Au Caire, le 5 juin 1962, à Ste Marie de la Paix.

 

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte, malgré un léger bruit de fond...

 

La plus grande difficulté pour l'être humain est de trancher son cordon ombilical, de sortir vraiment du sein de la mère, de toutes les mères. La genitrix, la mère absorbante est devenue un type littéraire et psychologique. Il est fréquemment réciproque d'ailleurs. La mère veut posséder son fils. Le fils colle à sa mère et on trouve un jour de l'arsenic dans le repas du petit-fils dont la seule existence consacre le triomphe de la femme rivale qui lui a volé son fils.         

 

Au-delà de la mère physique, la genitrix, c'est l'espèce. S'il est vrai que chaque spermatozoïde, chaque ovule tient un univers en suspens où notre grandeur pourrait s'affirmer, la plupart des individus en subissent le vertige et se laissent mener aveuglément par le même élan qui fait pulluler, dans l'arbre de vie, les végétaux et les animaux. L'évolution, dont nous devions prendre la relève, l'évolution reste non humaine et deviendra aisément inhumaine. Othello tue Desdémone, Othello tue Desdémone qui croit avoir échappé à sa possession, comme des femmes tuent leur amant pour la même raison.                

 

            La genitrix, c'est aussi la société, le milieu familial, professionnel, politique, où l'homme trouve la première image de lui-même et où il cherche à faire reconnaître sa valeur. Esclave de son ambition, Lady Macbeth parvient au trône par l'assassinat, comme les tortionnaires inventent des supplices, comme les plastiqueurs font tout sauter pour imposer des structures avec lesquelles ils sont passionnément identifiés et par lesquelles ils se laissent inconsciemment porter.  

                La genitrix, c'est encore l'inconscient infantile qui nous englue dans notre première enfance, l'inconscient collectif du groupe, des classes, des peuples, des coutumes, des cultures et des religions, l'inconscient archétypique, on peut dire aussi engrammatique, où les phénomènes naturels se traduisent partout dans les mêmes mythes, dans les mêmes images motrices qui ont sur nous infiniment plus d'empire que les idées.

La génitrix, c'est plus profondément encore, le chaos primitif, que l'univers n'a peut-être jamais été, mais qui existe en nous, qui existe en nous, en effet, comme l'appétit d'un tout informe où s'exprime notre capacité de tout devenir dans la haine de toute forme particulière, éprouvée comme une limite, dans une volonté furieuse de tout détruire, voire de tout bafouer ou de tout inverser que l'on perçoit à certains moments, entre autres chez Lautréamont, André Gide, Montherlant, André Breton pour ne citer que les exemples littéraires avec le résultat souvent, que le non-conformisme engendre un nouveau conformisme, l'émancipation, une nouvelle mancipation, c’est à dire une nouvelle servitude.

La génitrix, enfin, c'est notre unicité réflexe, notre unicité qui se donne en spectacle à elle-même, notre unicité rivée à soi, alors qu'elle résulte d'une sélection où nous ne sommes pour rien qui est d'ailleurs très improbable, très improbable, comme disent les mathématiciens, puisque, sur quelques trillions de spermatozoïdes qui auraient pu féconder l'ovule dont nous sommes nés, un seul a été actif et a déterminé notre hérédité physique et psychique en même temps que nos liens avec un moment de l'univers et de l'Histoire.

C'est cette unicité singulière qui est le dernier réduit de la génitrix et auquel nous sommes liés par le cordon ombilical le plus résistant. Aussi bien, notre vie psychique aboutit-elle presque toujours, si elle en est parfois distraite, à un faux dialogue avec ce moi qui est toujours déjà là et dont nous ne sommes aucunement l'origine, un faux dialogue qui est la pire captivité puisque nous y adhérons pratiquement comme au centre de nous-même, comme à l'ultime référence, comme au ressort dernier de toutes nos décisions et de tous nos jugements, dans un narcissisme tour à tour exalté ou désespéré, selon que sa volonté de valoir éprouve le succès ou l'échec, alors qu'il s'agit manifestement d'un moi préfabriqué, d'un moi-résultat que nous ne pouvons ni saisir, ni définir, ni comprendre, ni prévoir et qui, généralement, ne s'améliore pas avec l'âge.

