Par René Habachi (1914-2003), ami de Maurice Zundel, professeur de philosophie, écrivain, ancien directeur de la division de philosophie à l'UNESCO. Troisième conférence aux bénédictins de l'abbaye de Saint-Wandrille en Haute-Normandie en 1982. Vous trouverez les deux premières conférences de la session dans les textes récemment publiés (1ère en novembre et 2ème en décembre 2012).

 

La rencontre de l’homme

Ecoute de la conférence par René Habachi :

 

J’ai terminé ce matin ce deuxième thème que j'ai intitulé "La dynamique humaine", et, l'ayant achevé, je passerai à un autre thème qui sera "La rencontre de l'homme".

 

Ce ne sont pas du tout des titres à mettre au compte de Zundel, il en aurait choisi d'autres sans doute, mais c'est simplement plus commode pour mieux articuler l'itinéraire que j'essaie de parcourir.

 

Nous avions vu, hier, deux voies convergentes qui nourrissent la connaissance en tant qu'humaine, c'est à dire développant en l'homme sa possibilité de devenir un moi-origine, c'est à dire un créateur, une source. Et nous avions laissé pour ce matin le troisième vecteur convergent, celui des relations interpersonnelles.

 

Evidemment, dans la manière dont Zundel a décrit les exigences de l'art et de la science, il les a prises dans leur profil le plus aigu. Rares sont les savants et les artistes qui correspondent à ce profil. Mais pourquoi ne pas se référer, quand on parle de l'homme, non pas à la mesure la plus étroite mais à la mesure la plus large, la plus haute, selon le si joli titre du livre de Stéphane Zweig : "Les nuits étoilées de l'humanité". Il faut donc, pour parler de l'homme, le regarder dans ses nuits étoilées, c'est à dire le prendre là où il semble avoir accédé à quelque chose, et c'est de cette même manière que l'on peut parler des relations interpersonnelles.

 

La Beauté, la Vérité étaient des expériences inchoatives, des ébauches d'expérience de la rencontre de ce pôle intérieur qui vient soutenir l'émergence de notre propre "moi", dans notre "moi" authentique. Mais les relations interpersonnelles sont sans doute la voie privilégiée. Parce que la connaissance y est beaucoup plus profonde. C'est là que l'homme est engagé dans sa totalité, puisqu'il s'agit de la rencontre d'un être humain et d'autres êtres humains.

 

Et c'est pourquoi on peut dire que ces relations interpersonnelles sont avant tout trans-objectives ; trans-objectives parce que l'autre y est atteint non plus contre un objet, mais comme un sujet, comme une intériorité. Et puisqu'on ne connait qu'autant que l'on aime. Et on ne connait qu'autant que l'on est soi-même. La connaissance, à ce moment-là, se fera au croisement de deux intériorités et c'est dans la mesure où chacun sera présent à la sienne et sera en état d'ouverture totale, ayant décollé de ses limites, que la rencontre prendra un sens et que la relation interpersonnelle se fera.

 

Il faut donc y aller de la totalité de son être. Et plus les interlocuteurs auront de richesse humaine, proprement humaine, en eux, et plus la rencontre se soudera au niveau le plus profond. Qu'on songe, par exemple à l'imprudence qui consiste à admettre comme psychanalystes des spécialistes d'une certaine méthode qui n'ont pas toute l'étoffe humaine, qui n’ont pas l'expérience spirituelle qui pourrait être celle de leur client.

Je sais bien que, méthodiquement, il est demandé au psychanalyste d'être silencieux, d'écouter, mais encore de savoir écouter pour détecter les points ou les mots ou les images sur lesquels il va engager son client à parler, à réveiller en lui tout son passé. Mais cette audition, qui se veut passive et qui, malgré tout, est active puisqu'elle oriente l'attention dans telle ou telle direction, il faudra bien qu'elle se fasse décidément active quand il s'agira de la thérapeutique. Il faudra engager celui qui vient ainsi s'avouer à partir de toutes ses profondeurs. Il faudra bien l'engager dans telle ou telle voie.

 

Et alors, si le psychanalyste n'a pas la richesse intérieure de celui qui vient s'avouer à lui, c'est un peu comme les rapports qui peuvent s'établir entre le confesseur et celui qui vient pour se réconcilier avec lui-même, avec Dieu. Si le psychanalyste n'a pas en lui toute la richesse intérieure et bien d'autres encore, toute une humanité qui foisonne en lui, comment peut-il comprendre les ressorts profonds de celui qui lui parle, et comment peut-il l'engager dans telle ou telle voie ? Il peut littéralement le paralyser ou le pervertir dans son orientation, selon sa manière d’écouter et selon ses interventions.

