car il est évident que tant que je ne suis pas libre de moi-même, tant que je n'ai pas vaincu ces servitudes internes. Qu'est-ce que je vais faire de ma liberté extérieure ? Elle est pourrie d'avance ! J’aurai le loisir de me déplacer si je suis dans une société pourrie comme est la nôtre. On me laissera faire tout ce que je veux, tout ce qui n'atteint pas la bourse des grands propriétaires, tout ce qui ne menace pas leur vie matérielle, je ferai tout ce que je voudrai, il n'y aura pas de regard pour m'interdire aucun excès, au contraire. La société est organisée de manière à nous permettre tout. On voit à la place Pigalle des grandes affiches : « le nu le plus audacieux du monde ».

Tout cela s'étale pour la rue, il n'y a pas de restriction, il y a une entente unanime au contraire pour favoriser l'esclavage et la pourriture. Le tourisme veut dire : "pourriture", le tourisme veut dire : on va construire des hôtels, on va construire des boîtes de nuit, on va se mettre à la solde de l'étranger pourvu qu'il apporte son argent, c'est tout ce qu'on lui demande ! Alors, pour qu'il apporte son argent, on lui donnera tout ce qui favorise sa pourriture !

Il ne s'agit plus de voir le paysage ! Le paysage lui-même est frelaté, il s'agit de s'amuser, d'oublier qu'on est homme, d'oublier la mort et d'accorder audience à ses tripes.

Donc, il est certain que le "je - moi" auquel nous prétendons nous adresser est un "je - moi" inexistant, tant que nous n'avons pas rencontré au cœur de notre cœur cette Présence que Lady Macbeth n'a jamais rencontrée ! Justement Shakespeare nous a rendu magnifiquement sensible l'impossibilité d'un être humain d'entrer en lui, même sans rencontrer une Présence infinie. Lady Macbeth devient folle quand ses crimes ont été découverts, elle devient folle quand elle voit ce monde de puissance et d'orgueil lui échapper, elle devient folle quand plus personne ne croit à sa primauté, quand tout le monde la tient pour ce qu'elle est, comme une aventurière, comme une meurtrière ! Alors elle ne peut plus croire à sa grandeur, elle ne peut plus croire à sa primauté ! Qu'est-ce qui lui reste ? La vie extérieure lui échappe ! La vie intérieure elle n'y a pas accès ! Elle est donc suspendue dans le vide ! Elle devient folle et se tue.

Retrouver le Dieu vivant qui donne sens à une vraie liberté

Il n'y a donc aucun doute : pour retrouver l'homme vivant, il faut retrouver le Dieu vivant.

Il n'y a donc aucun doute : pour retrouver l'homme vivant, il faut retrouver le Dieu vivant. Quel que soit le nom qu'on lui donne, d'ailleurs ! celui qui admet, qui reconnaît un absolu au fond de lui-même : qu'il l'appelle "Vérité" avec Rostand, qu'il l'appelle "Vérité ou Beauté" avec Rodin, qu'il l'appelle "quelqu'un" comme Flaubert, qu'il l'appelle "Omega" avec Teilhard de Chardin, cela n'a pas d'importance, dès là qu'il reconnaît que, précisément, toute sa vie, tout le sens de sa recherche, tout le sens de son amour, tout le sens de son intelligence, tout le sens de son autonomie est dans un absolu qu'il porte au fond de lui-même, et que chacun porte au fond de lui-même, il a doublé le cap, il a trouvé le cœur même de son inviolabilité, il a fondé sa dignité au-delà précisément des déterminismes physiques qui nous rattachent à l'univers matériel.

Augustin sent immédiatement que le Dieu qui l'habite n'est pas un ennemi, n'est pas un juge, n'est pas un maître…, Il est quelqu'un qui ouvre l'espace illimité.

