A Lausanne, en 1960, lors d'une journée consacrée aux vocations sacerdotales.

 

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte.

Vous vous rappelez certainement le jeune américain : Chessman, qui a attendu douze ans son exécution, c'est à dire dont les avocats avaient pu retarder pendant douze ans l'exécution, et comme il n'y avait plus aucun prétexte légal pour l'arracher à la mort, l'exécution fut fixée à un jour donné. Et, du monde entier, partirent des millions de pétitions pour demander la grâce de Chessman et l'arracher à la mort. 2 mai 1960

Elles ne réussirent malheureusement pas, mais cet immense mouvement de solidarité montre bien que, en face de la mort évitable, il y a dans l'Homme un éveil de conscience qui comprend que, il y a au fond de tout être humain un trésor infini qu'il faut préserver et sauver.

Ce trésor vous le connaissez ; cette intuition, vous cherchez dans vos enfants une richesse illimitée. Si vous les aimez tant, si vous vous dépensez avec tant de dévouement et d'amour pour les élever, c'est parce que vous croyez en eux. Vous croyez à une valeur infinie qui est cachée dans leur conscience, et quand vous aimez, quand vous aimez de cet amour qui est le plus difficile et le plus haut qu'est l'amour conjugal, qu'est-ce que vous cherchez l'un dans l'autre, l'homme dans la femme et la femme dans l'homme, sinon cette source inépuisable dont Jésus dit qu'elle jaillit en vie éternelle. Il est donc au fond de vous-mêmes une foi dans l'homme.

Vous croyez que, il y a en tout être humain une valeur illimitée qu'il faut faire croître et qu'il faut protéger. Notre Seigneur Jésus-Christ y a cru plus que personne; notre Seigneur a cru en l'homme d'une manière unique, puisque Jésus a donné sa vie pour l'Homme, puisqu'il a donné sa vie pour chacun de nous et qu'il a mesuré le prix de notre vie au prix de sa propre vie.

C'est là la rencontre mystérieuse entre l'Homme et Dieu, à cette intersection qu'est la Croix de notre Seigneur, cette rencontre bouleversante où Dieu donne sa vie pour l'homme, afin de devenir en chacun de nous la vie de la vie.

Cet Evangile de Jésus-Christ, c'est à dire Jésus-Christ lui-même, ce n'est pas un livre, ce n'est pas un texte écrit avec de l'encre et du papier, cet Evangile éternel, c'est la Présence de notre Seigneur qui veut vivre avec nous jusqu'à la fin des temps, qui veut vivre avec nous éternellement, qui veut être compagnon de route de chacun de nous.

Mais Jésus ayant consommé, ayant achevé sa vie mortelle, ne pouvait pas dans des conditions normales demeurer visiblement avec nous, c'est pourquoi il est apparu au monde en forme d'Eglise, c'est pourquoi il continue son Incarnation dans la Communauté universelle qui est l'Eglise, d'autant plus que, il est venu précisément pour faire de toute l'humanité une société humaine qui vive du dedans, qui vive par l'intérieur, qui vive en faisant circuler ce bien infini qu'est la Présence même de Dieu.

Car si nous n'étions unis que par les échanges matériels, que par la nourriture et les besoins physiques qui nous limitent et qui nous assimilent aux animaux et aux bestiaux, la société humaine ne présenterait aucun intérêt et ne vaudrait pas la peine d'être défendue.

Si la société humaine est si importante, si nous ne pouvons pas vivre les uns sans les autres, c'est précisément parce que nous avons à échanger ce bien infini qu'est la Présence de Dieu.

Et quand ce bien est vraiment échangé entre les Hommes, quand ils sont unis par des liens de lumière et d'Amour qui émanent de la Présence divine, l'Eglise est constituée. L'Eglise qui est le Corps du Christ, qui est son achèvement et qui lui confère sa plénitude.

