Entre le 8 et le 10 juin 1935, en France, lors d'une retraite de Pentecôte.


            1- Dieu-Amour mendie notre amour

            A la base de tous les problèmes, il y a aussi celui de Dieu. Pourquoi y a-t-il des dissensions dans le monde, pourquoi la question sociale, pourquoi les guerres ?

La cause est dans le fait que les hommes se recher­chent eux-mêmes et ne s'élèvent pas jusqu'à Dieu. Ils voient dans les autres des quantités négligeables, des rouages d'un mécanisme et non des âmes destinées à l'éternité, des enfants de Dieu. C'est l'égoïsme humain qui a abaissé l'idée de Dieu au point d'en faire une idole, bien différente du vrai Dieu.

Le plus grand drame qui ce soit passé dans l'Histoire de l'humanité, est précisément ce conflit entre deux concep­tions du vrai Dieu : celle d'un Dieu tel que l'imaginent les hommes égoïstes et méchants, l'autre au contraire, qui conçoit un Dieu d'Amour, infiniment supérieur à l'homme.

 

C'est ce terrible conflit qui a causé la mort de Jésus-­Christ. Jésus a gardé le silence devant une telle condamnation, car il savait bien que seul, le cœur peut faire connaître le Dieu de toute bonté. C'est au nom de la religion que Jésus a été crucifié, et Caïphe, Grand Prêtre des Juifs, s'est montré moins digne de Dieu encore que Pilate qui, lui, était un athée, mais cependant reconnaissant l'innocence de Jésus.

Le grand mal, c’est que nous ne mettons pas tous la même signification sous le nom de Dieu. La plupart des croy­ants conçoivent un Dieu abstrait, lointain, qui nous demande des sacrifices et punit ceux qui transgressent ses lois. Rien d'étonnant alors à ce que les incroyants attaquent notre religion. Ce qu'ils critiquent, c'est une caricature de Dieu, une caricature de la vraie religion.

A quoi bon vouloir définir Dieu ? Ne le cherchons pas, il est tout près de nous. Tous nous portons en nous un idéal d'amour. Ceux qui attaquent Dieu attaquent seulement un Dieu qui ne correspond pas à leur désir.

Le bolchevisme, la déchristianisation de la France, n'auraient pas eu lieu, si nous avions montré aux autres ce qu'était véritablement le Dieu que nous adorons et qui est l'Incarnation du Beau, du Bien, du Vrai.

Demandons à l'artiste ce qu'est la beauté ; il ne nous le dira pas, car il n'en sait rien, mais ce qu'il sait bien, c'est qu'il la porte en lui et qu'il cherche à la réa­liser, à l'exprimer de son mieux dans ses oeuvres. De même le savant cherche la vérité, n'en recueille que des parcelles et pourtant, pour elle, il est prêt à risquer sa vie.

Ainsi Dieu est en nous. Il est l'Amour, la beauté, le désintéressement. Jésus a révélé à une humble femme de Samarie une pécheresse, le secret de la vie éternelle, secret qu'il avait caché aux savants et aux théologiens :

" Celui qui boira l'eau que je lui donnerai, n'aura plus ja­mais soif, et l'eau que je lui donnerai, deviendra en lui une source d'eau jaillissant pour la vie éternelle." (Jn.4, 14)

" Le Royaume de Dieu n'est ni ici, ni là, il est au-dedans de vous "- " Dieu est esprit et ceux qui l'adorent, doivent l'a­dorer en esprit." (J.4/23)

Tel est le secret de la religion. Elle est, avant tout, Amour et charité.

            Malheureusement, bien des catholiques l'oublient trop. On enseigne aux enfants des formules abstraites, durant les an­nées de catéchisme ; plus tard, ce ne sont encore que des ensei­gnements théoriques. Tout cela constitue une religion morte. Comme une monnaie dont l'effigie s'est effacée à force de cir­culer, les mots qui désignent les merveilles de notre religion ont perdu leur valeur. On connaît l'enseignement religieux, on n'en saisit pas toute l'ineffable beauté.