 

Vous avez peut-être lu le roman de Marie Cardinal, "Les mots pour le dire", dans lequel elle raconte sa propre expérience, psychanalytique, semble-t-il ; il s'agit d'une femme qui, ayant déjà deux enfants, et soudainement prise de pertes de sang, très fréquentes et qui vont jusqu'à devenir quotidiennes. Et plus elle s'angoisse de sa situation, plus cette hémorragie s'accentue, si bien que, elle est amenée à ne plus sortir de chez elle, à ne pas pouvoir quitter sa chambre, parce que ça peut lui venir à n'importe quel instant, et son état devient de plus en plus pathologique. Elle consulte des médecins, qui n'y comprennent rien et qui ne savent pas la conseiller. Elle pense finalement rencontrer un psychanalyste ; et celui-ci, dont elle parle très peu, a la sagesse de l'écouter et de ne faire que l'écouter. Or, il se fait que, dès la première visite chez le psychanalyste, les pertes de sang s'arrêtent. Mais elle a la même angoisse, elle est aussi immobilisée chez elle, elle ne peut plus rien faire, elle ne peut pas rentrer en contact avec personne.

 

Et sa psychanalyse continue deux ans ; au total, elle a passé quatre années de visites chez le médecin. Et elle raconte son histoire, elle fouille dans son passé et il y a des efforts de mémoire vraiment pénibles avec des arrêts soudains, et puis des brusques irruptions dans cette obscurité du passé, et, finalement, elle en vient, un jour, à découvrir elle-même, en se racontant, cet événement perdu, perdu quelque part dans sa petite enfance où elle a entendu sa mère lui dire qu'elle avait tout fait pour avorter d'elle, et qu'elle n'y avait pas réussi. Et il semble que ce soit ceci qui ait été la lumière qui a détendu tout le reste, parce qu'à partir de ce moment-là, du moment où elle a reconnu ce choc, ce traumatisme, où on lui a refusé l'existence, où elle est née contre la volonté en quelque manière. Et se sentir refusé dans son être, c'est peut- être l'une des expériences négatives les plus terribles. Ca va beaucoup plus loin que la haine ou la jalousie, ou la violence, puisque c'est à la racine même de l'existence qu'on est ainsi refusé.

 

A partir de ce moment-là, il semble que sa vie se détende, qu'elle recommence à avoir des activités, qu'elle prend une fonction, qu'elle arrive à payer son médecin et que sa vie devient normale. Mais cette normalité aurait pu n'être que provisoire, si le médecin s'en était arrêté là, s'il n'avait pas une expérience spirituelle infiniment plus profonde, parce que le tout n'est pas de reconnaitre ce point faible du passé où a commencé un traumatisme qui va bouleverser les comportements les plus normaux. Encore faut-il trouver une solution et dépasser ce choc. Si le médecin ne l'avait pas encore soutenue pour qu'elle devienne elle-même, elle n'aurait pas été jusqu'à, un jour, aller au cimetière et prier sur la tombe de sa mère. Or, c'était ça le véritablement dépassement de ce choc du passé. On lui a refusé l'être, mais il fallait qu'elle en vienne à une surabondance d'être en elle qui vienne combler le creux causé par le refus de sa mère. Il fallait qu'elle devienne, en quelque manière, non plus débitrice, mais créditrice de sa mère. L'existence qu'on lui avait refusée, il fallait qu'elle la donne elle-même, ou qu'elle l'offre elle-même.

 

Mais alors il faut pour cela, justement, pour qu'une rencontre interpersonnelle se fasse, il faut donc que les interlocuteurs soient à un niveau de profondeur et d’expériences humaines et spirituelles extrêmement riches. Et très souvent, d'ailleurs, dans le dialogue des générations, c'est bien ceci qui est en jeu. Il n'est pas dit que les enfants n'ont pas à rétablir le lien de filiation auquel les parents n'ont pas été fidèles, du point de vue de leur propre paternité.

 

La vie nous est ouverte comme une proposition et il nous appartient à nous de combler les creux du passé ; en quelque manière de devenir les pères de nos parents et de les réengendrer à travers la croissance de nos propres existences.

 

Pour qu’une enfant puisse dire un jour, à sa mère : « Maman, tu es née de mon cœur » – ceci c'est un moment merveilleux, c'est une réussite – « Si j'avais à choisir une mère, c'est celle-là que j'aurais inventée, tu es née de mon cœur ». Mais ça c’est un cas exceptionnel. Pour un cas pareil que ce cas où il y a à combler, à donner de soi, pour rétablir le lien profond de filiation er de paternité.

 

Peut-être qu'ainsi il y aurait toute une histoire à rebours à recréer, où ce serait les derniers nés de l'histoire qui auraient à combler, à devenir finalement les pères et mères de toute l'histoire. Il se pourrait très bien que le dernier homme soit finalement le premier homme.

 

Cette relation trans-objective est-elle pour autant subjective ? Elle le serait, subjective, s'il s'agissait, dans une rencontre, de projeter son "moi" sur autrui et son propre désir, et de l'imaginer comme on a envie de l'imaginer. Ce serait la rencontre de deux moi-préfabriqués, où l'un serait victime de l'autre. Et donc il n'y aurait pas rencontre, il n'y aurait pas relation interpersonnelle, il y aurait choc. Et d'un choc pareil il n'y a que des catastrophes qui en découlent, en général.

