Conférence au Caire de Maurice Zundel, en 1969. Inédit.

 

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte. Pour l'écoute, affichez immédiatement le texte complet en cliquant sur "lire la suite".

 

Des fleurs qui sont dans un vase, des fleurs fraîches éclatantes, finissent toujours par se faner, par se flétrir. Elles sont d'ailleurs peut-être déjà mortes dès qu'on les a cueillies et ce qui est frappant, c'est que ce flétrissement, cette mort de la fleur est quelque chose d'immatériel dans ce sens que, les matériaux sont là : il y a la feuille, il y a la tige, il y a les pétales et puis, tout d'un coup, tout cela s'effrite, n'est plus qu'un cadavre. Où s'est retirée la vie ?

 

Comment s'est défaite la structure ? Cela demeure en quelque sorte invisible. On voit le résultat mais on ne voit pas le processus, on ne voit pas cette action mystérieuse et secrète du retrait de la vie. On peut donc dire, d'une certaine manière, que l'architecture vivante, la structure qui fait vivre une fleur est quelque chose d'invisible, d'impondérable et d'immatériel. Et cela est vrai, à plus forte raison, de notre structure à nous-même. Notre humanité, ce qui fait que tous les éléments matériels que nous absorbons par la nourriture, par la respiration, ce qui fait que tous ces éléments constituent en nous une vie unique, une vie qui comporte une unité indivisible, cette architecture vivante en nous est en quelque sorte immatérielle, impondérable, insaisissable.

 

Quand la vie se retire et qu'il ne reste plus qu'un cadavre chez un homme, on ne voit pas cette vie se retirer, on ne peut pas peser le cadavre et constater une différence de poids. Cette architecture vivante, justement, n'a pas de poids. On ne peut pas la saisir dans l'espace. On ne peut la saisir que dans le fait que les matériaux que nous prenons, que nous recevons de la nourriture ou de l'atmosphère, que ces matériaux sont vivants. Il semblerait donc que nous devrions avoir de nous-mêmes, de notre humanité, de notre vie, une perception immatérielle, une perception unique. Nous devrions nous saisir comme une unité vivante alors que, si souvent, nous nous percevons nous-mêmes dans nos organes comme des parties séparées les unes des autres.

 

C'est bien ce qui se passe en effet : la plupart du temps, nous ne percevons pas notre vie dans son unité intérieure, dans son unité spirituelle, dans son unité sacrée, dans son unité immortelle. Il y a des moments – ce n'est là qu'un exemple, mais c'est un exemple frappant – il y a des moments où nous saisissons la vie – chez les autres, en particulier – dans son unité, où nous saisissons la vie dans son unité : c'est lorsque cette vie est menacée. Chez un être qui est très malade, chez un être qui va mourir, nous percevons que toutes les fonctions, toutes les fonctions ont une valeur essentielle dans l'unité de l'être. Nous sentons que la vie tout entière a un prix infini et les fonctions ne nous intéressent plus que dans la mesure où elles concourent au maintien de la vie.

 

Mais, encore une fois, la plupart du temps, nous ne percevons la vie que dans les organes différents. La plupart du temps, nous ne percevons pas la vie dans son unité : nous sommes sollicités, nous sommes attirés par des besoins divers, des besoins qui nous concernent ou des besoins qui concernent l'espèce comme dans l'instinct [sexuel]. Il est très rare que notre vie soit harmonieusement unifiée dans une offrande de lumière et d'amour qui lui donnerait toute sa valeur et toute sa beauté.

 

Cette observation sur le caractère multiple de notre vie, sur le caractère multiple de la perception de nous-mêmes, cette expérience de la division en nous et de la dissonance et de la dysharmonie, cette expérience s'éclaire aussi lorsque nous pensons à l'universalité des hommes, lorsque nous pensons à l’œcuménisme.

 

Pour que les hommes soient un – j'entends tous les hommes vivant sur la terre – il ne suffit pas qu'ils soient rassemblés. Ce n'est pas parce qu'il y a cinq cent mille personnes sur une place ou un million de personnes ou deux millions, ce n'est pas parce que les spectateurs sont enfermés dans une salle à regarder un même spectacle qu'ils sont unis. L'unité des hommes, l'unité véritable, le véritable oecuménisme, il passe par un centre intérieur : c'est quand un seul homme dans son amour embrasse toute l'humanité que l’œcuménisme, que l'universalité se réalise. L'universalité authentique, elle ne s'accomplit pas par le dehors, elle s'accomplit du dedans, c'est-à-dire elle s'accomplit par le vide. C'est quand un être se vide de lui-même qu'il devient un espace capable de rassembler tous les autres dans la lumière de sa personne.