Il est évident que celui qui a trouvé ce Dieu intérieur, il est évident qu'il n'a plus de handicap, il n'est plus dans la quête d'une liberté qui lui a été révélée, précisément, par cette rencontre avec la Beauté toujours antique et toujours nouvelle qui ravit le cœur d'Augustin ! Augustin sent immédiatement que le Dieu qui l'habite n'est pas un ennemi, n'est pas un juge, n'est pas un maître, n'est pas quelqu'un qui le domine, n'est pas quelqu'un dont il dépend comme un sujet dépend de son despote ! Il est quelqu'un qui ouvre l'espace illimité. Il est quelqu'un qui est plus intime à lui-même que le plus intime de lui-même. Il est quelqu'un qui est la vie de sa vie. Il est quelqu'un dont il dira : « Vivante sera désormais ma vie, toute pleine de toi ».

Donc tout est radicalement transformé et la liberté prend un sens ! C'est la première fois qu'elle prend un sens, puisqu'elle n'est pas la possibilité de faire ce qu'on veut, alors que ce qu'on voulait, cela voulait dire finalement « être esclave de toutes ses impulsions passionnelles, non contrôlées et non conquises » Etre libre, c'est être libéré de toutes ses préfabrications. Etre libre, c'est être une source, c'est être une origine, c'est être un espace, c'est être le créateur de soi, mais dans le don total de soi, dans tout ce que nous pouvons faire; je n'ai pas choisi d'exister, je n'ai pas choisi mon hérédité, je n'ai pas choisi mon milieu, je n'ai pas choisi ma langue, je n'ai pas choisi ma culture, et ainsi de suite... je n'ai rien choisi de ce qui me constitue. Comment puis-je être "moi", un moi originel et créateur, un moi digne de respect et inviolable, c'est en prenant tout le paquet en le donnant, c'est quand je me dessaisis de toutes ces préfabrications, dans un pur élan d'amour que je suis libre... libre de moi et que je deviens un "moi" authentique, un moi oblatif, un moi relatif, un élan, un regard vers l'Autre.

La religion et la morale sont parvenues à l’homme du dehors, par la voie de la Tradition, pour assurer l’avenir de la communauté

Une fois qu'on est en contact avec l'infini, on ne peut concevoir l'amour que comme une respiration ensemble de cet infini que l'on se communique.

Il n'y a aucun doute, n'est-ce pas, que là est le problème, là est la solution et que celui qui a découvert ce Dieu intérieur à lui-même, qui l'a reconnu comme son libérateur et comme son amour ! Qui l'a reconnu comme quelqu'un qui lui permet de devenir quelqu'un ! Il ne songe plus à jeter tout par-dessus bord, il ne songe plus à étaler devant le monde entier ses revendications, à mettre son cœur à nu devant une télévision pour revendiquer ses droits au bonheur humain, au mariage, contrairement à tous ses engagements, parce que, désormais, ce qui lui importe c'est cette valeur qui fonde toute valeur, c'est cette Présence au fond de lui-même qui est le centre même de tous nos intérêts qui est l'éternité de toutes nos affections, qui est le cœur de toutes nos amours, parce qu'une fois qu'on est en contact avec l'infini, on ne peut concevoir l'amour que comme une respiration ensemble de cet infini que l'on se communique. Il faut donc prendre le tournant et pour comprendre pourquoi il faut prendre le tournant, il faut comprendre que la religion comme la morale sont parvenue à l'homme, en effet, du dehors par la voie de la Tradition. Que d'ailleurs cette Tradition était à la fois légitime et indispensable, qu'elle le demeure encore pour l'immense majorité des gens ! Sans cette tradition il n'y a plus rien. La jeune fille qui ne fait plus le signe de la croix qui ne va plus à la messe, qui ne reçoit plus les sacrements, qui est honnête par nature et qui est d'ailleurs orientée vers un amour capable de la combler ! Son honnêteté, elle la formule selon les normes d'une morale traditionnelle, qui a encore pour elle une certaine consistance !