Vers ce moi auquel nous offrons un hommage tautologique de lui-même à lui-même, devant lequel nous paradons et dont nous tentons désespérément de naître, pour le retrouver toujours pareil, vers ce moi, il n'y pas de chemin : nous sommes dedans, il nous envahit.

Le problème d'un chemin vers soi n'a de sens que si un autre moi peut, peut surgir, un autre moi dont nous soyons vraiment l'origine et qui justifie l'emploi du pronom personnel. C'est ici que se situe, dans l'itinéraire que je vis, la seule expérience de Dieu auquel je puisse attacher un sens réel. Si le monde a été créé par Dieu, c'est une question qui, pour moi, sous cette forme vague, n'a pas de sens.

Tant que je ne suis pas, tant que je suis une chose dans un univers que je subis, je ne puis que répéter les mots de la tribu ou les contredire, ce qui revient au même. Le monde, en effet, est finalement aussi opaque que moi-même et je ne peux saisir, comprendre, définir et donner un sens au monde plus qu'à moi-même.

Parler de Dieu dans ces conditions, c'est nécessairement se référer à une idole liée à cet univers dont je suis le produit et donner une pseudo-consécration à toutes mes dépendances qui aboutira vite à une rivalité avec ce, avec ce maître du monde, qui dispose de moi en disposant de tout, d'où la tragique opposition d'un monde nominalement chrétien, et qui ne l'est pas réellement, avec l'athéisme de Marx, qui s'oppose précisément à cette idole.

C'est pourquoi il ne faut se lasser de dire : Dieu ne peut être connu que dans la mesure où je deviens capable de me connaître. C'est exactement la pensée de saint Augustin dans les Soliloques : Noverim Me, Noverim Te, Que je me connaisse et que je te connaisse !

Lanza del Vasto nous offre ici cette grande image : le joyau. Le joyau est le point où s'abolit l'opposition de la matière à la lumière. La matière reçoit, dans le joyau, la matière reçoit la lumière jusqu'à son cœur et cesse de jeter une ombre. Le morceau de charbon que la magie du feu et la longue patience souterraine transforment en diamant, atteint, atteint à la limpidité d'une source et d'une étoile. C'est ainsi seulement que Dieu est vraiment rencontré dans une expérience libératrice quand notre cœur devient toute lumière en lui.

J'ai cité à satiété, à ce propo,s le 26ème chapitre du dixième livre des Confessions de saint Augustin : " Trop tard, je t'ai aimée, trop tard je t'ai aimée, Beauté toujours ancienne et toujours nouvelle. Trop tard je t'ai aimée. Et pourtant, tu étais dedans, mais moi dehors et, sans beauté, je me ruais vers ces beautés qui, sans toi, ne seraient pas. Tu étais toujours avec moi. C'est moi qui n'étais pas avec toi ." Impossible de ne pas sentir ici le passage du dehors au-dedans, l'éclosion et la naissance d'un nouveau moi dans un dialogue de générosité où notre générosité est suscitée, est comblée par une générosité infinie qui est l'espace où notre liberté respire et dans lequel nous demeurons merveilleusement suspendus.

C'est dans cette rencontre, dans ce dialogue de générosité que se noue une réciprocité nuptiale, évoquée par cet aphorisme, aphorisme inépuisable de Coventry Patmore : "All knowledge worthy of the name is nuptial knowledge" -" Toute connaissance digne de ce nom est une connaissance nuptiale. "

Vous sentez l’étendue magnifique, de ce propos : -" Toute connaissance digne de ce nom est une connaissance nuptiale. ". On ne peut en effet se connaître qu'en devenant vraiment soi-même et on ne peut devenir vraiment soi-même que dans un autre et pour lui. Selon le vieil adage, repris par Claudel : " Connaître, c'est naître. " Se connaître, c'est naître dans un autre et pour lui. Se connaître, c'est se dire dans un autre et pour lui. Alors, vous savez que c'est le sommet de l'amour humain qui se dépasse lui-même et s'ouvre sur un amour illimité qui est proprement infini. C'est le sommet de l'amour humain, précisément, de se dire dans un autre et pour lui, dans une existence qui surgit de la générosité même et où l'être devient tout entier lumière.