 

Et c'est bien cela, en effet, les deux termes qui le plus simplement nous permettent de faire la synthèse de ces observations : ou bien nous sommes dehors et notre être est divisé entre différentes sollicitations, entre l'appel d'instincts désunis et nous n'arrivons pas à nous rassembler, à nous recueillir : nous sommes la proie de désirs opposés et antagonistes. Ou bien nous sommes dedans et alors, en effet, tout notre être se recueille dans l'unité d'un même élan, d'un même amour, dans la générosité d'une même offrande.

 

Et il en est ainsi dans nos rapports avec les autres : ou bien nous les voyons du dehors comme des ennemis ou comme des proies, comme des objets que nous convoitons ou bien nous les voyons intérieurement comme des êtres dont la dignité nous est confiée, comme des êtres avec lesquels nous sommes unis par le centre constituant avec eux un seul corps mystique dans la Présence divine.

 

Ces notions que je viens de rappeler très brièvement ont une très grande importance parce que elles touchent aux racines mêmes de notre existence et que elles nous permettent de nous étonner de l'ignorance où nous sommes de nous-mêmes. Au fond, nous nous vivons très sourdement, nous nous vivons dans une confusion extraordinaire, nous nous vivons très instinctivement. Nous ne nous connaissons que très imparfaitement. Ce n'est que par intervalle, dans un bref éclair, que nous avons une connaissance authentique de nous-mêmes. Rien n'est plus grossier que la vision que nous avons de nous-mêmes. Nous parlons de notre corps, nous parlons de notre âme et ces deux notions sont aussi confuses l'une que l'autre. Mais de toute façon, la plupart du temps nous n'avons de nous-mêmes qu'une vision extérieure, parce que nous sommes justement en dehors de nous-mêmes. Nous subissons notre vie comme un objet et nous ne la créons pas, nous n'en sommes pas la source et l'origine comme des personnes.

 

Ce qui fait, justement, toute la différence entre nous et le Christ, c'est que l'humanité de Jésus-Christ est une humanité purement intérieure. Nous avons déjà fait cette remarque que les Apôtres se sont trompés jusqu'à la fin, se sont trompés jusqu'à la Pentecôte sur l'humanité de notre Seigneur parce qu'ils l'ont vue en dehors d'eux-mêmes et non pas au-dedans d'eux-mêmes. C'est pourquoi ils ont attaché à l'humanité de notre Seigneur leurs ambitions, leurs conceptions étroites et limitées, c'est pourquoi ils l'ont trahi, l'ont abandonné, c'est pourquoi ils ont espéré après la Résurrection et avant la Pentecôte, dans ce temps ambigu des apparitions de notre Seigneur, ils ont espéré que l'histoire allait continuer sur le plan même où elle s'était déroulée pour eux jusqu'ici et il a fallu cette purification radicale de la Pentecôte pour leur faire découvrir l'humanité de notre Seigneur comme un sacrement de la Présence divine, comme un sacrement que l'on ne pouvait saisir que du dedans. Mais ils n'ont pu avoir cette perception intérieure de l'humanité de notre Seigneur qu'en étant radicalement transformés par le feu de l'Esprit.

 

Cette intériorité de l'humanité de Jésus-Christ a une souveraine importance parce que, c'est en raison de cette intériorité que notre Seigneur a pu fixer dans l'histoire la Présence divine, cette Présence divine qui est toujours déjà là, qui est toujours donnée, qui est toujours offerte, qui nous attend toujours au plus intime de nous-mêmes, cette Présence, nous ne pouvons pas la fixer, nous ne pouvons pas la percevoir, elle nous habite sans que nous en soyons conscients, parce que justement, nous sommes absents, parce que nous sommes dehors.

 

[repère enregistrement audio : 14’42’]

 

Si l'humanité de notre Seigneur a pu fixer cette Présence dans l'histoire pour les siècles des siècles, c'est que l'humanité de notre Seigneur est infiniment présente, c'est qu'elle est totalement intérieure par ce vide infini qui s'accomplit en elle dès le premier instant de son existence du fait précisément que, elle subsiste dans la personnalité du Verbe de Dieu, qu'elle est donc vidée d'elle-même infiniment, comme le Verbe de Dieu est lui-même infiniment vidé de soi dans la relation éternelle qui le rapporte au Père.