La vraie religion est un cri du cœur, elle jaillit d'une âme recueillie, qui a su écouter le Dieu vivant qui par­le au fond de son cœur. Saint Paul disait aux Corinthiens : " Je vous ai fiancés au Christ comme une vierge pure." (2 Cor.11, 2)

Si le mariage était présenté aux futurs époux sous la forme de code civil, personne ne voudrait embrasser cet état. Eh bien ! La Religion qui n'est autre chose qu'un mariage d’Amour, est la rencontre de Dieu et de l'âme. La créature hu­maine enthousiasmée d'amour pour son créateur, prononce le Oui à la prière du Dieu Tout-puissant, et ce Oui, lui ouvre les portes de l'éternité. Tous nos efforts doivent tendre à nous effacer, à nous oublier pour laisser Dieu transparaître à travers nous. Il faut que le monde sache que Dieu n'est pas un tyran mais un ami, un frère qui nous aime d'un amour filial, et que le Royaume de Dieu est au-dedans de nous, qu'il faut l'adorer, non pas par des gestes tout extérieurs, mais en esprit et en vérité.

Et alors, si nous faisons cela, le monde reviendra à Dieu, car au fond, il le cherche et a un immense besoin de lui. Il le cherche et il ne sait pas que Dieu lui est plus intime que soi-même et qu'il mendie son amour.

 

2-Découverte toujours nouvelle de Dieu au-delà du voir

La source de la foi est au-dedans de nous. La reli­gion est la confidence d'un Dieu d'Amour à sa créature.

L'enseignement de l'Eglise se compose d'une suite de formules qui, prises de l'extérieur, ne signifient rien, mais qui s'animent et se transfigurent, lorsque nous mettons tout no­tre cœur pour mieux en saisir l'insaisissable beauté.

Il faut lire l'Evangile avec toute l'ardeur d'un cœur aimant qui doit vivre, à travers les lignes, celui qu'il aime. Comme un vitrail qui demeure sans éclat dans la nuit, mais qui resplendit, dès qu'il est illuminé par le soleil, ainsi les vé­rités de la foi deviennent-elles resplendissantes de grandeur et de beauté, lorsque l'Amour de Dieu les rend vivantes à mes yeux.

            Ne nous attachons pas à quelques détails des Ecritures qui pourraient nous choquer ; les imperfections de style sont l’œuvre des hommes qui ont pu légèrement déformer l’œuvre sublime de Dieu. C'est tout au fond de notre cœur que Dieu a ébauché la notion de ce qui est beauté, bonté, sainteté. Les vérités de la foi sont déposées en nous. Ce n'est pas notre rai­son qui les comprend, c'est notre cœur qui les découvre dans le silence et le recueillement, dans le dépouillement de son moi.

Saint Thomas d'Aquin a dit : " Nul ne peut dire ce que Dieu est, on peut seulement dire ce qu'il n'est pas." Il a essayé de le décrire, de le définir : son oeuvre est restée inachevée. Dieu nous dépasse tellement qu'il faut renoncer à en parler. Ceux-là seuls en parlent qui le connaissent le moins ; ceux qui l'ont entrevu n'osent aborder ce sujet, tant il est infiniment supérieur à ce qu'il est possible de dire. Ce n'est qu'au-delà du voir que l'on peut espérer commencer à connaître Dieu. IL est le Dieu toujours nouveau : celui dont on ne se lasse jamais.


            3-On ne pèche que par manque d'amour

Dieu ne veut pas que nous nous torturions l'esprit à cause de nos péchés. Il demande que nous y pensions, non pas après les avoir commis, mais avant. Les examens de con­science multipliés servent parfois notre orgueil. C'est Dieu qui doit être le centre de tout et non nous-même.

L'examen doit être un regard jeté sur Dieu, un retour vers Dieu, car, au fond, le seul péché est celui de ne pas as­sez aimer Dieu, c'est le " non " opposé à son appel d'Amour, c'est une distraction de la Présence de Dieu.

Pour remédier à nos misères, il faut les placer à la lumière de Dieu. Il faut faire craquer le moi, croire à l'A­mour de Dieu et s'abandonner à lui en toute confiance. Il faut laisser vivre Dieu au-dedans de nous, revenir vers lui si nous nous sommes écartés de son Amour. Ne craignons rien, Dieu est le pardon comme il est l'Amour. Si nous faisons un pas vers lui, il se précipitera au-devant de nous et nous ouvrira ses bras, comme le ferait la plus tendre des mères.

Le seul péché est le manque d'amour pour Dieu ; c'est aussi le manque d'amour pour nos frères, car c'est offenser Dieu que de ne pas aimer ses enfants comme il les aime.

Nous demander : Qu'est-ce que je suis pour mes frères ? Leur ai-je apporté le visage de fête du Christ ? Est-ce que je leur ai donné la paix, la joie, le bonheur ?

