Commentaires de Bernard BERTHUIT, prêtre de la Paroisse St Nicolas à Toulouse, qui accueillera prochainement France-Marie CHAUVELOT.

 

LUNDI (Mc 2, 18-22) (Lire le texte du jour intégralement : je fais référence à tout)
« Les invités de la noce pourraient-ils donc jeûner pendant que l'Époux est avec eux ? ». Étrange non ? ! L' Époux ! Qui est cet époux qui invite à la joie ? Ce texte nous signifie clairement que Jésus s'applique à lui ce terme.
Or, si l'on en croit l'Ancien Testament, ce terme ne s'applique qu'à Dieu. Isaïe dit expressément : «  Ton créateur est ton époux, Le Seigneur est son nom,... on l'appelle le Dieu de toute la terre.  Oui, comme une femme délaissée et accablée,.... Un court instant je t'avais délaissée  ému d'une immense pitié, je vais t'unir à moi. » (Is 54, 5s) Vous avez bien entendu ! Le Seigneur l'affirme : « Je vais t'unir à moi ! » Et vient le Christ ! Et vient l'Epoux « Le Verbe s'est fait chair ! » Avec lui Dieu épouse notre humanité. Christ : Chair de notre chair, comme Noël l'exprime. Il est l'époux celui qui vient rétablir les liens entre Dieu et l'Homme. C'est lui, Fils de Dieu fait Homme qui est ce lien. En lui Christ, Dieu rétablit son alliance ; en son Fils Dieu épouse l'humanité...


Comme le souhaitait déjà Osée le prophète, ce Christ vient parler au cœur à cœur à son Eglise et à chacun de nous : « Parole du Seigneur chez Osée : je vais séduire mon épouse à nouveau, la conduire au désert et parler à son cœur... » (Os 2, 16)...
En ces temps-ci la foi est au désert, et nous, chrétiens, nous y sommes aussi ; le désert temps indispensable pour revenir au Christ, pour, en intimité, l'accueillir. Désert : temps de l'épreuve et de la nécessaire pauvreté. Ainsi parle  le Seigneur en Jérémie : « Souviens-toi du temps de ta jeunesse, de ton amour de jeune mariée, tu me suivais au désert... »  Dieu aujourd'hui entend encore et malgré tout se marier à l' Homme... « Voici l'Epoux qui vient, allez à sa rencontre !  » Car si l'on en croit Isaïe le prophète (Is 25, 6-9) Il en sera du Royaume à venir comme d'un grand festin. Chacun sait que n'entrent à la salle de noces que celles et ceux qui ont alimenté leurs lampes en huile. Et quand Dieu se marrie avec l'homme, pour entrer dans la salle,  le vêtement est de noce... Il est neuf ! Pas rapiécé ! Et le vin est nouveau : « Ceci est mon sang répandu pour vous, le sang de l'Alliance nouvelle... Prenez et buvez en tous ! » L'Epoux a donné sa vie, son sang.
« Prenez ceci est mon corps ! » Le mariage est consommé : « Vous êtes le Corps du Christ ! »...