Il est évident que pour ceux pour qui cette morale est un joug intolérable, qui voient que le problème démographique est un problème d'ailleurs insoluble qu'il faut résoudre ! Quand ils n'entrevoient d'autre solution que des solutions extérieures par des contraceptifs ou par des stérilisations massives, pour eux, toute cette morale s'est effondrée ! Alors comment donner un sens à la vie ? Il y a donc une Tradition qui a porté le monde depuis qu'il existe, qui a été indispensable à l'homme fragile et nu en face des puissances de la nature qui pouvaient l'écraser ! En face des animaux féroces qui pouvaient le dévorer ! Il a dû se contenter sur sa petite collectivité et pour que cette collectivité ne périsse pas, il a dû la ceinturer de coutumes inviolables, comme est par exemple l'interdiction de l'inceste qu'on retrouve partout ! Cela était nécessaire à sa survivance et l'est encore.

Une Tradition mise en pièces par deux guerres mondiales

Mais comme la Tradition a perdu sa légitimité, comme les deux guerres mondiales ont enseveli dans des ruines irréparables, et le prestige de la civilisation, et le leadership de l'Europe, et le rayonnement de la chrétienté. Comme l'Europe a fait appel aux peuples qu'elle avait colonisés contre d'autres européens, comme l'Europe a calomnié l'Europe : chaque nation en guerre rejetant dans la barbarie et le crime ses ennemis, mettant tous les torts du côté de l'ennemi, et naturellement toutes les vertus de son côté. Qu'est-ce qui reste de cette Tradition qui a été mise en pièces par ces deux guerres mondiales, au point que nous voyons la Société des nations ou plutôt l'Organisation des Nations Unies, nous la voyons balbutier, s'épuiser en discours stériles, ne porter des sanctions d'ailleurs inefficaces que contre ceux qui sont aux mains des grandes puissances, lesquelles les appliquent selon leur intérêt, en fermant les yeux, bien entendu, sur tout ce qui peut maintenir leur influence et leur primauté. Qu'est-ce qui reste de tout cela ? Des discours sans vues rigoureuses chez ceux même qui se disent croyants : les exégètes, les philosophes, les penseurs, les sociologues; enfin chacun y va de sa démolition ! Qu’est-ce qui va rester ? Rien, si on ne retrouve pas le Dieu intérieur.

Il faut tout reconstruire du dedans, fonder les valeurs sur une rencontre intérieure

Nous sommes donc obligés de prendre le tournant, d'intérioriser toutes ces valeurs, ce qui est d'ailleurs la manière la plus parfaite de les fonder, de soustraire l'homme au joug d'une puissance extérieure à lui-même pour l'appeler à réaliser une exigence totale, mais intérieure à lui-même. L'homme va se trouver dans la situation où se trouve un jeune couple devant son avenir ! Il n'y a rien que le propos, la volonté de fonder cette union. Qu'est-ce qu'elle donnera ? On n'en sait rien ! On engage sa vie sur ce risque et la vie, il faudra la faire, mais on fait crédit parce qu'on s'engage librement et par amour. Alors cet amour exige tout, mais du dedans, et le bonheur se construira par le don total, toujours plus exigible, mais toujours libre, toujours plus libre à mesure qu'on répondra davantage à ces exigences c'est ce que la chrétienté, c'est ce que l'Eglise est appelée à faire, ce qui est d'ailleurs tout à fait normal, ce qui correspond à ses racines évangéliques.

Il faut tout reconstruire du dedans. Ça ne veut pas dire qu'il faille rien abandonner, çà ne veut pas dire qu'il faille jeter tout par-dessus bord, çà ne veut pas dire qu'il faille renoncer aux valeurs spirituelles, à l'obéissance consacrée, çà ne veut pas dire qu'il faille renoncer à la virginité, au contraire ce sont des choses qui sont plus indispensable que jamais, et c'est une honte pour des chrétiens de penser que Gandhi à 37 ans a fait le vœu de chasteté parce qu'il estimait avoir suffisamment accordé à la procréation et que pas un chrétien devant le problème démographique ne pose le problème de la virginité alors que le Christ est vierge et que Marie, sa mère, est vierge ! C'est scandaleux !