Nous le savons, le mystère de notre âme est incompré­hensible, à plus forte raison, celui de l'âme de notre prochain. Nous sommes des aveugles, quand il s'agit de juger nos frères. Nous ne saurions trop envelopper le prochain d’humilité, de res­pect. Chaque âme contient le mystère de Dieu, elle renferme une possibilité de naissance divine. Soyons donc source de lumière, de vie, de joie, et apportons aux autres le sourire du Christ.

Portons dans notre cœur, devant Dieu, toutes les âmes, les âmes de nos frères, celles que nous avons blessées, celles qui nous ont offensés, prions pour elles, et retournons vers elles, avec un plus grand amour et un plus grand désir de leur faire du bien.

 

            4-Etre, c'est se donner

L'un des premiers mystères que l'on enseigne aux en­fants est le mystère de la Sainte Trinité, le mystère de l'A­mour de Dieu.

            Nous avons une ébauche de ce mystère dans la vie de notre cœur. il aspire à se donner et à s'identifier à ce qu'il aime. L'Amour signifie altruisme dans l'identité. L'Amour de Dieu signifie altruisme éternel dans la parfaite identité.

           On a souvent représenté Dieu comme un égoïsme formi­dable. C'est une erreur profonde. Il n'y a pas d'égoïsme en Dieu, car il n'est pas un moi unique. Il tend vers la diffu­sion, vers l'éternelle communication. En Dieu, il y a un tri­ple foyer d'altruisme : le Père ne peut s'exprimer que dans son Fils, le Fils ne peut s'exprimer que dans son Père, le Saint-Esprit est le lien de feu entre le Père et le Fils. Chacune de ces trois Personnes n'est qu'un don. Pour Dieu, être c'est de donner. Dieu n'est qu'Amour.

            " Pour nous, dit saint Jean, nous avons connu l'Amour que Dieu a eu pour nous et nous y avons cru." (I Jn. 4,16)

Dieu est au-dessus de toutes paroles. Nous ne pour­rons jamais connaître ici-bas, tout ce qu'il est. Pour com­prendre les mystères de Dieu, il faut nous déposséder nous-­même, il faut être un élan d'amour vivant vers Dieu.

Dieu voudrait que nous n'allions pas à lui, les uns sans les autres : " O Père, que tous soient UN en Nous, comme Vous et Moi sommes UN "

Toutes les âmes sont un seul être en Jésus. Le vrai ciel des âmes, c'est le cœur de Dieu. " Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants. " Tous sont vivants en lui, et par conséquent dans notre cœur, puisque Dieu est UN en nous.

"Nous tous, dit saint Paul, qui participons à un seul pain, nous sommes tous un seul être dans le Christ-Jésus. " Quel programme inouï ! Quelle vocation que celle du Chrétien ! Envisager les autres comme nos propres enfants, les enfanter à Dieu !

            La vie n'a de sens que parce que les êtres ne sont que des ébauches et que c'est nous qui devons les parfaire. Nous en­trons dans un monde nouveau où apparaît le visage de Jésus, son immense tendresse pour les hommes. A notre tour, nous devons nous dépouiller, nous déposséder, puis aller vers nos frères avec tout l'amour dont nous sommes capables, nous agenouiller devant eux et leur apporter les richesses du don de Pauvreté.

Oh ! Quelle belle mission que celle du chrétien, s'il regarde le monde avec un regard rédempteur purificateur ! Si nous avions en nous beaucoup d'indulgence et d'amour, les hom­mes devineraient à travers nous, la Charité du Christ


            5-La création : consommation d’un mariage d'amour par notre "oui", après celui de Dieu.

La Création répond à la nature même de Dieu : Dieu est Amour, la création est un acte d'Amour de Dieu. Etre une créature, c'est être aimé de Dieu. Il y a là une noblesse in­finie. La création n'a pas été faite dans le passé. Elle est un don continuel, infini, d'un Amour qui ne s'épuise jamais.

Dieu a créé l'Univers par Amour et pour l'Amour. Dieu ne peut pas être autre chose qu'Amour ; cela paraît étrange pourtant, dans un monde où l'on rencontre tant de douleurs, tant de mal, tant d'impureté ! Comment expliquer l'épreuve du monde ?

Eh bien ! Il faut faire un acte de foi. Puisque Dieu n'est qu'Amour, tout doit se résoudre dans l'Amour. Dieu ne pouvait faire autrement que de laisser la liberté aux créatu­res. Les obliger à répondre à son Amour eût été un acte de tyrannie. La création n'aurait pas eu de sens, si elle n'était que la béatitude. Il fallait l'épreuve qui permît à la créa­ture de dire " oui " ou " non " à la demande de Dieu. Il fallait que l'Univers collaborât à l'achèvement de l’œuvre de Dieu. Dès lors, nous sommes les arbitres de notre destin. C'est le sort de la création qui se joue entre nos mains. Dieu n'a rien voulu terminer sans notre amour.