C'est dans ce dialogue, dans cette réciprocité nuptiale que l'on naît à soi, à la liberté, à la dignité, à l'immortalité, que l'on devient source, origine, ou créateur et bien commun, ferment de libération pour l'homme et pour l'univers dans une existence d'amour et de pauvreté, dans un monde oblatif où tout devient don, c’est-à-dire dans un monde où l'on passe constamment du donné au don.

Tout ce qui a été donné nous a été imposé. Pour que la réalité devienne nôtre, que nous la puissions assumer et en devenir responsable, pour qu'elle jaillisse de nous comme une réponse du plus intime de nous-même, il faut réaliser ce passage créateur du donné au don.

C'est dans ce monde oblatif, qu’évoque L'offrande lyrique de Tagore, de Tagore c'est dans ce monde oblatif que Dieu est un chemin vers nous comme l'anti-narcisse, l’anti-narcisse, comme l’anti-(.. ?..), comme l'anti-possession qui nous délivre du narcissisme et tranche définitivement le cordon ombilical qui menace constamment de nous asphyxier.

Il s'agit, donc d'une rencontre et non d'une explication. Il s'agit d'un devenir où tout notre être est engagé. Il s'agit, il s’agit de cette promotion à nous-même, de cette libération foncière qui aboutit à une existence de don où tout l'être est ennobli, où l'évolution s'achève dans un univers oblatif. Il y a donc un lien indissoluble entre la rencontre avec nous-même et la rencontre avec Dieu : c'est indissolublement la même rencontre pourvu, justement, qu'il soit question de ce Dieu-là, plus intime à nous-même que nous-même, qui nous ouvre la porte de notre intimité et dans lequel nous nous connaissons comme latéralement, lorsque nous cessons de nous regarder, puisque, pour se voir, il faut cesser de se regarder. Vous pouvez vous habiller de tout l’univers et vous mettre devant votre miroir. C’est zéro, zéro, zéro, tant que, justement, ce moi nouveau n’est pas né, qui assume toute réalité sans rien posséder pour aboutir à cette immense oblation.

J'ai dit souvent dans ce contexte - et je le redisais la semaine dernière - j'ai dit souvent dans ce contexte l'importance du monothéisme trinitaire, qui affirme en effet que Dieu, s'il est unique, n'est pas solitaire. Le cauchemar était précisément de se trouver, selon le langage de la tribu, de se trouver devant l'affirmation d'un Dieu solitaire, car un Dieu solitaire ne peut que gravir autour de lui-même, un Dieu solitaire ne peut que s'admirer, se louer, s'offrir à lui-même l'hommage de lui-même et il ne s'imposera au monde que sous la forme d'une énorme et colossale domination. Il prendra les traits de tous les despotismes et il apparaîtra finalement comme l'ennemi numéro un de la liberté, comme un rouleau compresseur sous lequel le monde est broyé.

Une divinité solitaire est une divinité impensable puisque elle se repaîtrait d'elle-même et que sa perfection n'aurait plus aucune espèce d'analogie avec celle dont nous pouvons rêver ou plutôt avec celle qui est pour nous le test, le test de la grandeur. Car nous ne reconnaissons la grandeur, là où l'être cesse de se regarder et de se repaître de lui-même et où il devient un immense espace où toute réalité est accueillie pour être promue à cette existence de don.

Le monothéisme trinitaire affirme, à l'encontre, que la divinité est Amour, que la vie divine est une circulation d'amour, que la vie divine est emportée éternellement par une pluralité relative, où il y a juste ce qu'il faut de distinction pour fonder une désappropriation totale. La divinité n'a prise sur son être qu'en le communiquant. La divinité ne se connaît que dans une éternelle naissance, que dans un regard vers l'Autre, dans une génération spirituelle, dans une fécondité d’amour infinie et toujours nouvelle et c'est sous cet aspect, comme je l’ai dit des milliers de fois, c’est sous cet aspect que saint François est devenu lui-même, que, il a rencontré précisément la divinité sous les traits de la Pauvreté.