MARDI (Mc  2, 23-28) Sabbat (Lire le texte du jour intégralement : je fais référence à tout)« Le sabbat a été fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat ». Oui vous avez bien entendu : « Le sabbat a été fait pour l'homme »... Souvenez-vous des commencements quand au terme de la création « Dieu vit tout ce qu'Il avait fait... C'était très bon... Au septième jour, il se reposa... » (Gn 1, 31- 2, 3) Ainsi l'homme est lui aussi invité à suivre l'exemple de Dieu et à se reposer. On retrouve cette exigence dans le Décalogue, à la fois pour rendre gloire au créateur (Ex 20, 11) mais aussi exprimer le merci à Dieu pour la sortie de l'esclavage d'Egypte au livre du Deutéronome (je cite) : « Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d'Egypte et que le Seigneur ton Dieu t'en a fait sortir par la force de sa main .... C'est pourquoi le Seigneur... t'a commandé de célébrer le jour du sabbat. » (Dt 5, 12-15) Y a-t-il meilleure raison de respecter le sabbat que celle du repos, de la contemplation de la création et de la gratitude envers Dieu pour son Amour de l'Homme ? Je serai tenté de dire que ce jour consacré au Seigneur est aussi celui où l'homme est invité à se consacrer à lui-même... Maurice Zundel écrit : « Il restera toujours que le privilège inaliénable de l'homme, toute sa grandeur et sa dignité, c'est précisément qu'il a à se faire et qu'il est dans cette création de lui-même absolument irremplaçable. » Voilà déjà pourquoi un jour consacré au Seigneur – pour nous le dimanche – apparaît indispensable pour participer à sa propre création, à sa re-création, avec Dieu. Le sabbat a été fait pour l'homme » Ce qui fait dire encore à Maurice Zundel ceci : « Il faut voir dans le christianisme la grandeur de l'homme inséparable de la grandeur de Dieu. Rien ne nous blesse davantage que de voir glorifier Dieu au détriment de l'homme, comme si c'était en établissant le néant de l'homme que l'on faisait ressortir la gloire de Dieu. Mais non ! La gloire de Dieu est dans la grandeur de l'homme. Et quand Dieu apparaît, l'homme se transfigure ! Quand Dieu est présent, la vie atteint sa plénitude... » (fin de citation)... La réaction de Jésus dans le texte de ce jour en avait contre la multiplication des interdictions faites pour le sabbat et qui faisaient de ce jour un « carcan » quand Dieu avait voulu en faire un bonheur.
C'est pourquoi Jésus rappelle que « le sabbat – et le jour du Seigneur - a été fait pour l'homme... » Il est fait pour s'asseoir, contempler, s'inviter à poser un autre regard, un regard autre sur soi-même, sur la vie et sur Dieu... Il est « re-création ».
A demain ! Bonne journée !

MERCREDI  Mc 3, 1-6 (lire la totalité)En reprenant la phrase de Jésus hier : « Le sabbat a été fait pour l'homme... » je ne m'attendais pas aujourd'hui en avoir une parfaite démonstration... Regardez l'attitude de Jésus à l'égard de l'homme à la main paralysée... « Viens te mettre là » Il l'appelle, le fait approcher. Pas n'importe où « là, devant tout le monde ! ». Concrètement Jésus manifeste à cet homme handicapé le plus grand intérêt. Et la question pour l'auditoire arrive : « Est-il permis le jour du sabbat de faire le bien ou de faire le mal , de sauver une vie, ou de tuer ? »... La réponse de Jésus est claire «Étends la main » dit-il à l'homme handicapé. « Il l'étendit et sa main redevint normale. »
Je trouve la deuxième partie de la question de Jésus curieuse. Je cite : « Est-il permis le jour du sabbat de sauver une vie ou de tuer ? » C'est pourtant la question. Jésus exagèrerait-il ? Eh bien non ! En Exode (31, 14) je lis ceci : « Vous garderez le sabbat car il est saint pour vous. Qui le profanera sera mis à mort;...  Quiconque travaillera le jour du sabbat sera mis à mort... » On comprend mieux !
Autre exemple d'interdiction qui avait été ajoutée pour le sabbat. (Ex 35, 3) « Vous n'allumerez de feu, le jour du sabbat, dans aucune de vos demeures." On lapida même un homme pour avoir ramassé du bois un jour de sabbat. (Nb 15, 32) Le sabbat était-il fait pour l'homme en ce temps-là ? A l'évidence, non !
Jésus ne manquera pas de faire remarquer en plusieurs circonstances l'hypocrisie des pharisiens. Il met les choses à leur juste place en Matthieu (12, 11) : « Qui d'entre vous s'il n'a qu'une brebis et qu'elle tombe dans un trou le jour du sabbat n'ira la prendre et l'en retirer ? » Et Jésus d'expliquer : « Combien l'homme l'emporte sur la brebis. Il est donc permis de faire une bonne action le jour du sabbat. » (Mt 12, 12)Et à un chef de la synagogue qui lui reprochait d'avoir guéri une femme possédée le jour du sabbat, Jésus de dire : «  Chacun de vous, le sabbat, ne délie-t-il pas de la crèche son bœuf ou son âne pour le mener à boire ? Ne fallait-il pas plutôt délier cette femme de ses chaines ? » (Lc 15, 13s). Avec pareille affirmation du Christ, on comprend mieux la phrase : « Le sabbat a été fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat ! » Dieu est pour que l'homme se fasse et non pour qu'il soit défait. Ainsi, par exemple et par extrapolation, « l'économie a été faite pour l'homme et non l'homme pour l'économie »... Ainsi aux origines en Genèse (1, 26) déjà Dieu se disait : « Faisons l'homme ! » … Rien d'étonnant dès lors que la volonté de Dieu n'est que ce seul objectif « l'Homme » et que le moyen qu'il se donne et nous donne pour le faire est l'Amour... « Aimez-vous ! »

