Chez les Religieuses de Saint-Augustin, à  Saint-Maurice, dans le Valais, en 1953.

 

Si un enfant pouvait choisir ses parents, comment les choisirait-il ? II est clair que si un enfant pouvait choisir ses parents, il les choisirait parfaits. Le désir de tout enfant, c'est que ses parents soient parfaits, et il y a une espèce de grâce d'aveuglement qui est donnée aux enfants, du fait qu'ils s'attachent à leurs parents, malgré leurs défauts et qu'ils n'acceptent pas que leurs parents soient autre chose, que ce qu'ils paraissent être devant eux.

Or, quand on entend les confessions de gens mariés, on voit bien que la plupart ne vivent pas dans la sainteté. Leur vie est difficile. Ils ne peuvent pas avoir autant d'enfants qu'ils le voudraient. En fait, la plupart des gens mariés sont mal à l'aise, ils vivent douloureusement, mais les enfants ne savent rien de toute cette vie conjugale et n'imaginent pas que les parents aient entre eux une vie qui leur échappe.

Et c'est tellement vrai que des enfants, devenus adultes, voient toujours leurs parents dans une sorte de lumière sacrée qui appelle le respect et la reconnaissance. 

Et pourtant, la plupart des parents n'ont pas donné la vie à leurs enfants pour des motifs nobles et magnifiques. La plupart des hommes et des femmes ont des enfants, parce que l'instinct joue entre eux. Il est bien rare que des époux sachent le moment où une vie va venir, où un enfant est conçu et commence à exister, parce que tout se fait avec cet attrait de la chair, et justement par des voies par lesquelles l'enfant ne voudrait pas naître.

Aucun enfant ne voudrait naître de l'instinct, du désir de la chair et du plaisir qui y est attaché. Tous les enfants voudraient naître d'un amour qui s'adresse à eux. Ils voudraient être appelés par leur nom avant même d'exister. Ils voudraient que ce soit pour eux que leurs parents aient posé l'acte qui donne la vie.

II y a donc une immense distance, la plupart du temps, entre l'image que l'enfant se fait de ses parents et l'acte qui lui a donné la vie. Et pourtant, les parents, quelle que soit leur médiocrité, les parents, même s'ils ont été sensuels dans leur amour, il y a un moment où ils s'émeuvent devant leur petit enfant, où le sommeil de leur petit enfant les bouleverse d'admiration. Les parents voudraient être aussi saints qu'ils en ont le désir à cette heure, devant cette âme remise entre leurs mains.

Ils sentent bien que leur enfant exige la sainteté d'eux, ils sentent bien qu'ils seraient père et mère si leur enfant pouvait trouver en eux uniquement la lumière de la générosité, de la bonté. Mais ils n'y ont pas pensé - et c'est là le drame.

Entre l'éveil de l'amour, entre cet appel confus, mystérieux, violent, passionné, et le petit enfant qui est pourtant l'aboutissement de cet appel, ils ne voient pas très bien le rapport. Ils ont cru que leur amour, c'était leur extase, et l'enfant est venu presque malgré eux ; et quand ils voient l'enfant, ils commencent à comprendre que tout ce cheminement était tourné vers lui. Toute leur vie aurait été changée, s'ils avaient pu comprendre cela avant, parce qu'ils auraient été sanctifiés en regardant leur petit enfant.

A tous les fiancés qui viennent se présenter pour leur mariage, je dis : " Si les enfants pouvaient choisir leurs parents, comment les choisiraient-ils ? "Ils accueillent avec étonnement, mais sans s'en blesser, cette question. Ils ont l'impression que c'est là la question et que c'est la seule question qui peut réussir à élever leur amour vers quelque chose de beau.

Lorsque nous lisons dans saint Jean : " Tout ce qui est dans le monde est concupiscence des yeux et orgueil de la vie "(Cf. 1 Jn. 2, 16), on peut se demander si saint Jean n'est pas trop sévère. Mais lorsque nous constatons cette formidable convoitise à laquelle le monde est livré - et nous-mêmes en sommes touchés - il faut tout de même que ce diagnostic soit fait, avec une immense charité et une immense compassion, parce que l'immense majorité des jeunes gens et des jeunes filles qui suivent leur instinct ne savent pas que le petit enfant est au bout. S'ils le voyaient, si son visage était déjà inscrit dans leur cœur, tout serait changé, parce qu'il serait l'ange gardien de leur amour et qu'il les accompagnerait dans chaque joie, dans chaque parole, et que leur amour prendrait la figure du don que chaque enfant voudrait trouver dans ses parents.

