Fin d’une conférence, Le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus, de Maurice Zundel à Ghazir au Liban en 1959. Publié dans Silence Parole de vie p. 112 (*)

 

Si nous voulons vivre le mystère de la Résurrection. faire de notre vie toute entière une victoire sur la mort pour affirmer la plénitude de vie en Jésus, il nous faut faire oraison, oraison sur les autres : oraison sur vos malades, oraison sur vos serviteurs, oraison sur les enfants confiés à vos soins, oraison les unes sur les autres, parce que tout ce que nous avons à faire c'est de susciter, de faire naître, de révéler, de communiquer cette plénitude de vie qui jaillit de la Croix où Jésus a vaincu notre mort par Sa mort.

Il y a en chacun – qu'elle que soit la couleur de sa peau, quelle que soit sa misère physique et la laideur de son aspect – il y a en chacun ce trésor caché, ce trésor qui est tout le Royaume de Dieu, ce trésor qui a été conquis au prix du sang du Seigneur. Et c'est cela qu'il faut sauver, c'est cela qu'il faut réveiller, c'est cela qu'il faut susciter, c'est cela qu'il faut enfanter.

C'est pourquoi, finalement, la vie ressuscitée en nous, la vie du Christ vainqueur de la mort doit s'exprimer dans cette maternité de l'âme à l'égard de toute âme, dont Jésus nous parle en disant :

« Celui qui fait la volonté de mon Père est mon frère et ma sœur et ma mère » (Mat. 12:50 ; Marc 3:35 ; Luc 8:21)

« Est ma mère ! » Voilà ce qu'il faut entendre : « Est ma mère ».

C'est cela être chrétien : être la mère du Christ, Lui donner un berceau tout neuf dans notre cœur en suscitant la vie dans l'âme des autres.

Quelle joie, quel tremblement, quel bonheur ! C'est cela le christianisme : entrer dans la vocation de Marie et – comme elle – devenir le vivant berceau de Jésus. C'est cela le Noël qui rejoint le mystère de Pâques, le Noël éternel dans l'éternelle Résurrection, le Noël que nous avons à devenir en portant la vie, en faisant oraison sur les autres, en rendant visite – en chacun – à la très Sainte Trinité dont toute âme est le sanctuaire ; et en essayant – dominant notre fatigue, nos humeurs, nos antipathies, nos ressentiments– de vaincre en nous les forces de la nature, de vaincre en nous les éléments du monde, de vaincre en nous la mort, afin que Jésus apparaisse vraiment à travers notre visage et à travers toute notre vie comme l' « Archègos tèd zoes », le « Prince de la vie ». (Act. 3:15)

 (*) TRCUSLivre « Silence Parole de vie  »

 Publié par Anne Sigier, Sillery, septembre 2001, 250 pages

 ISBN : 2-89129-146-8