Il ne s'agit donc pas du tout de renoncer à ces valeurs ! Mais de les asseoir sur une expérience créatrice et de tout fonder sur une rencontre intérieure. Cela est d'ailleurs d'autant plus nécessaire que l'évangile apporte une révélation infinie qui est la Trinité divine. Nous oublions trop que l'évangile est une nouveauté radicale, que l'évangile nous délivre de la Loi, cette Loi qui est malédiction, comme dit saint Paul, que l'évangile nous soustrait au pédagogue, qui est l'ancienne Alliance ; que nous ne sommes plus assujettis au Magistère au pédagogue, que nous sommes des enfants dans la maison du Père, que nous somme libres de la liberté infinie que nous donne la vérité, annoncée par le Seigneur, et qui est le Seigneur lui-même.

Le monothéisme trinitaire nous fait voir un Dieu qui n'est qu'une communion d'amour

Nous oublions que le monothéisme chrétien est trinitaire, que cela fait une différence infinie avec un monothéisme unitaire : un seul Dieu enfermé dans sa solitude distante... Qu'est-ce que çà peut nous faire si ce Dieu est notre Maître et notre limite et notre joug ? Autant qu'il y en ait plusieurs, qu'ils se fassent la guerre entre eux et nous fichent la paix ! Le monothéisme unitaire c'est une belle construction conceptuelle, çà ne nous intéresse pas vitalement !

Le monothéisme trinitaire nous intéresse passionnément, parce que jusqu'ici le monothéisme qui veut dire qu'il y a quelqu'un qui possède en lui-même et personnellement de quoi vivre une vie de sainteté, une vie parfaite, une vie d'amour, une vie de liberté, parce qu'il est une communion d'amour, parce qu'il n'est pas un personnage solitaire qui se regarde, se contemple, qui ne lui est rien, à lui rendre hommage !

Ce Dieu qui n'est qu'une communion d'amour. Ce Dieu qui ne s'atteint qu'en se communiquant, qui n'a de prise sur son être qu'en se donnant.

Ce Dieu qui n'est qu'une communion d'amour. Ce Dieu qui ne s'atteint qu'en se communiquant, qui n'a de prise sur son être qu'en se donnant. Ce Dieu qui ne peut pas se regarder, parce que son regard c'est une relation à l'autre. Ce Dieu qui est entièrement dépossédé justement parce que tout ce qu'il est jaillit dans cette relation à l'autre. Ce Dieu qui est entièrement libre de lui-même, précisément parce qu'Il décolle éternellement de soi, qui ne subit pas son être parce qu'Il le donne, ce Dieu évidemment ne peut pas créer un monde esclave !

Le sens de la création

Le sens de la création prend une signification tout à fait différente si Dieu est Liberté, si Dieu n'a rien, si Dieu ne peut rien avoir, s'il donne tout s'il n'est pas visé parce que son "soi" c'est une relation à l'autre ! Dieu ne peut créer qu'un monde libre.

Le sens de la création prend une signification tout à fait différente si Dieu est Liberté, si Dieu n'a rien, si Dieu ne peut rien avoir, s'il donne tout s'il n'est pas visé parce que son "soi" c'est une relation à l'autre ! Dieu ne peut créer qu'un monde libre, qui est tellement libre que Dieu en créant se livre à ce monde comme le disait l'auteur du "De beatitudine" qui est peut-être saint Thomas d'Aquin. « Ce qui enflamme l'amour c'est cette humilité de Dieu qui, en créant a fait de l'ange et de l'homme, de chaque ange et de chaque homme, son dieu et il passera (comme dit la parabole évangélique) il se ceindra et il passera en les servant ». Comme fera Jésus au lavement des pieds.

Donc, toute la création change de sens, elle n'est plus un jeu où Dieu n'est pas engagé et où nous sommes précipités, quitte à nous perdre éternellement sans que çà le touche le moins du monde ! Dieu est engagé jusqu'à la mort de la croix, jusqu'à l'éternelle agonie dont parle Pascal, parce que, justement, le sens de la création c'est de susciter, en face de la liberté éternelle, une autre liberté également inviolable à laquelle Dieu va se livrer comme il se livre effectivement à nous ! Il est en nous et nous l'oublions du matin au soir, il est en nous et nous ne faisons pas attention à lui...