Dieu s'est donné, il a été généreux jusqu'à se placer sous la dépendance de la créature. C'est là, la perfection de l'Amour, le mystère de la Pauvreté de Dieu.

Il s'est dépouillé pour nous. Sans cette épreuve, notre amour est factice ; avec cette possibilité de répondre li­brement à l'Amour de Dieu, l'Amour vrai, l'Amour réciproque est entré dans la création. Dieu a préféré ainsi courir un risque, celui de n'être pas aimé, celui de faire échouer son oeuvre magnifique de la création, plutôt que de violenter notre liber­té.

La créature qui consent à répondre à cet Amour, à se donner à son tour, à se déposséder, devient le berceau de la nativité de Jésus. C'est nous qui exauçons Dieu et non pas lui qui nous exauce. La prière est une ouverture de notre cœur à l'Amour de Dieu : c'est l'offrande de notre amour. La vraie prière, c'est l'acceptation de l'Amour de Dieu et cette prière-là, ne peut être qu'exaucée.

Les souffrances ne sont que les conséquences du mauvais usage que nous faisons de la liberté. Il ne peut pas y avoir de miracles toujours : Dieu ne peut pas renverser les lois de l'univers et supprimer la douleur. Il faut que celle-ci purifie. Elle est utile, bienfaisante parfois. Tout vient de l'Amour, tout existe par l'Amour.

Il est une religion scandaleuse : celle qui consiste à offrir le ciel en échange de bonnes oeuvres. C'est là un marchandage dont nous ne voulons pas. Michel-Ange, dans son Jugement Dernier, à la Chapelle Sixtine, a représenté un Dieu courroucé, rejetant dans sa colère les damnés en un en­fer éternel. La Vierge elle-même, est terrifiée. Eh bien ! Non, ce n'est pas notre religion, elle est infiniment plus belle. L'homme n'est pas jugé par Dieu, c'est exactement le contraire : Dieu est jugé par l'homme. Dieu se laisse cruci­fier par l'homme. S'il y a condamnation c'est celle de Dieu par l'homme. La Croix en est l’emblème.

Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde, pour ju­ger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. La Lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière. Mais Dieu condamné par les hom­mes, leur a pardonné, car il est Pardon, comme il est Amour.

La Révélation ne nous a pas renseignés sur l'au-delà : elle nous y prépare seulement. Le problème religieux consiste à savoir si nous sauverons Dieu ou si nous le condamnerons éternellement, s'il doit régner dans nos cœurs ou s'il doit en être à jamais banni.

On a détourné le monde de ce visage d'Amour. Les hommes se sont révoltés contre ce Dieu qu'ils croyaient être un tyran. Si tout s'effondre autour de nous, si l'état du mon­de est abominable c'est que la création n'est pas ce chant d'amour qu'elle devrait être.

Dieu n'a pas voulu toutes ces douleurs, tous ces cri­mes, toutes ces impuretés. Le monde est créé du côté de Dieu. Il faut qu'il le soit du nôtre. La tragédie de Dieu se joue dans notre vie. Quand tous les hommes auront dit " oui " à l’Amour de Dieu, alors nous comprendrons ce que c'est que la création, ce sera la consommation du mariage d'Amour.

Nous avons, comme Jeanne d'Arc, une magnifique che­vauchée à accomplir. Il s'agit de délivrer le Royaume de Jésus captif et de faire régner Dieu. Lorsque l'on relit l'Evangile dans cet esprit, sous cette lumière, on comprend véritablement quelle doit être notre action, notre apostolat.

Dieu est un enfant qui cherche son berceau dans nos cœurs. Il nous le dit lui-même : " Celui qui fait la volonté de Mon Père qui est dans les cieux, celui-là est Mon frère et Ma sœur et Ma mère " (Mt.12, 50)

            Etre la mère d'un Dieu d'Amour, telle est notre voca­tion.


            6-L'Humanité du Christ, mystère de Pauvreté

Le Christianisme n'est pas un système : c'est une Personne, la Personne de Jésus. Le mystère de Jésus est un mystère de sainteté, de vie intérieure, d'amour, de pauvreté. Il est un scandale pour l'intelligence.