 

Il y a donc dans l'humanité de notre Seigneur une Présence divine totale, infinie, universelle qui fait de l'humanité de notre Seigneur le ferment indispensable de notre Rédemption. C'est par cette plénitude de la divinité qui réside en elle du fait précisément qu'elle est entièrement vidée de soi en la subsistance du Verbe, c'est par-là que notre Seigneur est pour nous la source de vie éternelle, c'est par-là que l'humanité de notre Seigneur est le principe et l'origine de toutes les grâces et on peut dire que la grâce, c'est le rayonnement même de son humanité.

 

C'est dans la mesure où nous assimilons l'humanité de notre Seigneur, où nous entrons en contact vivant avec elle, où cette humanité nous envahit et nous purifie de nous-mêmes que nous sommes en état de grâce. Cet état de grâce, d'ailleurs, il ne peut s'établit en nous, cela va de soi, que dans la mesure où nous sommes vidés de nous-même.

 

C'est toujours le même principe : je veux dire que la liberté ne s'accomplit que dans une libération, la personnalité ne s'affirme que dans le don de soi. On n'est source et origine, on n'est présent à tout, on n'est vraiment une valeur universelle que dans la mesure où on est totalement vidé de soi.

 

Et c'est justement ce que signifie le mystère eucharistique. Si notre Seigneur nous invite à sa table, c'est pour réaliser en nous cette Rédemption, pour réaliser en nous cette libération, pour réaliser en nous cette universalité qui fera de nous tous, de tous les hommes ensemble vraiment un seul Corps Mystique dans le rayonnement de la Présence de Jésus.

 

L'Eucharistie, nous l'avons remarqué cent fois, l'Eucharistie couronne, exprime et réalise la suprême consigne de notre Seigneur : « Je vous donne un commandement nouveau, c'est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés et c'est à cela qu'on reconnaîtra que vous êtes mes disciples si vous vous aimez les uns les autres comme je vous ai aimés. » L'Eucharistie achève le mystère du lavement des pieds qui lui-même incarne la suprême consigne : « Voilà ce que c'est que, de vous aimer les uns les autres, c'est être les serviteurs les uns des autres. » Mais la Charité ira plus loin, précisément elle ira jusqu'au bout, elle requerra, elle exigera l'unité des hommes, elle exigera qu'ils deviennent tous intérieurs les uns aux autres.

 

Et, en effet, c'est par-là que nous cessons d'être étrangers les uns aux autres lorsque nous devenons intérieurs les uns aux autres. Et cela suppose toute une transformation, cela suppose que d'abord nous sommes totalement unifiés nous-mêmes, que nous nous percevons dans la lumière de l'Esprit, dans la lumière de la Présence divine, dans la lumière de l'offrande que nous sommes devenus. C'est quand tout en nous est offert et donné dans un vide intérieur parfait, dans un espace de lumière et d'amour, que nous pouvons alors percevoir les autres dans une pureté totale sans les ramener à nous, sans les convoiter, sans les dominer parce que, étant devenus un espace capable de les accueillir, il y a entre nous et eux cette distance infinie de respect, cette distance virginale qui nous permet de les percevoir sans nous les approprier, qui nous permet de les percevoir en les offrant eux-mêmes par le plus intime d'eux-mêmes en ce centre unique où nous sommes tous un. C'est cela que l'Eucharistie, précisément, veut réaliser.

 

Et, bien sûr, notre Seigneur est toujours déjà là, il est toujours présent avec son humanité, il est toujours présent à notre humanité puisque toutes les grâces jaillissent de son humanité, puisque c'est lui qui fixe dans l'histoire la Présence divine dans sa réalité authentique. Tout ce qu'il y a de lumière dans le monde, tout ce qu'il y a de foi dans le monde, tout ce qu'il y a d'unité dans le monde jaillit de l'humanité de notre Seigneur.

 

Cette humanité tout intérieure est universelle : elle est présente à chacun de nous au plus intime de chacun de nous. Mais il ne suffit pas qu'elle soit donnée, qu'elle soit offerte à tout homme, qu'elle nous accompagne sur toutes les routes de la vie, il faut que nous soyons nous-mêmes présents, présents pour l'accueillir. Et justement, ce sera le sens de l'Eucharistie de nous rendre présents à notre Seigneur pour l'accueillir. Il est toujours déjà là. C'est nous que ne sommes pas là et qui avons à devenir présents ; et l'action eucharistique, ce mystère infini, l'action eucharistique a pour but précisément, au court d'une action infiniment silencieuse, a pour but de nous rendre présents à l'humanité de notre Seigneur pour que nous puissions, à travers cette humanité, nous enfoncer dans les profondeurs de la divinité.