Mais l'Eglise, vous le savez bien, elle ne peut pas être livrée à l'arbitraire et à l'anarchie ; l'Eglise, elle repose sur la mission des Apôtres qui sont envoyés par le Seigneur pour nous communiquer sa Présence. Et les Apôtres qui ont consommé leur vie mortelle, ils n'ont pas abandonné leurs fonctions dans leurs tombeaux ; leurs fonctions continuent à s'accomplir dans leurs successeurs, encore faut-il qu'il y en ait et, justement, cette journée qui est consacrée aux vocations sacerdotales, veut faire nous prendre conscience que la mission apostolique doit continuer, qu'elle doit durer jusqu'à la fin des temps, qu'elle doit être recueillie par des hommes qui se sentent comme les Apôtres, appelés par le Christ, pour engendrer l'humanité à la vie divine.

Et les successeurs des Apôtres ce sont les Evêques, ce sont les prêtres, qui, dont la vie paroissiale symbolise pour nous la présence de l'Eglise.

Si les prêtres venaient à manquer, il n'y aurait plus d'Eglise ; et s'il n'y avait plus d'Eglise, la Présence du Christ ne serait plus transmise pour devenir dans la Communauté humaine cette immense respiration de lumière et d'Amour.

Il faut des prêtres, et il faut susciter au cœur des enfants et des adolescents, il faut susciter cet amour du sacerdoce. Il faut que les enfants et les adolescents comprennent qu'il y a là une aventure prodigieuse à vivre et à courir, il y a une paternité qui est universelle et qui s'adresse à tous les hommes.

Vos enfants ont peut-être été touchés par cet appel de Dieu. Ne les empêchez pas d'y répondre ; et, bien sûr, si vous devez jamais essayer de digérer par un enfant une vocation qui ne jaillira pas, qui ne jaillirait pas de son intimité, gardez-vous aussi avec le plus grand soin de vous opposer à un appel qui semble naître, mettez y tous vos soins à le développer, c'est à dire à y fournir les conditions favorables à son épanouissement.

Il faut des prêtres, il en faut de plus en plus, étant donné les besoins du monde et les spécialisations qu'il requiert, il faut des prêtres, il faut aussi des moines, car si nous portons en nous le trésor de la vie divine, la plupart du temps nous n'y pensons pas et nous n'en vivons pas. C'est là notre malheur et notre infortune, de porter tout le Ciel dans notre âme et de ne pas le savoir, de pouvoir échanger entre nous un bien proprement infini et de n'en être pas conscient.

Les Monastères constituent des Communautés où la fin dernière de l'homme est aussi la fin première de la Communauté, où on vit pour Dieu, en fonction de Dieu, où on respire Dieu, où on accumule les lumières de sa Présence pour la communiquer au monde. Rien n'est plus précieux que les Monastères qui vivent leur vocation et qui constituent des sacrements collectifs de la Présence infinie.

Si au cœur de vos enfants ou de vos jeunes filles, s'éveille une vocation monastique, considérez-la comme une grâce immense, parce que sans les Monastères, la vie divine se ralentirait, la flamme de la Foi et de l'Amour s'affaibliraient et la vie sacerdotale elle-même anémiée, ne pourrait pas donner tous ses fruits.

Enfin, il reste à préparer à ses racines l'intelligence humaine à la rencontre de Dieu, car les délibérations importent surtout par l'orientation qu'elles donnent à l'esprit qui a été justement, pour orienter l'enfant et l'adolescent vers cette rencontre avec le Dieu vivant, caché au plus intime de nous, que de très nombreuses Congrégations ont surgi, consacrées à l'éducation des enfants et des adolescents.