           On a cherché à l'expliquer par la philosophie, la métaphysique ; on a voulu trouver un accord entre l'humanité et la divinité... Vaine illusion ! Il s'agit de tout autre chose. Il faut s'en approcher par des démarches spirituelles. Pour entrer dans les vérités de l'Amour, la raison ne sert de rien.

La vie religieuse tend vers le transfert de son moi en Dieu, vers le dépouillement total de soi-même, de telle sorte que ce soit Dieu qui prenne la place du moi. " Ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus qui vit en moi. " (Gal. 2, 20) Les mystiques, les saints, se sont efforcés, en effet, de sor­tir d'eux-mêmes, de se dépasser, pour s'unir à Dieu. En Jésus, s’accomplit cette parfaite dépossession de l'homme.

Les mots ne peuvent exprimer un tel mystère. Dieu n'est pas sur un trône, au-dessus des nuages. Il est Pré­sence partout répandue, il est don parfait, son Amour est la source de tout ce qui est. Dieu n'avait donc pas à devenir présent à sa créature, mais c'est la créature qui devait deve­nir présente à Dieu.

L'Humanité de Jésus n'est qu'un élan vers Dieu ; elle est entièrement transparente à la lumière de Dieu ; elle est un sacrement donné par toutes les fibres de son être. Par l'Incarnation, Dieu n'a pas changé ; il a seulement uni la cré­ature à lui-même. En Jésus, il ne faut pas considérer que la divinité ; en lui, il y a une humanité véritable.

L'Incarnation n'est pas une apparence, elle est la réali­té la plus magnifique que l'on puisse concevoir. C'est Dieu se communiquant aux hommes par l'humanité de Jésus, une humanité qui n'a plus de moi. Le moi qui retentit au travers d'elle, c'est le moi-même, de Dieu. Cette humanité s'ouvre à Dieu par tout ce qu’elle est, elle rend témoignage à Dieu. Qui compren­dra jamais le don infini fait aux hommes, en la sainte humani­té de Jésus ? En Jésus, se trouve un cœur humain, une intelli­gence humaine, une liberté humaine qui accepte.

Jésus savait bien que ses miracles ne convertiraient personne, qu'ils n'ouvriraient pas les yeux. Il ne veut pas que l'on vienne à Dieu à cause des signes extérieurs. Ce qu'il veut toucher, ce sont les cœurs. Il veut ainsi accomplir un geste de tendresse divine qui s'adresse à l'amour.

Il s'efforce de rendre attentives les âmes de bonne volonté, faire deviner son Amour, tel est son but. Dans son entretien avec Nicodème, Jésus dit : " Dieu a tellement aimé le monde, qu'il a donné son Fils uni­que, afin que tout homme qui croit en lui, ne périsse pointe mais qu'il ait la vie éternelle." Il dit aussi : " Personne ne peut venir à moi, si mon Père qui m'a envoyé ne l'attire." La rencontre entre Dieu et l'âme, ne peut se consommer que dans le Royaume de l'esprit. Jésus a béatifié ceux qui croi­raient sans avoir vu, par un mouvement d'Amour.

Jésus a tenu à ce que le silence soit gardé autour de Ses miracles : " N'en parlez à personne ", disait-il. Les mira­cles portent la marque de l'ineffable humilité de Jésus. Il au­rait pu prouver qu'il était le Fils de Dieu ; il ne l'a pas vou­lu, car le Royaume de Dieu ne peut  se réaliser que par le don de nous-même.

C'est pourquoi les miracles sont mis au dernier plan dans l'Evangile. Le Royaume de Dieu est un Royaume d'Amour, de Charité, de Pauvreté. En Jésus, nous voyons confluer les deux pauvretés : celle de Dieu et celle de la sainte humanité du Christ.

Comme l'on sent bien que nous sommes là, au centre d'un mystère de sainteté que nous ne pourrons jamais épuiser. Ce mys­tère est écrit en lettres de sang dans la Passion du Christ. Jésus a porté le poids de nos refus : il a été fait péché pour nous. La nuit de la Passion, il a connu cette absence de Dieu, sans cesser toutefois de contempler le visage du Père. Il a eu véritablement là, le sentiment d'une culpabilité infinie. Un sentiment de ténèbres l'envahissait.

L'identité avec le péché était si vivante, l'angoisse si inimaginable qu'il s'écrie : " Mon Dieu ! Mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ? " (Mat. 27, 45) Il n'ose même plus dire : " Mon Père " tant il se sent coupable C'est alors que ce cri jaillit : " Pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font " Jésus du sein de son abandon, implore le pardon de l'humanité qu'il représente.

