Par René Habachi (1914-2003), ami de Maurice Zundel, professeur de philosophie, écrivain, ancien directeur de la division de philosophie à l'UNESCO. Quatrième conférence aux bénédictins de l'abbaye de Saint-Wandrille en Haute-Normandie en 1982.

Vous trouverez les trois premières conférences de la session sur ce site dans l'onglet "articles antérieurs", année 2012, octobre à décembre pour les deux premières conférences. Et dans l'année 2013, janvier à mars pour la troisième.  Autre méthode, plus rapide : saisir "wandrille" dans la zone de recherche et clic sur "valider".

 

Ecoute de la conférence par René Habachi :

 

(Je n'aurai pas de temps, de parler d'un certain nombre de problèmes importants de Zundel. De toute manière je n’aurais pas eu le temps. Par exemple, tous le problème de l'Eglise, les sacrements, la hiérarchie dans l'Eglise ; je n'en parlerai pas. Toute la morale zundélienne, la morale de la propriété et de la sexualité, et surtout l'inspiration morale qui traverse tout cela, je ne pourrai pas en parler ; je n'en aurai pas le temps.

Si jamais j’ai une heure demain après-midi supplémentaire, je veux espérer que je pourrai parler du problème du mal, et c’est un problème assez moderne puisqu'il préoccupe toutes les consciences aujourd'hui. Je pense consacrer demain, une heure à la Trinité, puis à l'Incarnation. Si j'ai le temps, je continuerai demain, toujours dans le problème du mal. Mais il est important, et on ne peut pas le traiter par des réponses rapides.)

 

Nous avions quitté ce matin, ce veilleur qui guette l'aurore et qui va la reconnaitre à deux critères.

 

Un premier critère c'est que, une révélation si elle se faisait, devrait libérer l'homme en le transfigurant, c'est-à-dire en l'aidant à convertir absolument son moi-préfabriqué, en moi-origine et, par le développement de sa liberté. Elle devrait, en somme, jouer un peu la fonction de ce que fut le Mont Thabor, une véritable transfiguration de l'homme.

 

Deuxième critère : elle devrait être la rencontre, non pas avec un texte, même avec les paroles d'un texte. En tout cas, elle ne devrait pas être une rencontre avec quelque chose mais avec quelqu'un, avec une personne. Et c'est en ce sens qu'elle deviendrait une présence libératrice. Or cette rencontre, par le dedans, puisque la révélation doit monter de l’histoire et non pas tomber sur l'histoire. Cette rencontre au dedans dont nous ne sommes que l'un des protagonistes est un dialogue de personne à personne, une sorte d'histoire à deux. Où le troisième terme, cet "X mystérieux" dont nous parlions, sollicite notre présence au rendez-vous de l'intériorité.

 

Et, bien sûr, comme c'est ce troisième terme lui-même qui sollicite notre présence, il prendra patience avec l'homme. Sa pédagogie consistera à s'adapter aux conditions d'évolution de l'homme. En somme, il y aura là tous le jeu de la pesanteur et de la grâce.

 

Dans "Quel homme et quel Dieu", à la page 66, Zundel dit ceci : « Elle est un dialogue où le premier amour sollicite le nôtre en s'adaptant à nous comme le requiert tout dialogue efficace »

 

Et donc la révélation se déploiera comme un développement, comme une croissance, en fonction de la croissance même de l’homme, de l'autre interlocuteur, si elle a un principe de discernement interne, si elle a un critère intrinsèque, c'est qu'elle devra être l'aveu d'une personne, une confidence d'amour du dedans au dedans. Et c'est pourquoi, tout ce qui dans une révélation n'est pas confidence d'amour, n'est pas fermentation de la liberté, n'est pas ouverture d'intériorité, tout ce qui n'est pas cela n'est qu'instrumental, accidentel, accessoire, en quelque manière, en tout cas secondaire. Elle ne vient pas de Dieu, mais vient du terroir humain qui la reçoit. Tout ce qu'il peut y avoir d'opaque dans une révélation ne vient pas du rayon, mais du miroir, qui la réfléchit.

 

Et, dans cette ligne de pensée zundélienne, qui ne veut pas faire un traité de théologie dogmatique, mais qui veut suivre le déploiement de l'expérience humaine qui nous a conduits et portés jusqu'à présent, quel serait le point limite ? Il y a un chapitre de "La Pierre Vivante" qui s'appelle "Le cas-limite" – Il ne s'agit donc que de mettre en perspective à partir d'une anthropologie.

 

Quel serait le cas-limite de l'homme pour qu'il soit vraiment l’homme de la révélation, cette révélation implicite que nous sommes, dans l'attente d'une révélation explicite ?

 

Ce cas-limite, si l'humanité pouvait nous en fournir l'éventualité, il faudrait trouver un homme tellement accompli que sa nature ne soit qu'élan vers l'autre ; que son moi-préfabriqué soit tellement ordonné à son moi-origine qu'il ne soit plus que relation offerte et sans reprise. Et que portant l'expérience de l'artiste, du savant et de toute relation interpersonnelle à son sommet, ce cas-limite soit en une extase constitutive de sa personne, c'est-à-dire un pur acte d'oblation vers l'autre.