Toute cette immense histoire, cette immense épopée de la Pauvreté que ne cessera d'éclairer l’histoire dans le Petit Pauvre d'Assise, toute cette Pauvreté est, justement, la découverte unique, faite avec une passion totale et magnifique, une passion libérée où tout l'être est comblé, la découverte d'une divinité qui ne peut plus être une limite, à l'égard de laquelle nous ne pouvons plus éprouver aucune dépendance juridique, qui nous appelle parce que, elle est absolument incapable de toute possession, à devenir ce qu'elle est, c'est-à-dire amour, générosité, dépouillement et don.

Vous vous rappelez comment Claudel en a eu l'intuition, qui était au point de départ de son itinéraire, lorsqu'il découvre précisément le Jour de Noël ce qu'il appellera ou plutôt ce qui s'impose à lui comme " l'enfance éternelle et l'innocence déchirante de Dieu. "

Tout le langage est empoisonné, tout le langage religieux est empoisonné par ces concepts juridiques de possession où Dieu apparaît comme un despote à l'échelle infinie qui se repaît de lui-même et laisse tomber sur nous quelques miettes, au prix d'un jugement effroyable où nous courons tous les risques et lui aucun.

Dans l'intuition de saint François, au contraire, qui est initiée au Cœur de l'Evangile, la divinité est libératrice. On ne la rencontre que dans une expérience libératrice. On ne la perçoit qu'en devenant soi, qu'en naissant à ce moi nouveau qui est un moi universel. Et on la reconnaît précisément à cela - c'est le test unique, unique, unique... c'est que, en face d'elle, on est libre... libre de soi, libre de tout parce qu'on ne colle plus à rien, parce qu'on devient, en se donnant soi-même, l'offrande de tout. C'est un autre Dieu, c’est un autre univers, c'est un autre homme. C'est cet univers qui est défini et pressenti par Bachelard dans ce mot magnifique : " Au commencement est la relation ", un monde justement où la catégorie essentielle est la relation, ce rapport à l'autre, ce regard vers l'autre, cette sortie de soi, cette naissance à soi dans un autre et pour lui.

Tout ce que l'on connaît, on le connaît par l'homme. Il n'y a rien qu'on puisse connaître qui ne relève d'une manière ou d'une autre d'une expérience humaine. Chacun peut faire parler de Dieu, attribuer à Dieu des paroles définitives et prétendre interpréter le cours de l'Histoire, en nouer le commencement et la fin et en parcourir tout l'intervalle en prétendant nous servir des renseignements issus de l'éternel et qui doivent lier à jamais notre intelligence et notre volonté.

Mais nous savons que il n'y a d'autre expérience qu'une expérience humaine, qui passe par l'homme, que l'homme, d'une certaine façon, devient et que le test unique d'une expérience de Dieu, c'est, précisément, qu'elle soit toujours immédiatement libératrice et qu'on se trouve toujours à travers elle devant ce visage toujours redécouvert au plus intime de soi, jamais connu, mais toujours adorablement reconnu.

C'est là le chemin vers soi et, encore une fois, c'est un seul et même moment, celui où on le rencontre, lui, l'AUTRE majuscule et où l'on se rencontre, en rencontrant d'ailleurs tout l'univers, cet univers qui commence d'exister alors, qui prend un tout autre visage, parce que c'est un univers qu'on renonce à posséder, à mettre dans sa poche et à exploiter : c'est un univers à travers lequel on dialogue, c’est un univers où l’on se confirme dans sa liberté, c’est un univers que l'on crée avec l'éternel Amour, puisque cet éternel amour ne peut se révéler, ne peut-être présent dans l'Histoire si nous ne fermons pas l'anneau d'or, l’anneau d’or des fiançailles éternelles.