Dans l'ordre de la pureté comme dons tous les ordres, le bien est une présence. Dans tous les appels de l'instinct, il y a un vertige, et l'homme ne sait pas ce que contient ce vertige. II sent seulement cet appel formidable, ce trouble, cette promesse qui semble lui mettre le bonheur à portée de la main. Mais il ne sait pas, au fond, vers quoi il est appelé, il ne se doute pas qu'il y a au fond de cette puissance une Présence infinie.

Et ce qui est vrai pour la pureté est vrai pour les autres concupiscences. Voyez saint François d'Assise, quand il est le fils du drapier d'Assise : il est d'une vanité infinie. Ce qui le tente, lui, ce n'est pas la chair, mais c'est la parade, c'est de montrer la richesse de son père, d'éblouir les gens en jetant l'argent à poignées, de donner des fêtes ébouriffantes. II ne sait pas vers quoi il va. Il a ce désir de montrer quelqu'un qui est très grand et que, tout bourgeois qu'il est, il peut vivre comme un seigneur. Il ne sait pas qu'au fond de cette grandeur, il y a une Présence. C'est pourquoi il s'en ira à la guerre, croyant que c'est sur les champs de bataille qu'il pourra montrer ce dont il est capable et devenir une puissance ayant le droit de choisir la plus belle princesse du monde comme épouse.

Mais quand il va être retourné dans la vision de Spolète, il comprendra que la grandeur, c'est de montrer en lui la puissance de la Présence infinie de Dieu, et qu'il est appelé à cette mission merveilleuse de chanter sur toutes les routes de la terre la présence de Jésus en laissant luire à travers son visage, le visage du premier amour.

                Là encore, son désir d'éblouir cache quelque chose de très grand qu'il fallait dégager et qui ne pouvait mûrir que dans la rencontre avec le Seigneur.

Et l'orgueil de la vie, ce besoin de dominer ? Car enfin, celui qui veut être reconnu comme grand, il peut désirer aboutir un jour ! La plupart du temps, ce qu'il fera, c'est dominer, conduire les autres et, comme Charlemagne, être partout présent, régler la vie de ses sujets d'un bout à l'autre de son empire. II était partout et il avait le sentiment admirable d'être une espèce de divinité qui soutient le monde et le conduit à son destin.

Ce goût du pouvoir est si profond chez l'homme qu'il s'exprime même chez les humbles. On voit parfois dans les autobus des contrôleurs qui refusent de laisser monter une personne parce que l'autobus est plein et qui, trois secondes plus tard, laisseront monter trois personnes parce que cela leur chante.

Ce goût du pouvoir infiniment répandu et qui se traduit dans l'orgueil de la vie aboutira finalement, si Dieu y entre, à cette consécration qui fait les apôtres.

L'apôtre saint Paul, qui a un tempérament d'empereur, qui est fait pour dominer, pour conduire, qui éteint tous ceux qui ne sont pas de son rang - rappelez-vous comment Barnabé a disparu : c'est Barnabé qui est allé le chercher à Tarse pour le ramener à Antioche, et puis Barnabé disparaît, parce que Paul est beaucoup plus grand et qu'il se suffit à lui-même. Il a un tempérament absolument insupportable. S'il n'était pas un saint, il deviendrait invivable, mais il deviendra de plus en plus saint et il disparaîtra.

Lorsqu'il est captif et que des faux frères viennent sur ses brisées propager l'Evangile simplement pour le rendre jaloux - il sait bien qu'il y a partout des menées de ce parti redoutable qui lui en veut d'être l'apôtre des païens, il sait bien qu'ils sont à Rome et qu'ils font aussi du prosélytisme, non pas tant par amour du Christ - eh bien ! pour Paul, qu'importe ! Pourvu que le Christ soit annoncé, c'est bien. Il est entièrement dominé, et cette domination, c'est la domination du Christ. Il ne demande qu'une chose : que le Christ soit annoncé - et s'il disparaît, tant mieux, parce qu'il ne désire plus que le Règne de Jésus-Christ : on voit bien qu'avec ce tempérament, s'il n'avait pas été tourné vers l'Amour, il aurait été un despote.

La concupiscence de la chair liée à l'orgueil de la vie contient finalement un appel extrêmement profond à la vie, à la création, un appel à la grandeur, un appel à la fécondité, à l'action et à l'influence. Et ce ne sont pas choses qu'il faille tuer.