Nous sommes au sommet de la Pauvreté de la sainte hu­manité du Christ. Nous ne sommes pas encore au sommet de celle de Dieu. La pauvreté suprême est la traduction humaine de cette pauvreté de Dieu qui est infiniment plus grande. Elle est au­-dessus de tous les dépouillements de tous les sacrifices. La crucifixion de Jésus est un écho lointain du don éternel de Dieu. La Pauvreté divine est au-delà de toute parole. L'humanité de Jésus nous aspire, pour ainsi dire, afin de nous conduire en la divinité, en l'éternelle charité de Dieu. Sans doute, nous croyons de tout notre cœur en la divinité du Christ, mais ce mystère est tellement au-dessus de la raison humaine que nous n’arriverons jamais à l'approfondir. A mesure que nous le vivrons avec plus d'intensité, nous arriverons à mieux adorer Dieu, à mieux aimer notre frère dans le mystère d'une éternel­le Pauvreté.


 7-S'abandonner à la Présence aimante de Dieu

Un jour Dieu dit à saint François de Sales : Je ne m'appelle pas : celui qui damne, mon nom est Jésus, Sauveur." Dieu ne peut pas condamner, il ne peut qu'aimer. Le pardon de Dieu est acquis à qui le demande.

" Jérusalem ! Jérusalem ! Que de fois j'ai voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes et tu ne l'as pas voulu ! " (Mat.23, 37)

            Telle est l'inépuisable bonté de Jésus.

            Nous avons un pouvoir formidable : notre rôle est d'enfanter Dieu par notre amour.

Il n'est pas possible qu'un homme qui, toute sa vie, a grandi dans l'amour, puisse craindre de mourir en état de péché mortel. Il ne faut donc pas s'arrêter aux petits acci­dents de la route. Prenons garde aussi, de porter des juge­ments sur autrui. IL y en a qui tombent après des années de lutte : on n'a pas le droit de les condamner. Il est toujours temps de les sauver. Un seul acte d’amour, un oui final à l'ap­pel de Jésus, suffit pour réparer, pour nous purifier de tou­tes nos fautes et nous rendre plus blancs que la neige.

Nos péchés sont parfois causés par le surmenage, la fatigue ; soyons patients avec nous-même. Se rappeler la Pa­rabole de l'homme couché qui, fatigué de la demande de son ami, finit par se relever et lui accorder 3 pains. De même notre journée ne sera pas perdue, si, sur la fin du jour, nous finis­sons par dire " oui " à Dieu.

Rappelons-nous la Parabole des ouvriers de la derni­ère heure. Ne nous lamentons pas de n'avoir rien fait : commen­çons ! La vie chrétienne est une source inépuisable de jeu­nesse. Pourvu que le mariage d'amour s’accomplisse, qu'importe l'heure à laquelle a été prononcé le " oui ". Abandonnons-nous à la Présence de Dieu. Donnons-nous. Ayons confiance. Adhérons à tout ce que Dieu est, à tout ce qu'il veut accomplir en nous.

Saint Augustin disait : " Seigneur donnez-moi ce que vous me demandez et demandez-moi ce que vous me donnez."

            Le premier mouvement, après la faute, doit être un élan d'amour vers Dieu, notre Père ; réfugiez-vous dans ses bras. Il n'est pas nécessaire de nous confesser immédiatement. Recevons d'abord le pardon d'un Père très aimant, puis humilions-nous devant le représentant de Dieu pour la faute commise envers l'hu­manité, car, elle aussi a été offensée.

Ayons envers Dieu une immense confiance : il faut souri­re à l'épreuve, aux devoirs, à ses frères.

Dieu ne nous demande pas toujours de donner notre vie d'un seul coup, mais, ce qui est d'ailleurs plus difficile, de la donner goutte à goutte, malgré les difficultés, les offenses, les contradictions. Accomplir par nous, cette Royauté d'Amour, nous retourner vers Dieu, dans un élan de jeunesse. Que notre devise soit " Le Seigneur est !”


8-L'Eglise, une mission : montrer le vrai visage du Christ

Dieu n'est pas le Dieu des morts, il est le Dieu des vi­vants. Il n'est pas non plus l'auteur de la mort : la mort est venue du péché, parce que l'Homme s'est absenté de Dieu. Mais Dieu, lui, ne s'est pas absenté de l'Homme. A regarder l'être qu'était Jésus, le Christ ne devait pas mourir. La mort fut, chez lui, une mort d'Amour. Le véritable miracle, ce n'est pas la Résurrection de Jésus-Christ, mais plutôt c'est sa mort. Il est passé par la mort à cause de nous.

