Homélie de Maurice Zundel à Lausanne en 1969. Publié dans Ton Visage ma lumière p. 134 (*)

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La Révélation de Dieu est aussi la révélation de l'homme et on peut dire que c'est précisément dans la Révélation de l'homme, que la Révélation de Dieu peut être unificatrice [?].

C'est parce que elle jette une lumière immense sur notre destinée, que la Révélation évangélique nous touche au plus profond de nous-même et jouit éternellement d'une actualité brûlante.

Si l'on voit dans le Concile que, précisément, cette Révélation évangélique fait jaillir une lumière si profonde sur notre destinée, c'est très simplement par la Croix de notre Seigneur, comme dit saint Paul qui proclamedans l’épître aux Corinthiens : « nous annonçons un Christ un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les Gentils » (1 Co. 1, 23)

Comment est-ce que ce mystère de la Croix nous touche aujourd'hui, et avec nous toute l'humanité ? [?] Comment il nous atteint au plus profond de nous-même ? C'est parce qu'il nous révèle cette chose absolument inattendue et invraisemblable, qui est l'échec de Dieu.

C'est cela que le Christ avait annoncé. C'est cela qui est le cœur de la Révélation chrétienne, c'est ce qui la distingue essentiellement de la Révélation de l'Ancien Testament, c'est ce qui fait que le plus petit des disciples de Jésus est plus grand que le plus grand des Prophètes de l'ancienne Loi. Cette Croix veut dire que, nous sommes habités par l'Esprit, qui est une réalité inviolable, une réalité inviolable, une réalité qui constitue une source et une origine, une réalité […?] d’elle-même, à la fois dans les origines, dans l’espace et le temps.

C'est devant cette réalité que Dieu, si l'on peut dire, est désarmé [?]. C'est cette réalité, qui à travers la Croix, s'annonce en Dieu même, comme absolument inviolable. Dieu s'y révèle, bien sûr, pleinement ; s’y révélant pleinement.

Et qui est Dieu, dans la perspective de la Croix, sinon […?], sinon une intériorité pure, sinon un amour qui n'est rien d'autre que l'Amour, où il n'y a rien d'autre que l'Amour, qui ne peut trouver que le même amour, qui n'a prise sur nous que par l'Amour et qui, par conséquent, est centré sur nous, comme […?] l’amour cherche comme son terrain d'élection.

Ce terrain où existe la liberté. Il cherche l’amour comme l'expérience […?] nous le montre, toutes nos relations humaines sont fondées sur cette réciprocité d'amour, et là où il n'y a pas d'amour, l'Amour ne saurait se révéler. Et l'échec de Dieu, l'échec de la Croix, l'échec de l'Agonie […?] jusqu'au don de sa vie, l'échec de Dieu est précisément la plus haute révélation, à la fois de ce qu'il est : l'Amour qui n'est qu'Amour, et de ce que nous avons à devenir : l'Esprit, c'est à dire intériorité pure, c'est à dire indépendance absolue, c'est à dire valeur universelle.

Sans doute ne sommes pas esprit, mais nous avons à le devenir, nous avons cette vocation immense, merveilleuse, qui fait de la vie humaine ce qu'il y a de plus précieux dans l'univers, de capital ; précisément parce que l'Esprit est une réalité qui se soutient elle-même, c'est une réalité qui est source, origine et fin.

Or, devant cette réalité qui est source, origine et fin, Dieu lui-même exprime ce respect illimité qui est consubstantiel à lui-même ; et comme il n'est qu'Amour, il ne peut avoir prise sur nous que par l'Amour, et que cet Amour qu'il est, échoue nécessairement si nous ne devenons pas l’amour qui répond au sien.

Voilà donc notre vocation la plus mystérieuse, la plus profonde : nous faire esprit ; échapper aux servitudes du monde extérieur, transcender ce monde extérieur lui-même en un signe et en un sacrement de l'éternelle Présence, circuler en toute réalité avec une liberté souveraine, en étant d'abord libérés totalement de nous-même.