Celui qui se sent le tempérament d'un chef - plût au ciel qu'il y en eût beaucoup, nous soupirons aujourd'hui après les hommes qui soient capables de voir et de vouloir, et il n'y en a pas ! - ne doit pas étouffer ce don, mais le faire grandir.

La femme qui désire se faire voir, qui ne peut pas passer inaperçue, l'homme qui désire être admiré, qui a besoin que sa vie marque, qui se dit qu'après tout s'il existe, il est impossible que son passage dans l'existence soit indifférent, a raison et, s'il va jusqu'au bout de cette conviction, il trouvera la sainteté, exactement comme l'homme et la femme, s'ils pensent qu'au bout de leur amour il y a le petit enfant, seront sanctifiés par ce petit.

Il ne s'agit pas de dire du mal des passions, il s'agit de comprendre qu'au fond des passions, il y a déjà le signe de la vertu. C'est une chose magnifique d'être appelé à donner la vie et à créer un petit enfant. C'est une chose magnifique d'être appelé à la grandeur, et c'est une chose splendide que de pouvoir rassembler les hommes dans une oeuvre immense et de pouvoir les conduire à la réalisation de ce qu'il y a de meilleur en eux.

Il ne s'agit pas de s'opposer à nos passions comme à des choses condamnables. Il s'agit de les mettre au jour, de les comprendre dans la lumière de Dieu.

Et c'est pourquoi il faut partir finalement de cette présence de Dieu au plus intime de nous-même. Je disais hier que l'homme ne peut se trouver qu'en lui-même ou en Dieu. S'il est en lui-même, alors ses passions, il sera incapable de les contrôler. Il ne pourra que se laisser emporter par ces tyrans obscurs, violents et destructeurs. Il ne pourra rien, et plus il aura de tempérament, plus il sera dominé par ses passions, s'il est seul en face de lui-même, s'il n'a pas trouvé Dieu.

S'il a trouvé Dieu, toutes ses passions vont s'enraciner dans l'amour de Dieu.Elles vont prendre un visage, elles seront autant d'appels à la sainteté. S'il est impossible de demander à l'homme qui n'a pas rencontré Dieu de dominer ses passions, parce qu'il ne le peut pas, s'il est injuste de l'accuser parce qu'il n'aurait pas eu le bonheur de trouver Dieu, il faut aussi que celui qui a trouvé Dieu commence par exposer ses passions à la lumière de Dieu, qu'il les regarde dans la clarté de Dieu, qu'il en obtienne, en Dieu, l'accomplissement et la plénitude, car toutes ces forces qui sont en nous, elles viennent de Dieu. Elles sont le premier signe d'une vocation divine, et il n'y a rien en nous qui doive mourir de ce que Dieu y a mis.

Toutes ces puissances d'aimer que vous portez en vous, toutes ces puissances de maternité que vous avez reçues comme toutes les femmes du monde, il ne s'agit pas du tout de les refouler, de les mépriser. Si vous avez été appelées au service de Dieu, à ce mariage d'amour, ce n'est pas pour que ces puissances de tendresse et de création meurent en vous, mais pour qu'elles se développent dans une maternité divine, pour que vous soyez ces mères parfaites que chaque enfant voudrait trouver dans son foyer, pour réaliser la vocation de la femme dans ce qu'elle a de plus sacré et à l'imitation de la Vierge Marie.

Cet instinct créateur, il était en vous, il y est caché, il doit y être. II ne s'agit pas de mutiler cette puissance créatrice, mais de la réaliser à l'infini, au niveau du Cœur de Dieu.

Le petit enfant dont la promesse est en vous, en chaque être humain, c'est l'Enfant-Dieu, parce qu'en chaque enfant ce qui fait qu'il est sacré, c'est qu'il est le sanctuaire de Dieu, que chaque enfant, c'est une incarnation de Dieu.

II y a, dans votre maternité spirituelle, la consécration de toute maternité humaine et il y a un accueil à tous les enfants du monde pour qu'ils trouvent à travers vous le visage de Dieu et la lumière de son amour.

Les convoitises si sévèrement analysées par saint Jean et par saint Paul peuvent donc s'illuminer, et s'illuminer dans la lumière de Jésus-Christ, parce que toutes ces forces, dans la lumière du Christ, deviennent des forces de vie, des forces éternelles, des forces infinies.

Et toutes nos convoitises, justement parce qu'elles tendent vers la grandeur, nous rappellent qu'être chrétien, c'est être grand, c'est être enfant de Dieu, c'est porter Dieu, c'est être le prolongement de l'Incarnation et que, par conséquent, le chrétien a une tâche immense. Il doit vraiment porter le monde et l'Eglise, parce qu'en lui Dieu demeure et qu'il est chargé de le communiquer.