 

Et je dis bien : acte, et pas seulement en état d'oblation, mais en acte, en accomplissement, en actualisation de cette oblation. Alors si, dans la lignée-humaine on pouvait voir surgir un être pareil, évidemment, alors, et alors seulement les vannes de l'humanité pourraient s'ouvrir devant celui qui n'a pas de moi, puisque son moi, c'est précisément l'autre, qu'il est le don fait homme.

 

L'instinct de conservation et la possessivité qui nous caractérise n'auraient plus de méfiance devant celui qui est dépossession. Et enfin, l'autonomie humaine, cette volonté de ne dépendre que de soi n'aurait plus à se défendre devant celui qui est sans défense et ne songe pas à empiéter puisqu'il est le respect de l'intimité, puisque notre intimité est respectée également par Dieu, qui est l'intimité en personne. Plus que cela, et non plus négativement, mais positivement, notre liberté pourrait se déployer sans dévier et sans retomber sur elle-même devant celui qui est la liberté en personne. Elle deviendrait même pure gratuité, d'avoir communié à la gratuité. En somme, et pour tout résumer, toute notre personne pourrait passer en oblation à l'égard de Celui qui est oblation sans réserve. A condition, toutefois, que ce cas-limite naisse de la lignée humaine, qu'il soit vraiment sur le prolongement de l'expérience humaine. Et que, cependant, il n’ait pas à devenir personne, mais qu'il soit lui-même en acte de personne, qu'il soit personne.

 

A la page 91 de "la Pierre Vivante" : « Ainsi serait constitué l'homme parfaitement saint, qui, sans cesser d'être une créature limitée et dépendante dans son ordre de nature humaine, serait entièrement soustrait aux limites de l'autonomie frauduleuse où cette nature, en nous, joue à la personne. Il faudrait donc que cet homme, né dans la perspective même de l'histoire humaine, soit limité par sa nature, qu'il appartienne vraiment, qu'il relève vraiment de la nature humaine et que, cependant, il n'ait pas à acquérir sa personne, mais qu'il parte de sa personne, qu'il soit soustrait aux limites de l'autonomie qui, en nous, joue à la personne.

 

Si ce cas-limite pouvait se réaliser, évidemment, la révélation serait, en quelque manière parfaite : elle serait la communication même d'un Dieu à travers une humanité sans frontières, ni opacité. Ce serait l’événement-avènement dont nous rêvions, un événement qui serait le sacrement même d'un avènement éternel et indépassable. Et cet homme, ce cas-limite, cet "X-mystérieux", ce troisième terme serait le médiateur entre l’homme et Dieu. Autrement dit, il serait vraiment le premier-né, l'homme en toute sa plénitude.

 

Pour le christianisme, ce cas-limite, c'est Jésus. Et cette parfaite adhérence de l'homme à Dieu et de Dieu à l'homme, c'est précisément le mystère de Jésus. Et ici, le mot mystère apparaît vraiment pour la première fois, et avec tout son sens, parce qu'il ne s'agit pas du tout d'un homme qui, par le déploiement de son moi-origine, devient tout simplement, et comme en continuité avec lui-même, devient Dieu. Il s'agit d'un homme qui naisse personne.

 

Voilà qui nous permet de conclure la rencontre de l'homme, qui était notre thème de ce matin. Et je voudrais maintenant entrer dans un quatrième thème qu'on pourrait appeler : L'homme révélé, si vous voulez ; ou encore : La révélation explicite.

 

Si Jésus est ce sommet de l'humain, s'Il est cet homme sans frontière en qui se révèle Dieu, toute ébauche de révélation, en quelque milieu culturel qu'elle se déploie, en n'importe quel moment de l'histoire qu'elle se déploie, toute ébauche de révélation converge nécessairement vers la Révélation du Christ. Tout ce qui parle de Dieu dans le bouddhisme, dans l'islam, dans le judaïsme est un aspect qui sera repris par Lui, modifié, intégré, assumé d'avance avec toutes les transformations que Sa Personne va lui imposer, parce que la Révélation du Christ ne se situe pas en dehors, mais elle est au sommet, au sommet de l'intériorité.

 

Tout ce qu’il y aura de valable dans les révélations, ou dans ce qu’on appelle révélation, sera nécessairement réassumé par Lui, puisque, partout, c’était des tentatives de l’humain vers un dépassement de soi.

 

[Repère enregistrement audio : 14’ 54’’]

 

Or Il est le dépassement en soi. Il est la Révélation. Et il ne s'agit pas du tout d'un discours de Lui ou sur Lui : il s'agit de cette Présence même. Toute parole dite à son propos doit être amenée à la Parole infinie qu'Il est Lui-même.