 

Mais cette rencontre est bien la plus subjective dans la mesure où on conçoit que c'est le plus dépossédé de soi, et donc qui est vraiment un sujet, qui est en même temps le plus objectif. On n'est jamais plus objectif que lorsqu'on est vraiment désintéressé. Pas seulement désintéressé de la situation, ce qui n'est pas possible, mais désintéressé de soi-même, dépossédé de soi.

 

[Repère enregistrement audio : 14 ‘ 48’’]

 

Comment communiquer avec une personne, si l'on ne se fait pas soi-même personne ? Et comment entrer en contact avec une liberté, si on n'est pas libre de soi ?

 

Kierkegaard, ce père de l'existentialisme, et qui a porté directement au plus abrupt de lui-même, l'existentialisme, parle de ce rapport des consciences en disant qu'il s'agit de « la proximité infinie dans la distance infinie ». C'est dans la mesure, autrement dit, où une conscience est ouverte sur l'infini qu'elle est le plus proche d'une autre conscience. Autrement dit, les rencontres humaines passent toujours par le centre, par un point infini.

 

Ce n'est pas du tout la proximité physique qui va faire la rencontre. Et ce n'est pas les étreintes et les embrassements. C'est ce qui va passer du dedans au dedans, d'une intériorité ouverte à tout l'espace ouvert devant l’autre intériorité. Et c'est dans cette voie qu'il faut comprendre le mot de Mounier, dans son petit livre "Le personnalisme" : « Le plus court chemin de moi-même à moi-même passe toujours par autrui ».

 

Précisément parce que, autrui m'est l'occasion tellement de me dépasser, de me déposséder de moi-même et d'être attention et vigilance autour de ses propres possibilités, et non pas autour seulement de son moi-préfabriqué que, il me révèle les ressources que je ne savais pas en moi-même. Il ne s'agit pas de s'impersonnaliser ; au contraire, c'est le moment où l'on est le plus singulier, le plus personnel puisque, on met à la disposition de l'autre tout le capital possible de dépossession. Capital qu'on ne se serait pas révélé, n'était précisément la présence de l'autre. On n'est jamais plus soi qu'en communauté.

 

Je ne sais si vous avez entendu ce conte chinois amusant. Il parait que les chinois convertis sont de très bons ; ou étaient, je ne sais, de très bons chrétiens, très fervents. Et voici qu'un chinois meurt et arrive en paradis, et il est évidemment reçu par Saint Pierre. Et, avant même que d'accéder au Paradis, il demande à Saint Pierre, un plaisir (Vous connaissez cette histoire, non ?). Il lui demande un plaisir. « Quelle chinoiserie encore ? » se dit Saint Pierre, « Qu'est-ce qu'il va me demander ? » Qu’il voudrait voir quelque chose de l'enfer avant d'accéder au Paradis. Evidemment, c'est une curiosité un peu morbide. Quoi qu'il en soit, Saint Pierre, plein de bienveillance lui dit « D'accord, venez, suivez-moi ». Et il entrouvre le rideau sur l'enfer et il lui dit de regarder par la fente. Et que voit-il le brave chinois? Il voit une salle de banquet merveilleuse, avec des tables très richement servies, et, comme il s'agit, bien sûr, de chinois, sur ces tables il y a des bols de riz et tous sont en train de manger leur riz avec des baguettes. Mais tous les visages sont contractés, cependant, malgré la beauté des vêtements, et des nappes et de l'argenterie, tous les visages sont contractés et comme torturés par quelque chose qui les mange du dedans, parce qu'ils ont tous des baguettes pour prendre leur riz, des baguettes de deux mètres et que, du moment où le riz doit venir jusqu'à la bouche, il tombe et que, ils sont en train de mourir de faim dans toute cette richesse.

 

Alors le chinois dit : « Fermez le rideau, j'ai compris ! L'enfer c'est un désir infini qui est toujours insatisfait. C'est une nostalgie qui demeure, une soif non désaltérée ». Alors il lui dit : « bien, alors dans ces conditions, menez-moi vite en Paradis ». Et Saint Pierre lui ouvre le rideau, et il voit la même salle de banquet, et les mêmes tables, et les nappes aussi belles, et les vêtements des convives aussi riches avec les mêmes bols de riz et les mêmes baguettes longues de deux mètres. Mais il s'aperçoit que les visages sont tous souriants parce que chacun se sert de sa baguette pour nourrir le convive qui est face à lui. Et c'est ainsi que, vraiment, le plus court chemin de moi- même à moi-même passe toujours par autrui.