 

L'action eucharistique prendra d'ailleurs l'aspect d'un repas, c'est-à-dire d'une action humaine qui est une action de partage. Il ne faut jamais considérer et vivre l'Eucharistie autrement que dans ce partage. L'Eucharistie n'est pas une chose que nous assimilons pour nous-mêmes. L'Eucharistie est un partage où nous sommes toujours ensemble en présence de toute l'humanité, de tout l'univers, de toute la Création, de toute l'histoire.

 

Et c'est bien ce que signifie l'appel du Seigneur dans l'Eucharistie, qui est une Cène, qui est un repas : Jésus nous convie à un repas pour que nous soyons ensemble et qu'ensemble nous partagions le trésor infini qui est lui-même. Il y a donc dans l'Eucharistie un rassemblement des hommes appelés à devenir un seul corps mystique dans l'Amour du Seigneur. C'est là la condition indispensable pour nous rendre présents à Jésus. S’il est là, il est là précisément dans son universalité. Il est là dans cet espace infini offert à toute la Création, à toute l'histoire, à toute l'humanité. Si nous voulons le joindre dans sa réalité, nous ne pouvons le joindre que dans une ouverture illimitée.

 

Nous avons donc à nous rendre universelle, tous et chacun, à nous rendre universels pour entrer dans l'universalité du Christ, pour qu'elle opère en nous, pour qu'elle rayonne à travers nous, pour qu'elle devienne par notre médiation, par notre seule présence un ferment d'universalité dans tous nos frères humains.

 

Il est donc impossible de participer à l'Eucharistie sans nous vider de nous-mêmes, sans faire de nous un espace pour accueillir toute l'humanité afin de correspondre à cette universalité du Christ et de pouvoir le vivre sans le limiter.

 

Nous avons déjà souvent remarqué que les paroles de la Consécration ne sont pas des paroles magiques. Elles sont des paroles sacramentelles et que elles ne peuvent obtenir leur effet que s’il y a dans l'humanité vraiment des hommes qui soient universellement ouverts et donnés et qui appellent le Seigneur sans le limiter. S'il n'y avait pas, du côté des hommes, s'il n'y avait pas dans cette liturgie qui est universelle par essence, s'il n'y avait pas l'appel de l'universel au cœur des hommes, la liturgie serait impossible, elle serait invalide parce qu'il n'y aurait pas véritablement de notre part une présence capable de correspondre à la Présence du Seigneur.

 

Il n'y a donc aucun doute que l'Eucharistie suppose de notre part un don proportionnel à celui que le Seigneur veut nous faire. Cela suppose de notre part un recueillement infini, un silence de nous-même total, une démission jusqu'à la racine de l'être, une présence aux autres dont personne n'est exclu.

 

[Repère enregistrement audio : 29’ 38’’]

 

C'est dans la mesure où l'Eglise, quelque part, en nous ou dans une âme inconnue de nous mais qui totalise précisément dans l'amour qui l'anime, qui totalise l'Eglise, qui totalise l'humanité, l'univers et l'histoire, c'est dans la mesure où cette présence humaine est réalisée que les paroles de la consécration acquièrent leur plénitude et que elles obtiennent leur effet. Alors ce Christ, qui est toujours déjà là, se répand dans l'humanité à travers les âmes qui l'on réellement appelé en se vidant d'elles-mêmes pour faire d'elles-mêmes un espace illimité où la Présence divine pourra se répandre et se communiquer.

 

C'est justement pourquoi l'Eucharistie a pris cette forme sacramentelle de partage, de repas qui suppose que tous les hommes sont unis dans une seule présence pour accueillir le Seigneur. L'Eucharistie est pour l'Eglise, et elle est par l'Eglise, mais elle est aussi indivisiblement avec l'Eglise.

 

La présence eucharistique ne se soutient, ne peut durer que, avec l'Eglise. Ce n'est pas une présence de chose, une présence matérielle, c'est la présence de ce qu'il y a de plus intérieur, de plus secret, de plus silencieux, c'est l'intimité même de Dieu à travers l'intimité de l'humanité de notre Seigneur qui appelle et répond à notre intimité.

 

C'est pourquoi on peut dire que la présence sacramentelle s'éteindrait immédiatement s’il n'y avait plus dans l'Eglise au moins une âme en état de vraie charité, en état de véritable amour, c'est-à-dire qu'à ce moment-là, il n'y aurait plus d'Eglise.