 

Et je crois d'ailleurs que cela est l'attitude normale de l'exégète qui met d'abord la personne de Jésus, la totalité, le mystère de cette Personne, son unité devant Lui avant n'importe quel dictionnaire et n'importe quelle référence.

 

Dans "Quel homme et quel Dieu", à la page 211 : « Car la Révélation qu'Il est en tant que Verbe incarné, n'est pas séparable de Lui. Réduite à un discours sur Lui, aussi bien, elle s'emprisonnerait dans les limites d'un langage – toujours inadéquat à la Réalité divine – aggravées par celles des hommes qui risqueraient souvent de n'exprimer, sous son patronage, que ce qu'ils en auraient pu comprendre. Il ne suffirait même pas qu'elle fût un discours de Lui, car Il a dû souvent s'adapter à son auditoire, et lui parler en paraboles. Comme Lui-même a renvoyé ses disciples à l'Esprit-Saint pour les conduire vers la Vérité tout entière. Il faut donc qu'Il demeure à jamais dans sa Personne, le gardien de la Révélation définitive contenue en Lui, et qu'Il ramène sans cesse les paroles dites à son propos à la Parole infinie qu'Il est ».

 

Et c'est pourquoi sans doute, Ignace d'Antioche disait : « Mes archives à moi, c'est Jésus-Christ ».Car c'est la Personne de Jésus qui est l'exégèsede toute Révélation fragmentaire.

 

Alors, dans cette Révélation, et au long de son déploiement, Zundel distingue trois grands moments, trois grandes ondes :

      • D'abord, celle d'une pédagogie progressive, celle d'une préparation d'abord ;
      • puis celle d'un événement-avènement,
      • et puis celle d'un éclairement.

 

Et tout d'abord, cette préparation, elle est lointaine, puis elle est immédiate. Lointaine, c'est le pressentiment d'un absolu, d’un Dieu, d'un Dieu inconnu qui monte à travers les consciences, avant l'épanouissement de toutes les religions antiques, avant les monothéismes, bien sûr. Vous vous rappelez que, Etienne Gilson, dans "la Philosophie thomiste", ou dans "L'esprit de la philosophie médiévale", n'hésite pas à dire que tout se passe comme si les Grecs s'orientaient vers l'affirmation de Dieu, d'un Dieu unique, alors que le peuple hébreu lui, opposait toutes sortes de résistances.

 

Il y a donc une préparation lointaine qui est l'exigence d'un plus, et qui va être suivie par une préparation immédiate, c'est celle qui est consignée dans l'Ancien Testament, ce n'est pas encore la Révélation de Jésus, et Zundel conseille de ne pas exagérer son importance et sa continuité avec le Nouveau Testament, car il y a un clivage profond, il y a un don totalement nouveau qui apparaît avec le Nouveau Testament. Il y a une brisure.

 

Dans l'Ancien Testament, bien des passages offensent la dignité de Dieu. Il y a des prescriptions impératoires, il y a des discours de vengeance ; il y a des passions déchaînées. Il y a des pages d'une pornographie étonnantes. Or, tout ce qui est indigne de Dieu dans ces récits, témoigne simplement de l'indignité de l'homme, de sa faiblesse, de sa lenteur à s'élever. La part de Dieu, la part de la Révélation, c'est le ferment spirituel qui s'intériorise progressivement. C'est comme le thème à travers ses variations. C'est cela qui relève de la Révélation ; tout le reste vient du terroir.

 

Zundel ne fait pas allusion à un certain nombre de questions mais que je me pose moi-même. Que signifie « la Terre Promise » ? Est-ce qu'on pense vraiment, on peut supposer un Dieu arpenteur et géographe qui dessine des frontières et qui consacre à un peuple tant de kilomètres de terrain ? Ou bien cette « Terre Promise » attend-elle l'homme en son propre avenir, en sa propre intériorité ? « La Terre Promise » est au-devant de tous, par surcroît, de tous ceux qui suivent et qui entrent dans l'esprit de la Révélation. « La Terre Promise » est en avant de l'homme ; elle n'est pas chosifiée quelque part, figée en extériorité. L'Alliance, l'Alliance est-elle faite entre Dieu et un homme préfabriqué, ou bien est-elle faite entre une intériorité divine et une intériorité à laquelle l'homme est en train d'accéder ?

 

Et nous savons bien à quelle occasion s'est faite la rupture entre Jésus et le peuple élu. Précisément, elle a eu lieu sur la notion d’élection elle-même. Il s'agit d'une nation qui, pour sauver – comme nous le disait l'évangile de ce matin – ses privilèges, sa nature, son caractère, le dépôt sacré qu'elle pensait avoir reçu, et qu'elle a reçu ; il s'agit d'une nation qui se referme sur elle-même ; elle veut s'écarter, se séparer des autres. Alors que si Jésus est une intériorité, c'est pour sauver le bien commun de l'humanité. C'est qu'il s'adresse à l'universalité et non pas du tout à un certain groupe ethnique ou à un groupe religieux. Et c'est pourquoi, au moment où les Juifs veulent en faire un roi, Il se cache. Il ne se voit pas du tout au sommet d'une pyramide de pouvoirs. Il se voit beaucoup mieux, Il se reconnaît beaucoup mieux à genoux, en train de laver les pieds de ses disciples, parce que, précisément, à ce moment-là, Il est à genoux devant leur intériorité ; Il leur révèle, à eux-mêmes que chacun porte en lui un Dieu.