Et encore, si une, des vocations s’engagent, s’éveillent au cœur de vos enfants, mettez tout votre soin à lui permettre d'éclore et de grandir. Enfin, parce que le, le Royaume de Dieu s'étend à nous jusqu'à nos corps, - car nos corps, eux aussi, sont appelés à s'éterniser et à vivre, dès aujourd'hui, de la vie de Dieu puisque nous sommes les membres de Jésus Christ - il faut assurer à ces corps leur dignité, leur grandeur, leur équilibre, mais aussi leur santé, il faut conjurer en eux la maladie, il faut déceler, éliminer tous les désordres mentaux et c'est pourquoi, comme une dernière instance d'amour, l'Eglise a vu surgir des Congrégations innombrables consacrées aux soins des malades, consacrées au salut des corps, qui sont les temples de Dieu et dont l'équilibre est indispensable au développement harmonieux de la vie divine en nous.

                Ce tour d'horizon des vocations religieuses doit nous faire prendre conscience de la collaboration que nous avons : nous avons Dieu à donner à l'éclosion de tous les appels de Dieu dans toutes les âmes qui ont appelé à pas être touchées, collaboration spirituelle, collaboration par la prière, collaboration matérielle et pécuniaire, collaboration éducative, enfin intérêt passionné qui doit s'éveiller en nous pour l'éclosion de toutes les collaborations à la vie divine dans le monde.

Mais finalement, nous avons à nous souvenir que nous avons, nous aussi, nous tous, la même mission qui est de témoigner du Christ et de communiquer sa Présence.

Et à ce propos, je vais vous raconter une très belle histoire : " J'ai eu l'occasion de rencontrer sur un plan d'amitié, cet admirable couple des Van der Meer qui étaient des hollandais communistes, venus à Paris au début du siècle, qui ont eu la chance d'y rencontrer Léon Bloy, et qui se sont convertis du fond du cœur à l'Amour du Christ ; comme me le disait Pierre Van der Meer : " Je n'ai jamais rencontré un homme qui aimait Dieu autant que Léon Bloy. "

Les Van der Meer s'étant convertis, ont assis, établi leur foyer sur le Règne de Jésus-Christ. Ils ont eu deux enfants : un garçon et une fille, qui, tous les deux, ont embrassé la vie monastique dans l'Ordre de saint Benoit. Le fils Van der Meer, devenu moine et prêtre, a été de bonne heure frappé d'une maladie qui devait l'enlever précocement.

               Après la mort de leur fils, le couple Van der Meer a décidé à son tour d'embrasser la vie monastique. Le mari et la femme sont entrés dans l'Ordre de saint Benoit : le fils dans le même monastère et le père dans le même monastère que son fils pour le remplacer, sa femme dans un monastère français de saint Paul de Wisques, et au moment où la femme devait prononcer ses derniers voeux, elle tomba malade très gravement et dut quitter le couvent et son mari également, car cela a été et c’est encore la règle canonique que les époux ne peuvent aller au couvent que si ils y vont ensemble, bien sûr chacun de son côté.

Pierre Van der Meer dut donc quitter le couvent où il était entré, et reprendre la vie conjugale ; et il me dit à cette occasion ce mot admirable : " Je n'ai jamais si bien compris la sainteté du sacrement du mariage que lorsque j'ai dû quitter le couvent pour rejoindre ma femme. "

Et revenu au tiers-ordre, il la soigna jusqu'à sa mort ; elle mourut à son tour, et il regagna son couvent où il est ordonné prêtre aux environs de Noël, il y a trois ou quatre ans, ayant la joie de célébrer sa première messe dans l'Abbaye toute proche où sa fille est bénédictine. A l'Abbaye bénédictine d'Oosterhout, le 22 décembre 1956.

Vous l'avez senti, cette synthèse admirable dans la vie d'un couple profondément chrétien, entre la vocation du mariage qui est des plus saintes qui soient, et la vocation monastique et sacerdotale.

Eh bien ! Gardons le sens de cette synthèse et demandons à Dieu, tous ensemble, de faire de notre vie, une vie apostolique où nous ayons de plus en plus le sentiment et la conviction profonde que nous sommes chargés tous, de vivre la vie de Jésus-Christ, et de la communiquer aux autres, sans rien dire, en la vivant avec une telle intensité, un tel enthousiasme et une telle joie, que les autres en nous rencontrant respirent la Présence et l'Amour de Jésus.

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