Nous voyons donc ici, d'une manière éclatante, réunies la Révélation de Dieu et la Révélation de l'Homme. Bien sûr, encore une fois, et il importe constamment de le souligner, cet univers spirituel, que nous avons à devenir en entraînant toute la création dans cette intériorisation qui la libèrera, la couronnera, lui conférera ce que saint Paul appelle : « la Gloire des fils de Dieu » (Rm. 8, 21). Bien sûr que tout cela, c'est un univers qui n'est pas encore, il peut le devenir, il est remis entre nos mains, et dont la seule existence dépend du degré même où nous nous libérerons de nous.

N'oublions pas que, justement, tout l'univers de la foi, porte sur cette réalité qui n'est pas encore, pour nous, sur cette vérité que nous avons à créer en nous créant nous-même.

La racine de notre dignité, de notre dignité ; elle consiste précisément en ce que nous avons à devenir une réalité inviolable : pour Dieu qui nous révèle notre inviolabilité dans le mystère de la Foi, et pour les autres qui ne peuvent porter notre dignité que dans leur propre dignité, et pour nous-mêmes.

Ainsi ne pourrons-nous pénétrer dans le secret de nos consciences que dans un état de perfection radicale. Saint Augustin l'a compris admirablement et magnifiquement exprimé : « Nous sommes nous-mêmes dehors, étrangers à nous-même, et nous ne pouvons atteindre à nous-même que dans une ouverture totale à Dieu ».

[Passage incompréhensible, texte interprété : C'est à cette ouverture totale à Dieu, que se rapporte la question de notre immortalité, comme celle de notre dignité. Nous avons à faire de nous-même, une valeur universelle, qui couronne toute la création dans un acte de liberté.] Mais tout devient incompréhensible en Dieu et en nous, et dans l'univers qui est précisément le centre de gravité de la Révélation, si cette Révélation n'est pas celle de notre inviolabilité dans le Mystère de la Croix.

L'Evangile nous est donc infiniment proche, […?] il nous révèle à nous-même et il nous apprend des choses prodigieuses et magnifiques que nous ne pouvons découvrir nous-même dans notre propre intimité, qu'en étant en état de grâce, je veux dire en état de lumière, de transparence, de dépouillement, d'ouverture, dans une adhésion totale à Dieu.

Et si nous devons demeurer dans cette ouverture pour qu'elle gouverne notre vie et qu'elle devienne constamment une exigence de grandeur et d'universalité, c'est que nous sommes inviolables pour nous-même.

[…? Phrase incompréhensible] Si nous ne sommes pas source et origine, si nous ne sommes pas encore libérés, si nous ne pouvons être transparents en Dieu, c'est que nous avons encore en nous nos origines, nos préfabrications, tout ce qui nous enchaîne et nous fait dépendre de l'univers matériel, [?] alors que nous avons à le transformer comme nous en avons la vocation.

Pour atteindre jusqu'à nous-même, il faut devenir ce que nous sommes appelés à être, devenir esprit, comme Dieu est Esprit, nous intérioriser, faire le silence en nous, créer en nous cet espace illimité où toute créature aura la révélation de sa vocation éternelle. " Ne savez-vous pas, disait l'Apôtre saint Paul, « que vous êtes le Temple de Dieu, le Corps du Christ ? » (1 Co. 3:16 ; 12:27).

Vous êtes là comme le Temple de Dieu, le sanctuaire de la divinité.

Et c'est là toute notre noblesse, toute notre grandeur, et toute notre inviolabilité. Si notre regard peut se transformer à ce point, à la lumière de la Foi, à la lumière de la flamme d'Amour, notre vie tout entière sera transformée. Lorsque nous serons liés à nous-même comme aux autres, comme à tout l'univers, par un respect illimité qui nous permettra, à travers nous-même, comme à travers les autres, de découvrir soudain […?] ce visage adorable, ce visage crucifié, ce visage qui doit ressusciter aujourd'hui, […?] offert à notre rencontre, dans ce dialogue d'Amour qui est la respiration même de notre liberté.

(*) TRCUSLivre « Ton visage, ma lumière, 90 sermons inédits »

Publié par les éditions Mame, Paris, 2011. 510 pages

ISBN : 978-2-7289-1506-4

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