 

Si l'on voulait faire une analyse plus profonde, on songerait à ce que dit Gabriel Marcel de la disponibilité. Qu'est-ce qu'être disponible, vraiment ? L'indisponibilité est le caractère de celui qui est tellement plein de soi qu'il n'y a pas place en lui pour autrui. Il est indisponible parce que son "moi" est chargé de tous ses soucis, de tous ses problèmes de tous ses souhaits, de tous ses devoirs, de tous ses projets les plus sérieux, de toute sa moralité, mais il en est tellement chargé qu'il est obnubilé par son "moi". Et c'est pourquoi, quand on vient à le rencontrer, on se sent toujours de trop, il a l'air de prélever quelque chose de son temps et de son existence pour le mettre à la disposition de, et de sentir qu'on est débiteur à l'égard de quelqu'un empêche la spontanéité, bien sûr, et la rencontre.

 

Quand on va voir un malade dans un hôpital, parce qu'on doit, parce qu'on a promis et qu'on s'est engagé et qu'il faut tenir parole, et que l'autre le sent tout d'un coup qu'on est venu en coup de vent et que.... Mais aussitôt il se dit : « il aurait mieux fait de ne pas venir ».

 

Nous sommes tellement encombrés de nos "moi" que la rencontre est impossible. Le disponible est celui qui se débarrasse de son "moi; et ici il faudrait parler du moi-préfabriqué, mais je pense qu'il y a un rapport entre l'analyse de Marcel et de Zundel et que, sans doute, il y a eu un passage ; il y a une lettre qu'on a retrouvée de Marcel à Zundel. Et c'est à ce signe de la disponibilité que Marcel reconnaît l'existence de la liberté en quelqu'un.

 

Parce que la liberté ne se prouve pas. On ne démontre à personne qu'on est libre. Il ne s'agit pas de jonglerie, il ne s'agit pas de tenter l'impossible ; il ne s'agit pas d'aller jusqu'au bout de soi-même. Ce peut être un simple acte de volonté commandé et d'aucune liberté.

 

La liberté se montre, elle ne se démontre pas. Elle se vit, c'est une expérience. Et un être libre, en général, ne sait jamais qu'il est libre. Parce qu'il suffirait qu'il reporte son regard sur lui et qu'il prenne conscience qu'il est libre pour, aussitôt, s'objectiver, se boucler sur lui-même, et c'est aussitôt une panne de liberté. Les êtres les plus libres sont les êtres les plus simples, les moins conscients d'eux-mêmes. Ils n'ont pas le front tendu, ni l'air austère ; ils sont simplement ; ils sont sourire, ils sont donnés. Ils sont donnés, et c'est bien le mot, en ce sens que, ils ne sont pas occupés par eux-mêmes, ils sont en état d'oblation vers.

 

Il y a comme cela des servantes dans les familles anciennes, qui sont l'incarnation de la liberté. Elles n'ont jamais pensé à dire : « Moi, j'ai besoin de... Moi... » On leur demande de veiller un malade, on leur demande de se réveiller tôt pour arranger le salon, la salle à manger. Elles pensent au jeune homme absent et à ce qui lui fera plaisir à son retour, etc. etc. Elles sont tout entières données ; elles n'ont pas leur histoire ; et leurs histoires.

 

Et c'est à ceci qu'on reconnaît précisément la liberté : un être disponible. Zundel se souvient du mot de Sartre dans "Les mains sales", où un prolétaire à qui on a fait justice, malgré tout n'est pas content. Et on lui dit ceci « Tu voulais ta bouffe, n'est-ce pas, mais un petit quelque chose de plus ? » Qu'est-ce que c'est que ce « quelque chose de plus », qu'il souhaitait et qu'il n'avait pas reçu ? C'était précisément une attention à lui-même en tant qu'homme, et non pas en tant, simplement, que bouche à nourrir. Ce plus, c'est ce que Guéhenno vise, quand il dit :

« Qu'importe qu'on nous donne le bonheur, si l'on nous refuse la dignité ».

 

L'intimité d'un être et sa dignité ne se laissent pas traiter comme des choses. On ne gère pas l'intimité des êtres. Et avoir l'honneur d'être accueilli dans une intimité implique qu'on laisse à la porte sa curiosité. Tout regard serait déplacé ; toute gourmandise, une atteinte, une blessure. Quoi de plus délicat qu'une intériorité qui s'ouvre ? C’est ce qu'il y a de plus fragile. Toute indiscrétion pourrait la blesser. On ne peut être reçu dans une intimité que les paupières baissées, et le regard posé, peut-être, sur sa propre intériorité, c'est à dire un regard ouvert à tout l'espace infini que chacun porte en lui-même. Et c'est sans doute pourquoi ce sont les êtres les plus libérés d'eux-mêmes, qui sont pour nous toujours les plus libérant.

 

Ce ne sont évidemment pas les inquisiteurs et les contrôleurs, mais alors toute stratégie est vaine, et on ne peut pas jouer sur les deux tableaux. Toute stratégie pourrait susciter la révolte par abus de confiance. Et il en est qui, à force d'habitude, sont passés maitres en l'art d'avoir l’air libéré et cependant d'avoir un regard et des questions curieuses.

 

Or, il ne s'agit pas de simuler la disponibilité ou la liberté de soi, il s'agit d'être.