Après la mort nous entrons dans une phase nouvelle ; le cœur des disciples est rempli de stupeur. Ils n'ont rien compris. Ils n'ont cessé d'attendre le rétablissement du royaume d'Israël : ils sont déçus. Les Apôtres n'ont pas été convaincus à la Résurrec­tion. Le Christianisme est né au jour de la Pentecôte.

C'est là qu’ils reconnurent le vrai visage du Christ. L'Eglise est née dans leur cœur, quand ils se sont sentis iden­tifiés à la Présence de Jésus. Il était là, comme une brûlure d'Amour, comme un acte de charité. Ce qui touche les cœurs, c'est la sainteté de Jésus. Le mystère de l'Eglise est aussi profond que celui de l'Incarnation ou de la Sainte Trinité : c'est un mystère d'Amour. Le témoignage du Christ et de l'Eglise n'en font qu'un.

Les Apôtres ont compris, après la Pentecôte, que l'Evan­gile qu'ils allaient répandre dans l'universe ce n'était pas leur parole, c'était celle de Jésus, c'était sa vie, c'était sa Sainte­té, c'était son Amour.

Ils acquirent alors la certitude invincible qu'ils sont désormais en Dieu et que Dieu est en eux. Ils n'agissent plus en leur propre nom, ils ne sont plus que des sacrements vivants. L'Eglise n'est pas une institution humaine. Il y a identité entre le Christ et l'Eglise, d'une part, entre le Christ et Dieu, d'autre part. C'est pourquoi Jésus a pu dire à Saul, alors qu'il persécu­tait les communautés chrétiennes " Je suis Jésus que tu persécu­tes. " (Ac. 9, 5)

            Le Dogme, c'est la Parole de Dieu qui retentit en nous, c'est le témoignage que la sainteté se rend constamment au milieu de nous. Se nourrir du dogme, c'est s'approcher de cette Parole vivante qui est le Christ lui-même. Ce n'est pas au-dehors qu'il faut chercher à comprendre le dogme. Il convient de s'agenouiller et d'écouter dans le silence, car il est l'expression de l'éter­nelle charité.

Le sacerdoce est un état de démission, de dépouillement. L'homme qui embrasse cet état sublime, n'est plus que le signe d'un autre. Il n'est plus lui-même, c'est Jésus qui parle par ses lèvres, par son cœur, par sa vie.

Si l'Eglise est immaculée, infaillible c'est parce qu'elle est Dieu, Dieu dans les Dogmes, Dieu à travers les hommes. Etre catholique, c'est être avec Jésus. Nous sommes unis à tous nos frères. La fraternité divine est issue de la paternité divi­ne. Dieu a voulu que toute la création participe à cette créa­tion nouvelle.. Il a tout béni, consacré, transfiguré. Partout nous reconnaissons l'immense Amour de Dieu. Avec notre sœur l'eau, berceau de notre naissance à la vie divine, notre frère le feu, instrument de notre purification, nous allons tous ensemble vers Dieu, en chantant le Cantique de l'Amour. Nous sommes ensemble dans le Cœur de Jésus. Chaque prière fait jaillir de nous quel­que chose de personnel.

On ne peut ouvrir les âmes que par l'Amour. Si l’Eglise a parfois été méconnue, c'est que ses représentants se sont mon­trés trop durs, trop sévères dans certains cas. Mais quoi ! pour­quoi se scandaliser de cela ! Les prêtres ne sont que des hommes : le sacerdoce ne les sanctifie pas automatiquement. Ils sont des hommes pécheurs, en route vers leur perfection. Dieu communique sa grâce par les prêtres. Mais l'Eglise, ce ne sont pas seulement les prêtres, ce sont aussi bien les fidèles que les prêtres. Nous portons tous nous aussi, l'honneur du Christ, la vie du Christ, la sainteté du Christ, le cœur du Christ.

Nous devons être les instruments de sanctification des prêtres, les sacrements de la prière de la bonté du Christ. Nous avons la mission de montrer à nos frères le vrai visage du Christ.

Il y a une multitude de gens qui ne connaissent pas ce visage. Avant de les combattre, reconnaissons que nous en sommes les premiers coupables. Nous, qui portons l’Evangile, avons-nous su toujours porter à nos frères ce message d'Amour ? Dès lors, pourquoi les blâmer si, s'arrêtant aux apparences mauvaises, ils n'ont pas su reconnaître le Cœur de Jésus.