Il ne s'agit donc pas pour nous de renoncer à la grandeur, de renoncer à l'influence, de renoncer aux dons, aux talents, mais de les faire fructifier au maximum pour le Règne de Jésus.

Saint Benoît donne ce conseil admirable : " Brisez contre le Christ toutes vos tentations ". Cela veut dire finalement : en toutes vos tentations, remettez-vous aux mains de Jésus afin qu'il en débrouille l'écheveau, qu'il fasse mûrir ce qui est capable de vivre et qu'il émonde les branches mortes.

Il s'agit donc à chaque instant de retrouver la Présence divine, de retrouver le visage de Dieu, de reprendre contact avec le Seigneur, non pas tellement de combattre nos passions, mais de les survoler afin de retrouver le visage de Jésus, afin qu'il nous illumine et que chacune de nos passions serve comme une force au service de son amour.

                Je crois que rien n'est plus dangereux que de se combattre soi-même parce que, finalement, lorsque vous êtes crispées contre vous-mêmes, d'abord vous êtes tournées vers vous-mêmes, vous ne cessez pas de vous regarder, et puis vous allez à contre-courant. Vous comprimez les forces, mais vous ne les ordonnez pas.

La seule chose qui puisse nous délivrer, c'est d'abord de regarder le Christ, de regarder la Présence divine, de faire crédit à la tendresse de Dieu et d'attendre, en nous survolant nous-même, d'attendre que la lumière descende et que la tempête s'apaise.

Il est clair que si dans la tempête vous pouvez vous tenir sur le rivage, vous êtes à l'abri. Il est clair que si vous pouvez tenir solidement dans la tempête le gouvernail de votre raison au lieu de vous jeter dans la tempête, il est clair que si vous pouvez vous tenir tranquilles dans la main de Dieu, toute la tempête finira par s'apaiser et il se fera un grand calme. Il s'agit beaucoup moins de se combattre que de s'ouvrir.

Au fond de tous nos débats, il y a Quelqu'un, il y a une présence qui est la présence de Dieu, il y a un visage qui est le visage de l'éternel Amour, et c'est cela qu'il s'agit de retrouver.

Pourquoi la vanité de saint François est-elle nuisible ? C'est parce qu'elle l'extériorisait et qu'elle voilait le visage qui voulait se révéler à travers lui. Quand saint François a compris cela, il jubile parce qu'il sait qu'il est l'ostensoir de Jésus et que toute sa grandeur, c'est de montrer le visage de l'Amour. C'est parce qu'il y avait Quelqu'un qui voulait se révéler que sa vanité était un mal. Maintenant, il a réalisé sa soif de grandeur en s'enfonçant dans la grandeur.

Dans l'impureté, qu'est-ce qu'il y a de terrible ? C'est que l'impureté empêche de voir le visage qui est derrière le petit enfant, et qui est finalement Jésus-Christ. Toutes les fibres de notre coeur sont consacrées par la présence de Jésus. Notre corps lui-même devient infini, parce qu'il devient le Corps du Christ.

Et si la tyrannie est horrible, si le despotisme est monstrueux, c'est qu'ils voilent finalement dans l'homme, en le traitant comme une chose, ils voilent le trésor que chacun porte en soi et qui est la présence de Dieu.

Le mal, c'est justement l'absence de Dieu, c'est le voile jeté sur la lumière de son Christ et qui empêche la vie du Christ de circuler en nous. Le bien, c'est la libre circulation de Dieu, c'est sa Présence qui se communique, qui devient la respiration de tout nous-même.

Nous ne sommes donc pas sous une loi qui nous prescrive tel ou tel acte, il n'y a plus pour nous de commandements, il n'y a plus pour nous de lois, il n'y a qu'une seule réalité : la vie, la présence du Christ qui nous est confiée et qui veut vivre dans notre coeur, dans notre esprit, dans notre tendresse, dans nos amitiés, dans tous nos gestes humains, pour que l'Incarnation se poursuive à travers nous et que le monde respire la tendresse de Dieu.

Tout se simplifie, tout se simplifie admirablement, lorsque tout se réduit à un visage. Vous voyez le symbole admirable de la sixième station du Chemin de croix : Véronique tendant son voile vers le visage du Seigneur et voulant restituer à ce visage toute sa beauté.