 

Et comment être respectueux d'une intimité, si l’on ne respecte pas la sienne, si on viole sa propre intimité, notre intimité est aussi inviolable et aussi exposée aux blessures. On n'a pas le droit de se traiter comme une chose. Et celui qui se traite comme un objet et qui veut cependant se donner des airs disponibles est amené nécessairement à se dévoiler tôt ou tard, parce qu'il traitera les autres, les êtres, comme des choses, puisque lui-même a réduit son regard à ce niveau-là. Et, en même temps, dès qu'on se manipule soi-même, on perd le droit de revendiquer la dignité, le respect de sa dignité par les autres. On en perd le droit puisqu'on s'est durci soi-même en pure extériorité. Pourquoi exiger des honneurs si on n'honore pas l'autre qui est en chacun, qui est en soi ?

 

Or, cette intériorité, et ses corollaires que sont la dignité et la liberté représentent le bien commun de l'humanité. C'est même l’unique bien commun, et c'est là le fondement de toute égalité. Tout le reste est accidentel et acquis par l'histoire. Mais la seule chose qui soit vraiment le bien commun de tous, c'est cette dignité, cette intimité inviolable, cet espace à partir duquel une conscience peut se survoler elle-même et devenir une source.

 

[Repère enregistrement audio : 29 ‘ 38’’]

 

De là le grand désordre des relations internationales, les décolonisés, les réfugiés, les prisonniers, le Tiers-monde ; tous ceux qui se plaignent du paternalisme, ou du colonialisme ou de l'impérialisme, tous ceux-là le font, en partie, à juste titre, il y a une racine très valable et qui est d'ailleurs la seule valable, c'est qu'on les traite comme des choses dont on peut disposer, et non pas comme des sources en potentiel.

 

Et c'est également le combat des femmes aujourd'hui, contre la phallocratie masculine, vous le savez bien, qui est de refuser d'être l’image projetée par une société virile, à dominante virile. Evidemment, dans la mesure où le féminisme ne fait que réagir contre le virilisme, on va d'un extrême à un autre et on oppose un moi-préfabriqué à un autre "moi" qui est en train de se préfabriqué en fonction dialectique, en opposition avec l'autre. Mais il devient très difficile pour une femme de redécouvrir qu'est-ce que c'est vraiment que la féminité.

 

Or, le respect de ce bien commun est le seul à pouvoir créer un climat respirable dans une vie de société. On sait la différence qu'il y a entre masse et société. Nous naissons tous en masse, comme des gouttes de pluie, absolument seuls chacun comme une cellule fermée sur lui-même. Nous naissons tous en masse et nous avons à entrer en société. Et nous entrons en société dans la mesure où nous entrons en nous-mêmes. Parce que le rapport social s'établit du dedans au dedans et non pas par la périphérie.

 

Dans combien de familles, dans combien de communautés on vit absolument solitaire, seul, sans se rendre compte des problèmes du frère ou de la sœur, ou des voisins. Mais aussi bien dans un groupe en marche et créant les mêmes slogans et revendiquant les mêmes droits, le plus souvent chacun revendique pour lui et il se fait que sa cause est identique à celle des autres. Mais, aussitôt satisfait, lui, il se désintéresse des autres. Et ce n'est pas le même cri, le même slogan qui fait l'état de société. Ça peut être une masse en marche.

 

Dans une de nos journées, combien de temps nous entrons en société ? Et combien souvent nous retombons en masse chacun sur son isolement ?

 

Le philosophe espagnol José Bergamin, en parlant de l'artiste, dit quelque part : « La solitude de l’artiste n'est pas celle d'une île, c'est celle de l'océan », c'est à dire que sa solitude est ouverte à la communauté, à la totalité.

 

Dans ces relations interpersonnelles, il y a des cas plus singuliers, disons privilégiés, mais privilège très redoutable. Quand deux êtres deviennent une valeur l'un pour l'autre, le lien social qui les rassemble respire l'amour. Et ceci est aussi valable pour l'amitié que pour l'amour. Parce qu'au fond, il s’agit d'une même nature. Je crois que Thomas d'Aquin distingue entre l'amour, du moins rassemble les deux sous le mot amour, mais il les distingue en parlant d'un amour d'amitié et d'un amour de concupiscence. Le mot concupiscence sent son moyen-âge, mais il signifie simplement que c'est un amour qui traverse l'épaisseur du désir. Mais en vérité, tout amour de concupiscence ou d'amitié, tout amour est virginal quand il vient de l'esprit et ne vise qu'à la croissance de l'intériorité d'autrui.

 

Nous savons bien qu'il y a des paternités spirituelles qui sont infiniment plus profondes que bien des filiations naturelles. Parce que, justement, ce sont des engendrements du dedans, à partir de l'esprit, à partir de la virginité de l'esprit. Parce que la virginité vient de l'esprit et puis elle irradie les corps, elle traverse les corps. La virginité vient de notre moi-source, évidemment pas de notre moi-préfabriqué.