JEUDI Mc 3, 7-12Rappelez-vous ce que nous exprimait le texte d'hier : cette volonté de Dieu de voir l'homme se faire. Et que ce projet est celui qui occupe Dieu en permanence.
Faire ou défaire. Serait-ce à cause de cette volonté de Jésus de faire l'Homme que accourent les foules ? C'est expressément dit dans le texte  : « Beaucoup de gens avaient appris tout ce qu'il faisait et ils vinrent à lui »... La raison est claire : la volonté de Jésus de faire l'homme.
Et dans ce texte Jésus s'y emploie déjà. Le texte affirme : « Il y avait beaucoup de guérisons si bien que tous ceux qui souffraient de quelque mal se précipitaient sur lui pour le toucher ». Le Seigneur ne néglige en rien le corps de l'homme, ce qui fait dire à Paul (1 Co 6,13s) « Le corps est pour le Seigneur et le Seigneur est pour le corps »... Et d'en préciser les raisons : « Vos corps sont les membres du Christ... Votre corps est un temple du Saint Esprit »... Avons-nous imaginer le pourquoi des guérisons que le Christ fait sinon pour nous rappeler ces vérités : le temple que Dieu habite le mieux, c'est le cœur de l'homme. Voilà pourquoi faire l'homme que nous sommes importe à Dieu mais nous importe aussi à nous... C'est aussi pour quoi Jésus combat toute maladie et toute souffrance, tout ce qui fait obstacle à la volonté de Dieu, volonté qui se traduit dans notre bonheur...  
 Mais n'y a-t-il que cette dimension physique qui soit à faire en l'Homme ? Non ! A preuve ce en quoi se termine le texte de ce jour : « Lorsque les esprits mauvais le voyaient, ils se prosternaient devant lui et criaient : « Tu es le Fils de Dieu ! »... Il importe aussi de libérer l'esprit, notre esprit de ce qui l'encombre et qui fait obstacle à cette habitation de Dieu en nous et à laquelle il aspire... Maurice Zundel, lui encore, écrit : « Il s'agit de devenir nous-mêmes une présence réelle pour que le monde commence à prendre son vrai visage... Nous ne sommes pas dans le monde pour le subir... Nous y sommes comme ceux entre les mains de qui il a été remis, ...et qui ont à lui donner cette dimension d'amour sans laquelle la création ne signifie rien... » (« Je est un autre » (page 42 « Je est un autre »))...
Et pour conclure voici ce que Paul affirme dans l'épître aux Romains (Ro 12, 1s) : « Je vous exhorte, frères, par la miséricorde de Dieu, à (écouter bien les termes sont ici liturgiques) à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu : c'est là le culte spirituel que vous avez à rendre... »... C'est là une démarche eucharistique qui nous fait offrande à Dieu et que le Christ prend en compte et nous offre avec lui. C'est avec le Christ que nous atteignons à cette humanité voulue par Dieu.  

VENDREDI Mc 3, 13-19 (Lire tout)
« Jésus gravit la montagne... » Est-il nécessaire de rappeler combien la montagne tient une place privilégiée dans la Bible... Elle y est le lieu de la résidence de Dieu (Ex 1, 17). … lieu de révélations et le rappel des exigences ! C'est là, sur la montagne, que Moïse reçoit la révélation de Dieu (Ex 3,1) et les tables de la Loi, (Dt 5,4)... Tout comme les Apôtres privilégiés, Pierre, Jacques et Jean, reçoivent au sommet du Thabor la révélation de la divinité de Jésus. « Celui-ci est mon fils bien-aimé ! »...
Mais la montagne est pour Jésus le lieu privilégié de la rencontre du Père. Ainsi après la multiplication des pains, « il gravit la montagne, à l'écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. » (Mt 14, 23). Que dire encore, sinon qu'elle est l'espace où Jésus enseigne les foules et guérit les éclopés de toutes sortes en Mat 15, 29 mais aussi où elle est le moment des confidences et de l'essentiel pour le disciple : « Bienheureux ceux qui ont un cœur de pauvre... les désencombrés d'eux-mêmes et de biens inutiles... Heureux les doux... les affligés, ceux que la souffrance des autres révoltent et mobilisent. Heureux ceux qui ont faim et soif de Justice, oui heureux ceux qui ont intégré en leur être la valeur de justice... Heureux ceux qui pardonnent, les cœurs purs, ceux qui font la paix ! » (Mt 5, 1s)... Oui telles sont les exigences pour le disciple qui, rappelons-le, n'est pas au-dessus du  maître ! On comprend mieux dès lors la question de la Samaritaine à Jésus : « Est-ce sur cette montagne ou à Jérusalem qu'il faut adorer Dieu » Et Jésus de répondre : « Les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité... Dieu est esprit ! » (Jn 4, 23-24)...
Dans les commentaires des jours précédents, je vous disais cette volonté de Jésus, de « Faire l'Homme », cette volonté originelle de Dieu qui s'invitait lui-même :« Faisons l'homme ». Et là aussi, sur la montagne voici : « Une grande foule suivait Jésus, à la vue des signes qu'il opérait sur les malades. Jésus gravit la montagne et s'y assit avec ses disciples... Il dit à Philippe : »Où pourrions-nous acheter du pain pour les faire manger ? »... (Jn 6, 1s) Et ce fut la multiplication des pains... « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! » (Mt 14, 16).
Et après la résurrection, les onze disciples se rendirent en Galilée à la montagne où Jésus leur avait donné rendez-vous. Et Jésus de dire à ses disciples : « Allez de toutes les nations faites des disciples... ». Au revoir et à demain. (Mt 28, 16s)