 

Et si la nation était élue, précisément, c'est peut-être que son élection était d'être élue à l'universalité, pour l'universalité. Pour qu'il n'y ait ni grec, ni juif, ni maître, ni esclave, pour qu'il y ait l'homme partout.

 

Maintenant, à titre tout à fait personnel, je me pose à moi-même une question, une question qui est sans réponse, et je me demande si le peuple juif, je veux dire le peuple élu, n'est pas lui-même une conséquence – pardonnez-moi, ce qui vient, c'est purement subjectif – n'est pas également une conséquence du péché originel. En ce sens que, un Dieu, qui au moment de la création, attendait d'être universalisé par toute conscience humaine, refusé par elle, est obligé, en quelque manière, de reprendre pied, de retrouver des assises à travers le particulier et non plus à travers l'universel. Et peut-être que toute l'histoire eût été très différente, n'était ce moment de contact et de rupture, cette panne de courant qui a présidé à l'apparition de l'homme. Mais c'est une simple question, et ne la prenez pas comme une réflexion positive.

 

En tout cas, il y a donc une préparation lointaine et une préparation immédiate. Puis il y a, deuxième onde ou deuxième étape, le Christ Lui-même : c'est l'événement-avènement.

 

Evénement puisqu'Il appartient à la lignée humaine, et avènement parce que, en cette lignée, éclate quelque chose d'absolument inouï, imprévisible.

 

Eh bien dans cette période, donc de l'Evangile, du Nouveau Testament, le Christ n'échappe pas à la pédagogie du dialogue, celle que nous évoquions tout à l'heure comme étant une sorte de nécessité méthodologique du cas-limite. Il s'adapte à ses auditeurs. Il leur parle en paraboles en attendant que l'Esprit fasse jour en eux. Il utilise même le langage des malédictions, ce qui nous étonne parfois dans nos lectures et pourrait peut-être scandaliser certains. Mais faut-il y voir vraiment la Révélation de l'amour ? Ou bien une sorte d'emprunt généreux au terroir et au langage et aux mœurs du temps.

 

En tout cas, Il se révèle à petites doses, alors qu'une impatience divine aurait pu le prendre et se révéler d'un seul coup. Mais non Il continue à transparaître et non pas à vouloir apparaître d'un seul coup. A petites doses : vous vous rappelez les querelles à propos du sabbat : « Est-ce que le sabbat est pour l'homme, ou bien c’est l’homme qui serait fait pour le sabbat ? » Vous vous rappelez les "plus que" des synoptiques : « Es-tu plus grand que Jonas ? Es-tu plus grand que notre père Abraham ? » Et puis les miracles, qui sont une attention d'abord, à l'immanence, je veux dire une présence d'une infinie délicatesse aux situations, aux choses et aux besoins des hommes. Et puis il y a l'affirmation de Sa relation privilégiée au père « Qui m'a vu, a vu le Père ». Il y a le titre de Fils de l'homme. Il y a cette poignante confession de Césarée. Et puis, enfin, ce sommet qu'est le Thabor, où le corps du Christ resplendit d'une transcendance qui en aveugle les regards. Et puis il y a, sommet des sommets : la Résurrection. Ce n'est pas tout : il y aura encore un sommet plus haut, parce que si la Résurrection est un moment ultime dans la manifestation, la Pentecôte est peut-être le moment ultime de la Révélation.

 

Mais alors, nous entrons dans la troisième phase, la phase d'éclairement. Car avec la Résurrection tout n'est pas dit. Comment les disciples eux-mêmes comprendraient-ils ? Ils sont dans l'hésitation, dans le désarroi, ils essayent de se rassembler de manière à se consulter, à retrouver de la force en commun et il va falloir attendre, précisément, le feu de la Pentecôte.

 

Si le Thabor est la manifestation du Père, si la Résurrection est la manifestation du Fils, la Pentecôte, elle, est la révélation de l'Esprit.

 

Et alors, ils sont délivrés. C'est à partir d'eux-mêmes, du dedans d'eux-mêmes que va se continuer la Révélation. Et c'est ceci, la Pentecôte : tout le Christ a passé en l'Eglise, à l'intérieur même de ses disciples. C'est toute la personne du Christ qui passe par le dedans et qui, désormais, devra être entendue du dedans même.

 

Et voilà qui délivre, en quelque manière, les disciples ; ils ne cherchent plus d’ailleurs, ils ne cherchent plus Celui qui fut là, ils savent qu’Il est, qu’Il habite dans la chaleur de leur fidélité.