 

Et évidemment, la sexualité n'est ici qu'une amorce, une amorce entre moi-préfabriqué pour faire appel à la, coopération de deux moi-sources en croissance. Ce qui comble vraiment les amants, ce n'est pas du tout quand ils retombent sur leur moi-préfabriqué, avec ses désirs et ses satisfactions, mais ce qui les comble, c'est quand ils emportent leur biologie et tous leurs charmes dans la ferveur de leur moi-source. Ouverts tous deux vers un espace de générosité et de don réciproque où chacun devient une liberté pour l'autre. Et où cet espace s'ouvre à l'accueil de leur vocation, et pas seulement du moment présent, mais à l'accueil de leur vocation, c'est à dire de leur avenir, de cette dimension du futur qui les attend au-devant d'eux et où par surcroît, leur amour s'ouvre sur leur famille, sur leur communauté et, finalement, englobe le monde.

 

A ce moment, tout amour est l'éclosion d'une richesse nouvelle pour l'univers et n'intéresse pas du tout seulement ceux qui s'imaginent être seuls au monde, comme le dit cette chanson d'après-guerre: « Les amoureux sont seuls au monde », n'est-ce pas ? Ils se regardent éperdument en s'embrassant sous les arbres et rien n'existe plus autour d'eux, ni le bruit de la ville, ni le bruit des trains, ni les passants curieux, ils sont perdus, les yeux dans les yeux, n'est-ce pas ? Ils s'imaginent être seuls au monde et c'est très touchant. Mais, en réalité, leur amour pourrait bien être l'éclosion d'une richesse nouvelle pour la totalité de l'univers, dans la mesure où, précisément, ils ne se laissent pas perdre seuls au mon- de, ils ne se laissent pas noyer dans leur moi-préfabriqué, mais qu’ils ouvrent en eux la chance de leur moi-origine.

 

Alors c'est à ce moment là qu'il faudrait peut-être rappeler de nouveau la définition que donne Zundel de la personne. Nous disions hier : la personne, c'est la manière unique dont chacun, prenant appui sur ses propres déterminismes, réalise son intériorité et sa générosité.

 

Et notez bien que cette vocation de la personne est la même concernant les relations interpersonnelles, pour le problème de toute sexualité et de toute homosexualité. On en parle beaucoup ces temps-ci, en s'imaginant qu'il y a là un problème tout à fait particulier, celui de l'homosexualité, mais quand il s'agit, d'une homosexualité authentique, qui n'est pas acquise par habitude, et donc, en quelque manière, indéracinable, qui fait partie du moi-préfabriqué, eh bien, le problème est exactement le même que pour les sexualités dites normales. Et d'ailleurs c'est le même problème aussi bien pour les mariés et les célibataires, pour ceux qui ont fait vœu de chasteté et pour les autres ; c'est exactement le même problème ; il s'agit à partir des déterminismes qui conditionnent la vie de chacun de les amener à une ouverture où la véritable virginité et le véritable amour nait du dedans, nait de l'esprit, nait du moi-origine.

 

La seule chasteté qui mérite ce nom est celle de sauver cet espace infini en soi et en l'autre. Cet espace infini qui portera bientôt, pour Zundel, un nom, mais qu'il préfère, jusqu'à nouvel ordre, garder silencieux.

 

Il a souvent utilisé l'expression de « respirer l'amour » : les relations sociales peuvent « respirer l'amour ». Et ce n'est pas du tout par romantisme, ni par un style sentimental et vague qu'il parle de « respirer l'amour », mais parce que l'amour, comme la beauté, comme la vérité, ne s'atteint jamais. Il est un pôle intérieur jamais atteint, toujours souhaité. L'amour, comme le Beau, comme le Vrai, est métaphysique. Il sollicite les moi-origines à décoller de leurs racines, pour se rejoindre à l'infini d'eux-mêmes. Et comme il s'agit d'échanges entre personnes, ce pôle à l'infini de chacun ne peut qu’avoir qu'un visage personnel, infiniment plus personnel que celui de la Vérité et de la Beauté.

 

Vous avez remarqué que, au terme de ces trois vecteurs, nous avons partout abouti à un troisième terme. Puisque il y a l'œuvre d'art et l'artiste ou l'admirateur, et puis la Beauté. Il y a le monde, le savant ou le philosophe, et la vérité. Et il y a les personnes et l'amour. Partout il y a un troisième terme que Zundel nomme parfois un X. mystérieux. Et l'homme passe de son moi biologique et possessif à son moi-source ou oblatif, dans cette relation avec ce troisième pôle ; cette relation qui finalement le constitue. Dans cette relation sans laquelle tout ce qui fait que l'homme commence en tant qu'homme demeurerait sans fondement.

 

Ce troisième terme est donc vraiment le fondement de la personne que nous avons définie comme étant en relation-avec. Lui-même, il est une sorte de relation, il est un être relationnel.

 

Ce troisième terme existe-t-il ?