 

Cette lampe des vierges, cette lampe de l'amour est indispensable à la présence eucharistique. Elle est offerte heureusement à l'humanité rassemblée, elle est offerte à l'humanité devenue le corps Mystique de Jésus-Christ. Nous pouvons d'ailleurs l'éprouver au cours de la liturgie elle-même lorsque nous vivons cette Présence de Jésus, lorsque nous l'appelons, lorsque nous lisons les paroles de la consécration en rassemblant en nous toute l'humanité, toute l'histoire et tout l'univers et nous ne pouvons pas ne pas ressentir cette sorte de proximité de tous les hommes.

 

Le Corps du Christ rend présent toute l'humanité, il consacre toute l'humanité, il réalise toute l'humanité et toute l'humanité est transfigurée et sanctifiée par cet échange mystérieux de la dernière Cène. C'est là que la pureté au sens le plus profond a sa source. C'est vraiment le pain et le vin qui suscitent les vierges parce que c'est là que le corps, je veux dire c’est là que l'humanité trouve son unité, son unité la plus intime et la plus transparente. C'est grâce à l'humanité de notre Seigneur en effet, qui est tout intérieure, qui est un pur dedans, que notre humanité se rassemble, se recueille et s'unifie. On en a l'impression dans une église où tout le monde communie. On a l'impression pour un instant de cette unification, de cette unité de tous les hommes dans l'humanité de notre Seigneur.

 

Nous ne savons pas qui nous sommes. Nous avons une perception extrêmement confuse de nous-même et cependant, à certains moments, justement lorsque nous nous échangeons avec le Christ, à certains moments, tout est silence en nous, il n'y a plus les parties qui s'opposent les unes aux autres, des organes qui s'opposent les uns aux autres, il n'y a plus des passions divergentes et antagonistes : il y a ce recueillement total où nous ne sommes plus qu'un élan vers cette Présence qui est la vie de notre vie. Et l'univers y participe puisque les éléments du repas sont aussi les véhicules de la Présence divine, ou plutôt de la Présence de l'humanité de Notre Seigneur qui est le sacrement inséparable de la Présence divine. C'est tout l'univers finalement dont le dynamisme, dont les énergies se recueillent dans la Présence unique.

 

Bien sûr que tout cela dépasse les mots, tout cela ne peut s'entendre que dans le silence de l'amour quand nous devenons une présence réelle à la Présence réelle de Jésus.

 

Mais n'oublions pas aujourd'hui, où la présence eucharistique est remise en question, où l'on démystérise le mystère essentiel de l'Eucharistie, n'oublions pas que nous avons à le vivre plus intensément que jamais. Le prêtre qui passe 16 heures par jour devant le Saint Sacrement nous donne une leçon devant laquelle nous avons à nous agenouiller. C'est de là en effet que l'Eglise retrouvera, ou c'est par-là que l'Eglise retrouvera son éternelle jeunesse, quand nous vivrons la Présence du Seigneur, la présence eucharistique, quand nous la vivrons à fond, quand nous deviendrons nous-mêmes une vivante eucharistie parce que l'universalité, justement, elle ne vient pas du rassemblement matériel mais d'une présence personnelle.

 

C'est quand chacun de nous devient un universel que l'humanité se rassemble et non pas lorsque, on est coude à coude dans une assemblée que l'instinct seul réunit. Un peuple réuni par l'instinct n'est pas un peuple vraiment rassemblé. Ce qui rassemble les hommes, c'est l'universel intérieur, c'est ce vide sacré que l'on fait en soi pour accueillir toute l'humanité et toute la Création mais on apprend à faire ce vide précisément en s'accordant au silence de Jésus-Christ, en vivant le mystère de l'autel qui suppose et qui ne peut durer que par la présence de toute l'humanité devenue le corps mystique de Jésus-Christ.

 

Demandons à notre Seigneur qu'à l'exemple de ce prêtre, si nous sommes bien incapables de passer 16 heures devant le Saint Sacrement, que nous ayons tout de même le désir de le vivre toujours plus intensément et que les moments où nous sommes réellement devant l'autel, nous les vivions avec une telle intensité qu'ils rayonnent sur le monde entier.

 

Le mystère de Jésus est un mystère de libération infinie mais il n'y a d'autre libération que celle qui éclate au cœur de la Trinité dans le vide que Dieu fait en lui en la communion des trois Personnes. Un immense silence, c'est cela qui doit répondre à l'offre de Dieu, un immense silence en nous, un silence de nous-mêmes, un silence où se taisent tous les bruits, un silence où respire l'Amour.

 

 

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