SAMEDI Mc 3, 20-21 (lire le texte intégral)
« Il a perdu la tête ! » Ici Jésus est bousculé par sa famille. « Quelle honte ! » Rendez-vous compte ! C'est un quasi-déshonneur !
Passe encore quand il s'agit de la famille, mais quand il s'agit de toute une ville, imaginez un peu le conflit : Jésus est dans la synagogue de Nazareth, son pays... Il précise les raisons de sa venue : « la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres... Il sait qu'aucun prophète n'est bien reçu dans sa patrie... » Et suite à quelques mots, ses compatriotes voulurent le jeter dans le vide... (C'est en Lc 4, 16 et suivants).
Et Jésus est bien conscient qu'il est et sera cause de dissension (Mt 10, 34) : « N'allez pas croire que je suis venu apporter la paix sur terre... »
Et sa vie durant fut un conflit permanent avec les pharisiens. Ceux-ci ne manquèrent pas de lui reprocher de manger avec les publicains et les pécheurs... Les pharisiens encore lui reprochent de ne pas sommer ses disciples de se laver les mains avant de prendre le repas... A force de réagir autrement qu'à travers des traditions, ce Jésus aurait-il perdu la tête ? Et Jésus de re-situer la véritable relation à Dieu : « Ce peuple m'honore des lèvres mais leur cœur est loin de moi... » Le cœur, voilà la tradition.
Conflit avec les pharisiens encore à propos de l'impôt dû à César... C'est aussi la rencontre avec le jeune homme riche et vertueux... Jésus aurait-il perdu la tête pour ne trouver à l'entrée au Royaume des cieux que cette raison : « Va vends ce que tu possèdes et donne le aux pauvres ! » Avez-vous remarqué que ce que nous disions tout au long de cette semaine et qui occupe Jésus, c'est de « faire l'homme » . Et parmi les hommes il privilégie « les pauvres, les mal-fabriqués »...
On aurait pu parler aussi du discours où Jésus affirme : « Je suis le pain de vie... Qui mange ma chair a la vie éternelle » ; combien de disciples abandonnèrent Jésus ce jour-là affirmant : « Ce langage-là est trop fort ! Qui peut l'écouter ?! »
Jésus est même en butte avec ses apôtres quand il annonce la passion (Mt 16, 21 s) et Pierre de s'exclamer : « Dieu t'en préserve Seigneur, cela ne t'arrivera pas ! ». Puis c'est le complot final (Mt 26, 1s)  la Passion... la mort du juste... Ce Jésus avait vraiment perdu la raison et Paul d'affirmer : « Nous prêchons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens. » (1 Co 1, 23).
« Si quelqu'un veut marcher à ma suite : Qu'il prenne sa croix ! » Sa croix ? Qu'est-ce à dire ? La flagellation ? le silice ? Que non. Simplement Aimer. Aimer suffit : il nous invite à sortir de nous, à nous dépasser ! La croix est là : dans l'Amour. Car « Quiconque aime est né de Dieu et connait Dieu » (1 Jn 4, 7).

Au revoir !  

                  

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