                Le sens de la vie chrétienne et de l'effort du chrétien, c'est de dégager, de rendre toute sa beauté en lui et dans les autres au visage de Jésus. C'est à cela qu'il faut réduire le dialogue de notre vie intérieure. Il ne s'agit pas d'éplucher ses actions. Il s'agit de nous remettre devant une Présence, de nous perdre dans un dialogue en nous accomplissant et de sentir toujours plus profondément que la vie de Dieu est remise entre nos mains. C'est cela la grande et suprême pureté : c'est de s'attacher à cette vie confiée à notre amour pour l'exprimer à travers notre conduite.

Jamais nous n'en sortirons. Si vous essayez de cultiver en vous l'humilité, la charité ou le silence, vous avez dispersé vos efforts et vous risquerez de sombrer dans le pharisaïsme ou de monter en épingle vos petites vertus. Mais si vous voyez qu'il ne s'agit que d'une seule chose, de la vie de Dieu, de la présence et de la personne du Christ comme un vivant, mais dont justement la plénitude de vie ne peut s'affirmer qu'à travers nous, c'est tout autre chose.

Il est clair que si on me donne la dernière place à table, je l'accepterai difficilement en regardant l'âge de l'autre, en quelle année elle est entrée dans la congrégation. Mais si je me dis :   " Je suis en présence du Christ, or il a choisi la dernière place, c'est bien ", je suis de nouveau en face de Celui qui est ma vie, ma vie ne compte plus, je m'efface et les autres s'effacent, il n'y a plus que Lui. Il s'agit de savoir si c'est lui qui aura la première place, et c'est le seul problème.

Celui qui vit en face de son corps, s'il voit un petit enfant et, à travers ce petit enfant, s'il voit la présence du Christ, tout s'apaise, tout devient beau, et il comprend que ces forces sont un appel à la sainteté.

                Celui qui voudrait avoir le premier rang, qui voudrait prendre la tête de la communauté et qui se demande : " De quoi s'agit-il ?" : il s'agit de donner aux autres le Christ. Alors, qu'importe que je sois ici ou là. ! La seule chose que j'ai à faire, c'est de vivre cette Présence et, si j'en vis, les autres la sentiront.

Ramenons tout le problème à cet unique retour à la présence du Christ : " Vous êtes là, Seigneur ? "- Cela suffit. " Vous êtes tout proche, Seigneur ? "- Il n'en faut pas davantage. Combien d'âmes s'épuisent à poursuivre la perfection à travers des méthodes savantes où elles s'analysent à perte de vue ! Combien se désespèrent pour les fautes passées, se demandant si elles sont pardonnées ! et qui ne voient pas que le mal, c'est le blocage où l'on s'enferme en soi, où l'on devient opaque ; et quand le mur craque, quand l'âme s'ouvre, il n'y a plus de péché, parce que le péché, c'est nous en état de refus, comme le bien, c'est nous en état d'acceptation.

Nous sommes appelés à ce cœur avec le Seigneur où tout notre être doit entrer et auquel nos passions elles-mêmes doivent concourir. Pour nous atteindre nous-mêmes, pour nous réaliser nous-mêmes, il faut prendre une distance infinie qui est la distance de Dieu, parce que, entre nous et nous-même, la seule manière de nous atteindre, c'est la présence divine. La seule manière de joindre les autres, c'est la Présence divine. La seule manière d'entrer dans le mystère de l'univers, c'est la Présence divine. On est au coeur du véritable univers, quand on est caché dans la présence de Dieu qui nous met tout près de nous-même.

                C'est par Dieu qu'il faut passer pour reconnaître la grandeur de la vie que chacun porte non seulement dans son esprit, mais dans son coeur. Chacun de nous porte la vie et la présence de Jésus-Christ. Nous sommes tellement grands dans notre coeur et dans notre esprit que nous ne pouvons nous atteindre qu'en passant par le Cœur de Dieu et que notre vie est un mystère caché et enraciné au coeur de la très Sainte Trinité.

Nous voulons retenir de cela une seule chose : il y a un visage, un visage en nous, imprimé dans notre coeur et qui est notre seul Orient. C'est vers ce visage que notre vie va converger. C'est à ce visage que nous devons revenir. C'est en nous cachant dans la lumière de ce visage que nous atteindrons à cette immense grandeur à laquellenous sommes appeléset qui est, justement, par toutes les fibres de notre coeur comme par toutes les puissances de notre âme, de laisser reluire ce visage de l'éternel Amour, après lequel toute la terre soupire.

 

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