 

S'il existait, il devrait être à la fois Vérité, Beauté et Amour. Et tout cela ayant visage de personne. Ce qui signifie qu'il devrait être vraiment personnel pour faire mûrir en nous notre mouvement de personnalisation. Il devrait être lui-même esprit pour nous dégager des pesanteurs de la matière et ouvrir devant nous l'espace de l'esprit. Il devrait être lui-même sans frontières pour nous permettre à nous de dépasser incessamment nos propres frontières. Il devrait être désappropriation totale pour nous permettre de nous désapproprier de nos "moi". Autrement dit, il devrait être Pauvreté, être pauvre de soi, pour nous amener enfin nous-mêmes à nous dépouiller de nos "moi" et à surgir dans ce bond qui nous unit à lui.

 

[Repère enregistrement audio : 44 ‘ 45’’]

 

Car nous n'existerons que si nous faisons exister cette relation. Elle prendra consistance dans la mesure même de notre présence. Autrement dit, on ne devient don qu'en étant soi-même don. Et, enfin, ce pôle intérieur à visage personnel devrait être toute relation à l'autre ; son "moi", en quelque manière, devrait être sa relation à l'autre, pour fonder cette relation à l'autre qui nous constitue.

 

C'est lui qui pourrait dire, d'une manière ultime : « Je est un autre ». Parce qu'il n'aurait de "je" que dans la mesure où il se donne. Et, proportionnellement, nous n'accédons à notre véritable "je", et nous ne devenons sujet et source que dans la mesure où nous nous donnons à lui.

 

En dernière analyse, il devrait être origine, pour alimenter nos possibilités de devenir origine.

 

Or, c'est cela dont rêve l'homme quand il dit : « S'il y avait des dieux, mes frères, comment accepterais-je de n'être pas un dieu ? » Et c'est Nietzsche.

 

A l'encontre de quoi, nous avons entendu hier matin, dans l'évangile de Saint Jean, le scandale des juifs devant la parole de Jésus, leur disant « Vous serez comme des dieux ». Vous m’en voulez parce que je vous ai dit  « vous serez comme des dieux ». Mais en vérité, c'est le rêve de tout homme de devenir un dieu. C'est à dire de devenir une origine, une source, un créateur d'un monde. Et il le savait très bien, l’Esprit du Mal, si il a tenté nos premiers parents en leur disant : « Vous serez comme des dieux ». Il savait très bien qu'il était en train de manier la corde la plus sensible. Ou bien l'homme devient dieu, ou bien il retombe dans le néant.

 

Faisons maintenant une sorte de petite étape méthodologique, et remarquons, que la dialectique de Zundel s'est accrue d'une nouvelle articulation.

 

La première articulation était marquée par le couple dialectique moi-préfabriqué et moi-origine ou oblatif. A l'intérieur du moi-oblatif a apparu un nouveau couple dialectique, le moi-origine en tension avec l'oblation en personne. Et, en même temps, nous avons passé du dehors au dedans.

 

Nous allons voir cette dialectique se continuer, mais on ne peut la reconstituer qu'après coup, en vérité, Comme si, avec le premier couple dialectique il s'agissait de prendre son élan à partir du monde, à partir du moi-préfabriqué, et, dans le deuxième couple, s'envoler en intériorité, comme un oiseau qui ne serait que vol.

 

Et c'est ceci, peut-être, le secret du chant grégorien. Celui de porter la voix en vol plané dans l'univers de l'intériorité, d'empêcher, en quelque manière, celui qui chante de retomber dans son moi-préfabriqué. Elle le porte en état d'oblation, en état de louange, au-delà de lui-même. C'est une discipline, parce qu'il ne s'agit pas seulement de chanter, bien sûr, ce qu'on apprend dans les maisons de bénédictins, c'est que c'est toute la vie qui devient un psaume chanté en grégorien.

 

Quoi qu'il en soit, nous voici en quelque manière dans l'attente de ce troisième terme comme dans l'attente d'une révélation. D'où peut-il venir ? Où le trouver ? Il n'est pas question de l'amener d'une manière étrange à l'homme. L'homme ne peut s'intéresser qu'à ce qui émane de lui. Mais ne serait-il qu'un homme en devenir, serait-il alors, à ce moment-là, la réponse ? Pourrait-il jouer cette fonction de troisième terme qui est le fondement de notre naissance à la vie proprement humaine ?

 

Peut-être est-ce le moment de compléter la définition que nous donne Zundel de la personne, par cette autre définition qui se vérifiera de plus en plus par la suite : « L'ontologie de la personne s'achève en mystique de l'union transformante ». Il dit ceci dans "La Pierre Vivante", à la page 86.

 

Je voudrais entrer maintenant, bien que nous soyons à la fin de notre rencontre, mais nous avons quelques minutes encore, dans le troisième thème annoncé: la rencontre de l'Homme.