 

[Repère enregistrement audio : 30’33’’]

 

L'éclairement a donc commencé par un très grand éclat, mais il va falloir qu'il se continue justement à travers l'Eglise, dans laquelle toute la personne du Christ a passé. Et la Révélation devra se continuer et se préciser à travers l'Eglise. Et c'est précisément ceci le rôle de la dogmatique, de perpétuer la Personne vivante de Jésus. Il est si regrettable que parfois, Elle soit présentée comme une doctrine, alors qu'Elle est une présence croissante. Il va falloir attendre le concile de Nicée, en 325, pour définir l' "homoousios", c'est à dire la consubstantialité. Il va falloir attendre le concile de Chalcédoine, en 451 pour l’ "asunkutos" c'est-à-dire les deux natures en Jésus sans mélange et sans confusion.

 

Et la Révélation continue à s'éclairer dans l'Eglise, de nos jours, dans la mesure où, précisément, ceux qui l'expriment, s'effacent absolument en la Personne de Jésus et Le laissent s'exprimer à travers eux.

 

Un théologien qui aurait à travailler dans ce progrès de la dogmatique ne pourrait pas dire "Je", il ne pourrait pas dire "moi", il devrait s'effacer absolument et laisser la personne du Christ s'exprimer à travers lui. Ce qui implique non seulement de l'intelligence, et non seulement de la connaissance historique ; il faudrait que ce soit des saints. Et d’ailleurs c’est ceci qui fonde l'infaillibilité pontificale, c'est au moment où le Pape n'est plus lui-même et ne s'appartient pas, où il ne dit pas "moi", qu'il est infaillible, parce qu'alors, il est cœur contre cœur, sur le cœur de Jésus.

 

Dans cette perspective, on peut dire avec le père Durand, qu'une des formes les plus émouvantes de cette divine pédagogie est d'avoir accepté de s'accommoder à une vision anthropomorphique qui a attribué parfois à Dieu un visage bien différent de celui qui devait resplendir dans la vie du Verbe incarné. Et cela est à mettre au compte, précisément, de la désappropriation de Jésus, qui étant un don simplement offert, se laisse interpréter et expliciter par les hommes.

 

Dans le Nouveau Testament, quelle est l'affirmation qui apparaît centrale à Maurice Zundel ? Il y a une affirmation qui ressort, c'est que Jésus est le Fils dans un sens unique. Ce qui revient à dire que Dieu est son Père dans un sens unique. Et il enverra ses disciples baptiser les nations au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit

 

Et voici une idée absolument neuve et bouleversante, parce que c'est l'avènement d'un Dieu non solitaire, mais un Dieu trinitaire. Un Dieu dont l'unicité est absolue et cependant Il est Trinité. Et c'est une nouveauté qui modifie du dedans – du dedans - la notion de Dieu. Il ne s'agit pas d'une retouche au dehors ; il ne s'agit pas d'un concept qui se complète ; il s'agit de l'intériorité même de la vie divine. C'est par le dedans une fois de plus, que, apparaît cette révolution en la notion de Dieu.

 

Il ne s'agit plus, bien sur, de la Cause première des philosophes et du premier moteur ; il ne s'agit plus du Dieu de Yahvé, le Yahvé farouche de l'Ancien Testament. Et cette nouveauté bouleversante passe souvent inaperçue dans bien des vies de Jésus. Alors que pour Zundel, précisément, c'est le centre, c'est dit-il, « la perle du Royaume ». Qui nous introduit dans l'intimité de Dieu et de nous-même. Toute la vision zundélienne, me semble-t-il, part de là. J'ai l'impression que tout conduit à la Trinité, mais aussi que tout est parti, pour lui, de la Trinité, que c'est la matrice même de sa pensée.

 

Les articulations que nous avons nommées, ce matin, et une troisième qui va bientôt nous apparaître, et la quatrième qui est la dernière, ne font qu'articuler ; c'est une dialectique qui traverse sa pensée. Mais la matrice réelle de sa pensée, c'est certainement la vie trinitaire.

 

Pour montrer sa nouveauté et son caractère non déductible, il évoque, bien sûr, les réactions scandalisées des monothéismes ambiants, c'est-à-dire de l'islam et du judaïsme. Un tel paradoxe, pour l'islam qui apparaitra six siècles après mais qui a connu quelque écho du christianisme, parce que au nord et au sud de La Mecque, il y avait des tribus chrétiennes et juives, et qui a entendu sans doute des chrétiens parler de la Trinité d'une manière fort édulcorée, et bien, l'islam polémique contre ce qu'il appelle le polythéisme chrétien. Et le Coran le dit bien dans l'un de ses versets : « Dieu n'engendre pas et n'est pas engendré ». Et je ne crois pas du tout que l'islam aurait affirmé avec un caractère aussi radical et définitif et absolu, et aurait tellement insisté sur l'unicité de Dieu, n'était qu'il voulait justement prendre ses distances d'avec les polythéismes ambiants, dont le christianisme. Et c'est par là que l'islam se prétend être le sceau de la Révélation.

