Le 12 Janvier 1972 le nonce apostolique à Berne annonça à Maurice Zundel que le Saint Père lui demandait de prêcher la retraite du Vatican, devant lui-même Paul VI, et de nombreux cardinaux et prélats. Cette retraite se déroula du 20 au 26 février suivant. C'était là une grande responsabilité, avec un délai de préparation très court. (*)

 

Maurice Zundel, dans des confidences adressées aux Carmélites de Matarieh (Le Caire) indiqua : « le Saint Père, après la dernière instruction est apparu ; il a fait une allocution en italien extrêmement fervente, demandant justement aux membres de la Curie d'entrer dans un esprit contemplatif, de ne pas se cantonner dans des fonctions bureaucratiques, mais de prendre conscience que leurs fonctions, si chargées de responsabilités, exigeaient d'eux, précisément, une vie contemplative. »

C’est cette allocution que nous vous donnons ci-dessous. (**)


Messieurs nos Confrères les Cardinaux, qui forment notre Assemblée presbytérale, doivent être conscients de notre désir, non seulement, de partager les occupations et les engagements de la mission que l'Eglise nous confie, mais aussi de nous unir et de nous enrichir en partageant notre entretien avec Dieu, notre recours à la source de notre Lumière, de notre Grâce, but de notre effort, et d'avoir quelques moments de Fête commune.

 

La recherche de cette joie commune est pour nous un grand réconfort, une grande édification, au sujet desquels nous devons exprimer notre reconnaissance, et le vœu de pouvoir nous accorder encore d'autres moments semblables.

 

Aussi, remercions-nous ceux qui furent ici présents, spécialement les membres de la Curie Romaine, qui attestent ainsi leur intention d'avoir une communion d'âme et d'esprit, comme nous avons celle du travail et de l'engagement.

 

Et nous saluons et remercions le cher Abbé Maurice ZUNDEL, aussi bien pour ce qu'il nous a déjà donné à nous-mêmes, qui avons eu le bonheur de le connaître, il y a bien des années, et d'écouter certaines des paroles de son "Evangile intérieur".

 

Nous venons de suivre ainsi, avec le même intérêt, toutes ses méditations si spirituelles, si profondes et en même temps, si près de nous, si proches de notre expérience.

 

Et nous nous interrogeons : que devons-nous retenir de ces exercices spirituels auxquels nous nous sommes appliqués ces jours-ci ? Nous en trouvons la synthèse dans les dernières paroles qu'il nous a adressées, ce qui nous permettra de nous en souvenir, et nous serons heureux de pouvoir ainsi graver dans notre âme, quelques expressions que peut nous donner le fil conducteur de cette longue méditation.

 

Mais, plutôt que le ressort d'une dialectique ou d'une méditation discursive, il me semble que nous ayons été invités à découvrir une méthode et à imprimer dans notre âme, une attitude : celle de rechercher la profondeur des choses, de faire germer l'intériorité de ce que nous connaissons et vivons, à commencer par notre propre personne.

 

Qui sait se définir soi-même ? Le prédicateur nous a répété un principe qui pourrait peut-être nous donner le fil conducteur, nous permettant d'explorer cette intériorité.

 

C'est le désir d'être autonome, d'être inviolable, d'être nous-mêmes, d'être des "personnes" et dans l'expérience de cette individualité si jalousement gardée, si rebelle à toute contrainte dans laquelle notre égoïsme nous enferme quand il veut ainsi s'affirmer et avec ce sentiment de limite et de prison, le besoin d'une sortie de soi afin d'arriver à dépasser ce moi propre, et à comprendre comment nous portons en nous l'appel défini par Saint Augustin, dans la phrase lapidaire bien connue: "Deus intimior intimo meo" - Dieu plus intime à moi-même que je ne le suis à moi-même.

 

Nous avons besoin de Dieu, nous avons besoin d'être en relation avec le Seigneur. Mais il nous manquait le "Pont".

 

Or le Christ a été la voie, le Christ a été le modèle, dans lequel nous pouvons trouver, à travers le Père, dans le Père, avec le Père, l’épanouissement infini de notre être, et en même temps la richesse inépuisable du don qu'Il nous fait, quand nous acceptons d'entrer en communication avec Sa bonté et Sa grâce, et de vivre le mystère qu'Il nous offre par la communion de notre pauvre petite existence avec la Sienne infinie et glorieuse.

 

Et ces échanges aboutissent à la Joie. Nous avons trouvé, je ne sais si vous avez fait la même observation, nous avons trouvé, grâce à cette méthode, la possibilité d'explorer les paroles elles-mêmes.

 

Les paroles, que contiennent-elles ? Elles veulent avoir un sens, se référer à une réalité. Elles ont une profondeur abyssale, certaines de celles que nous manions avec une grande désinvolture, et nous devrions en trembler, paroles de Dieu, et toutes les paroles qui sortent de nos lèvres quand nous prions, et toutes les choses que nous traduisons en paroles, pour pouvoir communiquer avec les autres, et qui conservent leur richesse ontologique.

 

Elles devraient nous avertir, et nous devrions sentir que nous vivons dans un monde de mystère, un mystère qui nous invite à connaître, à entrer en contact avec le Verbe contenu dans les paroles, avec la réalité qu'elles signifient.

 

Et de là, cette aptitude à voir la transparence des choses et des évènements, à voir l'au-delà de cet écran qui pour ceux qui sont superficiels et hâtifs, devient opaque et pour ceux qui, au contraire, suivent l'école à laquelle nous étions ces jours-ci, devient translucide et rempli de beauté, de tant de pensées et de joies qui remplissent notre vie et notre vocation.

 

Et là, nous nous ferons à tous, le reproche que nous sommes trop "habitués" à vivre dans le domaine sacramentel, que nous nous familiarisons trop avec les paroles qui expriment des réalités qui nous entourent.

 

Nous vivons notre merveilleux monde, le nôtre spécialement, qui est au cœur de l'Eglise, et appelle notre attention à la profondeur de la solution mystique, des réponses dont nous avons besoin pour comprendre et pour vivre.

 

Et ce sera cela que nous garderons en mémoire dans la suite, avec la grâce de Dieu, le moyen de n'être pas que des bureaucrates et des hommes de fonction, d'occupations extérieures, nous dévouant, sans doute avec intelligence, à notre œuvre, mais bien plus, des hommes véritablement contemplatifs.

 

Nous célébrons Saint Pierre Damien, tout absorbé par sa pensée contemplative, même au cœur de l'activité presque dramatique, âpre et forte à laquelle cette grande personnalité fût engagée, si bien qu'il se définit lui-même, comme ayant trouvé son épanouissement dans les pensées contemplatives.

 

Que cela soit un peu notre projet, à son exemple, de trouver les solutions mystiques par un vivant contact avec Dieu et par Sa grâce, qu'Il nous offre avec tant de silence, avec tant de sollicitude dirais-je, par respect de notre liberté qui devient souvent si passive, si méfiante, devant le monde religieux et sa réalité.

 

Essayons plutôt, au contraire, de trouver les effusions de notre âme et l'infusion de la bonté et de la grâce de Dieu.

 

Bénédiction du Saint Père

 

(*) La retraite au Vatican parut après la mort de Zundel en 1976 sous le nom « Quel homme et quel Dieu », aux éditions Fayard. Dernière parution : éditions Saint-Augustin, 2008, 359 pages.

(**) Traduction non officielle faite à partir d'un enregistrement.

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