Notre mission est de porter la lumière du Christ à nos frères, de faire rayonner Jésus à travers nous. Nous serons les ambassadeurs du Cœur de Jésus, non pas par des paroles - elles sont vaines - mais par le regard, par notre sourire, par notre patience, notre bonté envers tous.

On n'appartient véritablement à l’Eglise, que si l'on s'agenouille devant la Parole de Dieu. Si cette Parole condamne notre conduite, notre devoir est de nous soumettre. L'obéissance héroïque n'abaisse pas, elle nous délivre, elle ne nous rend pas esclave, mais disciple de la Parole de Dieu. L'Eglise est un mys­tère de Pauvreté. Il faut vivre dans une mort d'amour.


            9-Communier, c'est se dévêtir de soi pour se revêtir de Jésus et transfigurer l'univers

La vie de Jésus se termine par un échec. Il n'a conver­ti personne, pas même ses Apôtres. Le mystérieux triomphe de sa Résurrection ne consacre plus le succès de sa mission. Lui-même a dit :   "Il est bon que je m'en aille, car si je ne m'en vais pas, vous ne recevrez pas le Saint-Esprit. " (Jn. 16, 7) Quand il eût disparu, il leur apparut alors au plus intime de leur cœur, le jour de la Pentecôte. Sur la Croix, la divinité était cachée, mais ici, c'est l'humanité elle-même qui est voilée. Jésus n'a plus un visage d'homme, il n'a plus qu'un visage de chose. On ne saurait aller plus loin dans la Pauvreté. Dieu est le docteur du silence, ce silence qui est le refuge des âmes. Il corrige les maladresses de nos paroles.

Il faut aller communier, non pas à cause de nous, mais à cause du grand désir de Dieu de nous recevoir. Notre Dieu nous attend dans les abîmes de sa Pauvreté. On a voulu démontrer la Présence réelle. Il y a un nombre infini de manières d'être pré­sent dans quelque chose. Pour entrer dans ce mystère, il faut être, nous aussi, en état de pauvreté car le mystère de la Croix est enchâssé dans celui de l'Eucharistie.

Communier, c'est dresser la Croix dans son cœur pour mourir d'amour, c'est se dévêtir de soi-même -consécration pour se revêtir de Jésus -communion. Les deux actes sont infiniment unis. Il faut s'offrir comme une victime afin que Jésus puisse dire sur nous : Ceci est Mon Corps, ceci est Mon Sang." Chaque créature devient une hostie dans les mains de Dieu.

Hélas, beaucoup de personnes communient matériellement, mais ne sont pas transformées pour cela. Comment s'en étonner ? Elles se sont approchées du sacrement d'Amour, c'est vrai, mais sans se dévêtir d'elles-mêmes, sans aller jusqu'à l'expropriation de leur moi. L'acte est extérieur, mais n'a pas atteint les fibres du cœur.

La liturgie doit devenir le principe de notre vie. La messe est un mystère d'Amour. La mort de Jésus doit pénétrer jus­qu'au plus profond de nos cœurs pour s'y enraciner et établir en nous le règne d'Amour de notre Seigneur. L'hostie est le ferment de la fraternité chrétienne. Nous sommes tous un seul pain. Nous sommes tous prêtres, car il n'y a qu'un prêtre, c'est le Christ.

Etre chrétien, c'est vivre de la Personne de Jésus-Christ, c'est exprimer tout le jour, le Sacerdoce de Jésus-Christ, le sa­cerdoce universel, c'est faire descendre sur les âmes la charité de Jésus.

Alors, le mystère de l'Eglise sera la chose la plus passionnément belle. Notre vie sera transformée. Tout prend une signi­fication. Notre travail est orienté en vue d'opérer le Salut du monde, nos gestes, nos paroles, nos actes ont une portée divine. Nous nous effaçons devant la Présence de Jésus, nous regardons les êtres comme des hosties remises entre nos mains pour être consacrées. Tout le jour nous sommes dans la société du Christ.

Nous irons par le monde, enveloppant les âmes de respect, d'amour leur laissant deviner Jésus, à travers nous, afin qu'el­les se donnent à Dieu. Les processions, hélas ! ne passent plus dans les rues de la capitale. C'est à nous de laisser rayonner Jésus à travers notre visage.

Faire de l'Univers, un univers de beauté, de joie et d'amour, travailler à la transformation du monde, telle est la mission de tout chrétien.

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