 

Jésus est bien un prophète, pour Mahomet ; Abraham est un prophète, Moïse est un prophète. Et il y a des sectes musulmanes qui pensent que le Mahdi – le messager qui viendra à la fin des temps, pour annoncer l'eschatologie - sera Jésus. Et Jésus est cité 73 fois dans le Coran, et toujours avec infiniment de respect, comme l'islam, vous le savez, respecte la Vierge Marie et affirme l'Immaculée Conception. Mais, néanmoins, sa manière de se distancer du christianisme, ça a été de se retourner contre les chrétiens en disant : « Dieu n'engendre pas et n'est pas engendré ».

 

Quand au judaïsme, nous savons qu’il a traité Jésus de blasphémateur : « tu blasphèmes ! ».

 

Pour ces deux monothéismes que sont l'islam et le judaïsme, et qui sont terriblement cousins germains, - et c'est peut-être pourquoi ils ne pourront jamais s'entendre ; ils se ressemblent trop - pour ces deux monothéismes, Dieu doit être au sommet d'une pyramide, l'Autorité ultime, suprême, le Tout-Puissant, et cela n'est peut-être pas sans rapport avec une humanité enfermée dans son moi biologique. Parce que, comment est-ce que un moi-chose, un moi-objet, qui n'est pas encore un moi-intériorisé, pourrait-il concevoir ses rapports avec l'absolu ? En quelque manière, ces monothéismes se jugent eux-mêmes. Alors Dieu leur apparait comme un moi-solitaire, dominateur, concurrent de l'homme. Et l'on se souvient du cri de Nietzsche, heureux de s'être enfin délivré de Dieu. Mais comment est-ce qu’un dieu solitaire pourrait-il aimer ? Et voilà toute la question.

 

Dans le Christianisme, Dieu est unique, mais Il n'est pas solitaire. Il n'est pas dominateur, mais Il est offert. Il est en Lui-même une circulation d'amour. La révolution trinitaire nous délivre une fois pour toutes d'un terrible cauchemar. Dieu ne peut pas être en compétition avec l'homme. La sainteté en Dieu, comme en l'homme, consiste en une évacuation de soi qui ouvre l'espace infini à l'autre.

 

Et c'est pourquoi Zundel s'accroche à ces trois mots de Saint Jean qui résument admirablement la Révélation trinitaire : « Dieu est Amour ». Ce qui veut dire que la seule relation possible entre Lui et les hommes est l'Amour. Pour que ce soit possible, il faudrait que Dieu soit Amour en Lui-même, en Soi, dans sa propre intimité. Or, l'amour n'est pas solitaire ; il est l'élan vers l'autre. Et, précisément, Dieu trouve l'autre en Soi. Il possède par Soi tout ce qui requiert la plénitude de l'Amour qu'Il est.

 

Ce n'est peut-être pas le moment de faire une chicane à la philosophie. Mais je me demande parfois si ce que Gilson appelle la métaphysique de l'Exode, qui est à la base de toute l'œuvre de Gilson, de l'œuvre thomiste de Gilson, je me demande si elle n'est pas insuffisante. Elle repose toute sur ce roc fondamental du « Je suis Celui qui suis » ou « Je suis Celui qui est » ou « Je suis Qui Je suis ». En tous les cas, l'affirmation de l'Etre - et c'est une métaphysique de l'Etre que lui appelle la métaphysique de l'Exister - Et c'est merveilleux. Mais je me demande si, il ne faudrait pas compléter cette métaphysique, en son inspiration même, par le « Dieu est Amour » de Saint Jean où l’être apparaît immédiatement comme une relation. Il n'est pas seulement l'affirmation d'une fidélité, d'une permanence, mais d'une invitation et d'un élan vers. Et cela aurait pu peut-être donner une philosophie beaucoup plus dynamique. Et peut-être que Gilson n'aurait pas éprouvé le besoin d'insister et de renouveler, dans son livre "L'être et l'essence", la notion d'exister.

 

Je me demande parfois – et ceci à titre purement subjectif encore – si dans notre pensée la plus largement chrétienne, on n'a pas fait une théologie qui tienne compte de l'amour et une philosophie qui ne tienne compte que de l'être. Alors que, il resterait à faire une philosophie qui s'appuie à la fois sur Moïse et sur Saint Jean. Je me demande.

 

[Repère enregistrement audio : 45’09’’]

 

Zundel n'a pas cette préoccupation, et voilà ce qu'il va nous dire à ce sujet, à la page 73 (de "Quel Homme et quel Dieu") :

 

« La révélation trinitaire se résume le plus simplement et le plus profondément dans la petite phrase de la Première épitre de Saint Jean : « Dieu est Amour ». Il ne l'est pas seulement par rapport à nous et à tout l'Univers créé. Il l'est en Soi, dans Sa propre intimité essentiellement, infiniment, éternellement. Comme d'ailleurs l'Amour n'est vraiment lui-même que dans la relation à un autre qui le constitue. Pour pouvoir être charité, l'amour doit tendre vers un autre, écrit le Pape St Grégoire.