 

En somme, tout se passe jusqu'à présent comme si l'homme était une révélation implicite dans l'attente d'une révélation explicite, sans laquelle il n'existerait pas en tant qu'homme et qui, finalement, est son propre secret. D'où peut venir cette révélation explicite ? Zundel imagine difficilement qu'une révélation puisse tomber d'en haut, comme une chape de plomb sur les épaules de l'homme, le révélant malgré lui à lui-même. Il ne voit pas comment elle pourrait surgir d'une source étrangère à l'homme. Et d'ailleurs il insistera pour dire qu'il ne s'agit pas d'une apparition, d'une révélation. La révélation n'a pas à apparaître, si elle est ; elle doit transparaître, à partir de l'expérience humaine ; c'est une sorte de dévoilement de ce qui était caché. Et c'est pourquoi il ne serait pas du tout d'accord avec le théologien protestant Karl Barth, quand celui-ci dit : « Le fini est incapable de l'infini ». Il ne serait pas d'accord parce que, même ce refus de l'infini implique une sorte de pressentiment de ce que pourrait être l'infini. Parce que, pour nier, il faut connaitre. Si donc révélation il y a, elle ne peut pas se situer dans la ligne d'une descente, mais d'une montée à partir de l'expérience humaine. Et elle sera, du même coup, à la fois, immanente et transcendante. Immanente parce qu'elle prend à son compte toutes les racines de l'homme, et transcendante puisqu'elle le révèle à lui-même par delà lui-même. Elle est un pôle intérieur au-delà de notre intériorité. Elle est, en quelque manière, une immanence se référant à une transcendance.

 

C'est un peu la distinction qu'on retrouve entre les notions d'événement et d'avènement. Un événement se situe sur la ligne horizontale de l'histoire. Il nait de l'immanence et appartient à celle-ci. Un avènement est clos à l'intérieur de l’événement. Et c'est, tout d'un coup, une promotion d'être, une sorte de nouveau printemps métaphysique.

 

C'est par analogie qu'on peut parler de l'avènement d'un règne. Mais c'est parce qu'on attend de lui que, justement, toute chose aille mieux, que tout entre en floraison, que l'année soit abondante et que les choses soient mieux arrangées, que la justice soit mieux répartie.

 

On attend de lui, donc, une véritable promotion de l'être, mais c'est par simple analogie, bien sûr.

 

Quand la lettre d'un fiancé à celle qu'il aime tombe entre les mains d'un tiers et qu'il la déchiffre comme un simple événement, il en rigole, parce que c'est absurde ce qui est dit là, parce que ça n'a aucune portée, que ça passe à côté de lui. Mais quand il s'agit de l'amoureux et qu’il déchiffre cette lettre, il voit à travers les maladresses du langage et des mots, il voit une autre dimension. Il voit la dimension de l'avènement à travers l'événement qu'est la lettre la dimension d'amour. Il arrive parfois que dans la vie, on assiste tout d'un coup à des avènements au cœur même de l'événement.

 

Qu'on songe à ce camp de concentration d'Auschwitz, quand Maximilien Kolbé se présente pour remplacer ce père de famille condamné avec dix autres au bunker. Et lui, Maximilien, sachant qu'il n'est pas destiné à ce même bunker, à mourir d'asphyxie, prend la place de cet homme parce qu'il sait qu'il a des enfants et que lui, il est tout entier don, il est tout entier donné. Et que, par surcroît, dans ce bunker, on entend tout le monde chanter jusqu'à la fin, et la dernière voix qui se tait, c'est celle de Maximilien. Tout d'un coup, il y a comme la manifestation de la gratuité c'est tout d'un coup l'avènement qui dérange et qui trouble et qui met en question tout le camp.

 

Quand Saint François, ce chantre de l'amour, porte tout d'un coup les stigmates de la Croix sur ses mains, il y a là l'éclosion d'un avènement. Ça ne s'explique pas sur la ligne horizontale des événements. C'est autre chose, c'est une transcendance qui se dit à travers une immanence.

 

Mais ceux-là sont des cas, en quelque manière, d'après la révélation. Encore faut-il qu'elle vienne.

 

Il faudra donc suivre la ligne horizontale du temps pour voir une révélation transparaître, et non pas apparaître, et se laisser déchiffrer, par qui ? Mais par l'homme, dans la mesure où il est devenu homme, c'est à dire dans la mesure où il est attentif à ce pôle intérieur qui l'attend au cœur de lui-même. Il ne comprendra le langage de l'intériorité que si lui-même s'est intériorisé. Chacun a le Dieu qu'il mérite, nous le savons. Si on est retenu dans son extériorité, on imagine un Dieu extérieur. Si l'on est devenu une personne, on peut imaginer, on peut s'attendre, on peut espérer une révélation de Personne.

 

Je ne sais pas quel est le numéro de ce psaume qui commence par : « Comme un veilleur guette l'aurore » J’ai également entendu ceci dans des prières. (129-130). Eh bien, il faut vraiment être un veilleur guettant l'aurore pour annoncer le jour.

 

Quels seraient les critères de cette révélation ? (Nous poursuivrons donc cet après-midi).

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