Homélie de Maurice Zundel à Rome le mercredi 23 décembre 1925. Non édité.

Trouvons réconfort et joie, sachant que Dieu porte avec nous nos douleurs.

 

- Lire dans la Ste Règle, le chap. XXI.

Mes très chères Sœurs,

« Réjouissez-vous dans le Seigneur – toujours. De nouveau, je vous le dis, réjouissez-vous. Qu'aux yeux de tous, votre modestie paraisse. Le Seigneur est proche. N'ayez d'aucune chose l'inquiétude. Au Seigneur seulement, dans toutes vos prières, faites connaître vos demandes. » (Phil. 4:4-6)

Ce qu'on peut dire aux autres, il est donc permis de le dire à Dieu.

Vous avez lu ces textes, vous avez écouté ces promesses, vous êtes entré dans l'Esprit d'Israël : « Voici ce que dit le Seigneur : le Désert sera dans la joie, et la solitude dans l'allégresse fleurira comme le lis. Fortifiez les mains lasses et les genoux débiles et dites : Soyez forts, ne craignez pas, voici votre Dieu lui-même vient pour votre Salut. » (Is. 35:1-4)

« Jérusalem, lève-toi, ne crains pas, voici votre Dieu : Comme le Pasteur mène paître ses brebis, il rassemblera les agneaux dans sesbras, et les tiendra près de son Cœur. » (Is. 40:9-11)

Et maintenant l'événement s'est produit. Dieu, lui-même est venu, mais non pas comme on l'attendait, qui n'a pas enlevé la douleur du monde, mais qui est entré dedans, jusqu'au broiement des os et jusqu'au désespoir du total isolement. Vous comprenez, n'est-ce pas ?

Quand nous voulons donner aux autres une preuve de notre amour, quand ils pleurent, nous sommes là, quand ils ont de la peine, nous la partageons, quand ils sont en deuil, nous veillons. Et nous ne sommes pas plus pressés qu'eux, nous avons le temps. Leur douleur est la nôtre : si vraiment nous aimons.

Voilà ce que veut dire Noël : celui qu'on attendait, au centre de toutes les douleurs, a établi son siège, pour que chacun pût se réclamer de lui, pour que chaque âme connaisse de quel immense Amour elle est aimée.

Et comme dans la plus pénible désolation, la plus petite attention allège soudainement le poids de la peine, ainsidans la détresse du genre humain, cette prodigieuse attention de Jésus, verse au cœur la lumière d'Espérance. C'est pourquoi je vous le dis : Réjouissez-vous.

Dieu a plus fait que d'enlever votre douleur. Il la porte avec vous. Tournez vers lui votre visage. Prenez la main, qui vous est tendue et dites : « Seigneur, tournez-moi vers vous, faites-moi vivre pour vous. Prenez-moi toute à vous. »

Je vous souhaite de croire, avec une foi invincible, à cette sympathie, à cette communauté de douleur de Dieu et de vous. Ce sont mes vœux, que ce soit les vôtres pour moi, et l'objet de vos prières. Je ne cesse de penser à vous et j'essaye de vivre pour vous.

Que la Paix du Seigneur soit le gage de mon affection paternelle dans le Christ-Jésus.

Frère Benoît (M. Zundel)

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