 

Dire que Dieu est Amour, c'est dire que son intimité comporte, ou plutôt est constituée par ce mouvement vers l'autre, sans lequel il n'y a pas d'amour. C'est donc affirmer que Dieu trouve l'autre en soi, qu'Il possède par soi tout ce que requiert la plénitude de l'Amour qu'Il est. Il ne s'agit donc nullement dans cette Révélation de la Trinité divine d'un casse-tête métaphysique qui serait une épreuve presque insurmontable pour l'intelligence, et qui s'exprimerait comme on l'entend parfois dans cette question terriblement simplifiée : « Comment Trois font-ils UN ? » Ce qui est en cause ici, c'est la réalité d'un Amour absolument indépendant de tout objet extérieur et donc contenu tout entier dans l'intimité divine, et qui pour être lui-même, surgit éternellement dans cette relation à l'Autre qui est l'essence de l'Amour ».

 

En Dieu, en somme, libération, désappropriation, don, sont parfaits et ouvrent ainsi la vraie libération à l'homme. Celle-ci devient possible à la lumière de la désappropriation qui fait de chaque Personne divine une pure relation aux Autres. Dieu, en somme, est pur altruisme dans l'éternelle communication des trois Personnes. Et on retrouvera dans les textes de Zundel des définitions comme celles-ci : « Dieu est un altruisme subsistant ». « Dieu est une dépossession subsistante ». « Dieu n'a de prise sur son être qu'en le donnant ». Autrement dit, Dieu n'est Dieu que dans le don, que par le don. C'est le don qui constitue Sa substance. Et Dieu, étant pur altruisme, n'a de prise sur Son être qu'en le communiquant. Il ne peut le posséder que par le don qu'Il en fait.

 

Ce texte est trop important :

« La Trinité divine, paradoxalement, nous le révèlera. Elle présente, en effet, en opposition à notre prise de conscience narcissique, une prise de conscience altruiste. C'est à dire que Dieu n'a prise sur Son être qu'en le communiquant, qu'Il ne le possède que par le don qu'Il en fait.

 

Aussi bien, cette diction de soi dans laquelle nous ne cessons de nous dire nous-même à nous-même, cette diction, en Dieu, se profère dans un Autre qu'elle engendre. Et cet amour de soi, qui résulte en nous de cette diction, et qui nous enferme en nous-même, cet amour, en Dieu, s'épanche dans un Autre exhalé comme un souffle vivant. Le moi, en Dieu, loin d'être solitaire et narcissique, jaillit en trois relations subsistantes : Père, Fils, Esprit-Saint, dont chacune embrasse la totalité de l'Etre divin pour Le donner dans la transparence absolue d'un éternel dépouillement ».

 

Chacune des Personnes de la Trinité est ainsi rapportée aux deux Autres en une sorte d'élan qui fait de la Personne tout entière une vivante relation, dans une éternelle extase. De là, l'importance de la notion de relation.

 

Zundel trouvait cette notion capitale, fondamentale, et nous allons voir dans un texte comment il essaie de l'expliquer, dans le langage le plus lumineux, le plus translucide qui soit. Mais, en fait, il sait que, dès les premiers conciles, la notion de relation est au centre de la réflexion, afin justement d'essayer d'exprimer la vie trinitaire.

 

Mais lui, Zundel, aime partir de l'expérience. Et il va partir de l'exemple de la chambre meublée. C'est assez intéressant parce que ça révèle sa méthode. A la page 80 de "Je est un Autre" :

« Comme notre vie est impliquée dans un réseau de relations, nous gagnerons à en prendre conscience en partant de la relation la plus simple et la plus quotidienne, qui est celle de l'ordre dans un ménage soigneusement tenu. Que faites-vous, Mesdames – il parlait à des dames, et ces textes sont des conférences - que faites-vous, Mesdames, quand vous voulez rendre une chambre agréablement habitable ? Vous établissez entre les meubles, le tapis, la couleur des murs ou du papier peint et tous les objets qui peuvent orner la pièce, vous établissez un concert de relations. Si vous y réussissez, une musique silencieuse résulte de cette harmonie, qui suggère une présence accueillante aux autres qui en franchissent le seuil. Et pourtant, cela est immédiatement évident, ces relations que votre goût discerne intuitivement, ces relations n'ajoutent rien à la réalité de chacun des objets qui entrent en concert avec les autres. Le fauteuil n'est rien de plus qu'un fauteuil, et la table rien de plus qu'une table, qu'ils soient empilés dans un garde-meubles ou qu'ils soient engagés dans la délicate ordonnance de votre maison. Mais ils ne disent rien dans le premier cas, et ils deviennent musique dans le second. »

 

La relation peut donc se réduire à cette entité subtile d'un pur rapport, qui sans rien ajouter à la réalité des choses, provoque en elles cette sorte d'extase, cette sortie d'elles-mêmes qui établit l'accord de chacune avec les autres. »

 

Remarquons en passant que tout dans l'univers est relation ; les physiciens savent que, un atome solitaire se désintégrerait et que, précisément, la manière de l'annuler, c'est la fission de l'atome. Et Bachelard, l'épistémologue des sciences, n'hésite pas à dire : « Au commencement est la relation ». Et comme c'est proche de : « Au commencement était le Verbe », puisque le verbe est communication, précisément, Il est relation.

 

Et nous savons que le sujet que nous essayons d'être ne surgit qu'en communication avec autrui puisqu'il n'est lui-même que, en relation avec. Et nous savons aussi que, comme le rappelait un frère, ce matin, les cas pathologiques ne sont que des cas de rupture de relations ou de mauvaises dispositions, de mauvaises adaptions aux relations sociales. Et toute l'écologie, en somme, toute l'écologie, toutes ces questions et réponses et ces adaptations réciproques que se font les éléments de la nature, n'impliquent-ils pas la relation ?

 

Est-ce qu'il n'y aurait pas une nouvelle métaphysique à faire à partir de celle-ci, la relation ? Et qui serait, justement, en cohérence avec ce que nous disions tout à l'heure entre l'être et l'amour, entre l'Ancien Testament et Saint Jean. Existe-t-elle, peut-être. Je ne sais. Je dis ça par prudence.

 

Eh bien, la pensée chrétienne à partir des premiers conciles a introduit cette notion dans la réflexion sur la Trinité en l'affinant à l'extrême. Elle en a fait un regard qui nous transfert en l'autre, une oblation de tout l'être vers l'autre. Or, ces relations n'ajoutent pas un atome d'être à la substance divine et ne la multiplient pas. « Tout l'Être divin est consubstantiellement – je lis du Zundel - c'est-à-dire identiquement, intégralement, également et éternellement impliqué dans chaque relation et qu'il apporte, pour jaillir en elle en forme de don dans une infinie désappropriation de soi ». (Vous retrouverez ce texte à la page 78 - ce n'est pas la peine que je le lise).

 

Et ces relations sont de génération, dans le Père, et naissance, dans le Fils ; aspiration dans le père et le Fils et re-spiration ou respiration dans l'Esprit. Ce sont des relations subsistantes dont chacune constitue une Personne, foyer d'oblation vers l'autre dans une pure réciprocité. Et c'est pourquoi Zundel risque l'expression d'une « désappropriation subsistante, » ou encore, « une extase d'amour à trois foyers ». Ce que précisément, le concile de Nicée a nommé l'homoousios et qui invite à n'introduire dans les Personnes divines, ni priorité entre les trois Personnes, ni primauté, ni hiérarchie, ni subordination. Dieu est Trinité. Chaque Personne n'a en propre que ce qui la désapproprie totalement et la constitue relation subsistante aux deux Autres. Il n'y a pas une seule opération de la Trinité qui ne soit commune aux trois Personnes. A travers le Verbe, c'est le Père et l'Esprit ; à travers l'Esprit, c'est le Père et le Fils ; dans le Père, c'est l'Esprit et le Fils.

 

Evidemment, ces réflexions zundéliennes ne visent pas à faire un traité de la Trinité, nous l'avons bien compris, mais à exprimer ce qui fonde en dernière analyse l'expérience humaine de l'amour, l'expérience de l'esprit et de la liberté. Le devenir de l'homme ne peut se situer que dans la croissance de l'altruisme. Et précisément, le père de Régnon dit : « la Trinité, donation sans cesse accomplie au sein de la Divinité ».

 

Et voici un texte de Garrigou-Lagrange, dans "Dieu, son existence, sa nature", et qui fut professeur de Zundel à l'Angelicum à Rome : « Où trouver ici le moindre égoïsme, écrit le père Garrigou-Lagrange, rapporté par "Quel homme et quel Dieu", à la page 75, et voici le texte de Lagrange :

 

« Le moi n'est plus qu'une relation subsistante à celui qui est aimé ; il ne s'approprie plus rien. Tout l’égoïsme du Père est de donner sa nature infiniment parfaite à son Fils en ne retenant pour Lui que sa relation de paternité, par laquelle Il se rapporte encore essentiellement à son Fils. Tout l'égoïsme du Fils et de l'Esprit Saint est de se rapporter l'Un à l'Autre et au père dont ils procèdent. Ces trois Personnes divines, essentiellement relatives l'une à l'autre, constituent l'exemplaire éminent de la vie de la charité ». Et Zundel continue : « Ainsi, c'est dans son être même que Dieu est Amour ; c’est pourquoi Il est totalement Esprit, comme la Samaritaine l'a appris de Jésus ».

 

(Nous reprendrons, si vous voulez bien, chers amis, demain.)

ext_com