Ce qui importe, en tous cas, ce soir, c'est de souligner l'importance du dialogue qui est ici, comme en tout amour, la condition d'un échange où l'unité respire. Dès qu'il n'y a plus de dialogue, j’entends de dialogue existentiel, de dialogue où tout l'être est engagé, dès qu'on cesse de s'échanger dans la lumière, il n'y a plus d'unité, il n'y a plus d'amour possible et c'est essentiellement vrai dans ce rapport avec nous-même qui est identiquement un rapport avec le Dieu intérieur à nous-même et qui est la clef de notre intimité, puisque des êtres humains peuvent, à la rigueur, se donner le change en remplissant le vide par des gestes ou par des mots, en se référant à des rubriques sociales, mais comment se tromper soi-même dans ses rapports avec l'Esprit ?

Dieu n'a pas de dehors et, si nous ne sommes pas dedans au sens augustinien, il nous sera absolument impossible de l'atteindre et nous n'aurons plus à faire qu'à l'idole.

C'est ce qui paraît justement si capital dans la liturgie, dans cette Cène du matin ou du soir, dans cette Sainte Cène qui veut rassembler toute l'humanité, toute l'Histoire et tout l'univers à la table d'un seul et même Amour. C'est ce qui me parait si magnifique et si inépuisable, cette occasion magnifique d'écouter et de devenir un espace et de se perdre silencieusement dans la Présence infinie car, si le dialogue ne se renouvelle pas, s'il ne se poursuit pas, si il n'est pas l'unique ligne de visée, si on ne s'efforce pas de le renouer à chaque instant, c'est le vieux moi qui ressurgit, le moi préfabriqué, le moi qui nous asphyxie, le moi qui est le cordon ombilical le plus résistant qui nous rive à toutes nos servitudes.

C'est le silence, ce silence plein de voix qui porte la vie, c’est ce silence qui est la respiration de l'homme et du monde et qui est aussi, d'une certaine manière, dans notre histoire, le berceau de Dieu. Chaque goutte de silence, a dit Palmer, un grand poète anglais, chaque goutte de silence est la chance d'un fruit mûr... Chaque goutte de silence est la chance d’un fruit mûr.

Mais ce fruit, ce n'est pas moins que le monde, l'homme et Dieu car tout se défait, tout se dé-crée, dès qu'on quitte le dialogue créateur et libérateur et c'est pourquoi si souvent, lorsque les hommes parlent de création, c'est de dé-création en réalité qu'ils parlent, d'un univers qui se défait, mais non pas d'un univers qui se crée.

Car le monde est en gestation. L'évolution n'a rien accompli jusqu'ici de définitif, puisque, elle n'a de sens que si elle reçoit le sceau de l'amour. Qu'on le conçoive comme on veut, comme on peut, si tout est chose, si tout est objet, si tout est en dehors, si tout est produit, si tout est subi, que nous importe l'Histoire où nous sommes nous-même victimes d'une fatalité ?

C'est aujourd'hui que le monde commence, c'est avec chacun de nous que l'Histoire s'accomplit, c'est à partir de chacun que l'on émerge du chaos primitif, si la réalité prend son sens et ne peut prendre son sens que dans l'offrande et dans, et dans l'amour.

Notre présence est donc absolument requise, à chaque instant, et notre présence est appelée à devenir, elle aussi, un présent, un cadeau. C'est le seul présent authentique : un cadeau, un don, une offrande. Et c'est là, finalement, la seule action, la seule action, celle d'une présence ouverte, celle d'une présence offerte, celle d'une présence transparente comme le joyau dont parle Lanza del Vasto, celle d'une présence où tout est lumière parce que il n'y a plus d'adhérence au moi préfabriqué, parce que tout est relation à cet Autre en qui nous devenons nous-même, parce que l'existence elle-même a pris figure de don.

Il s'agit donc de prendre congé du langage habituel et, comme le disait Péguy, il faut commencer à désapprendre pour apprendre enfin, pour poser les problèmes dans leur juste équilibre, pour devenir nous-même le problème, puisqu'il n'y a d'autres problèmes que ceux que nous devenons, comme il n'y a d'autres solutions que celles dans lesquelles nous mûrissons.

Et voilà, je pense, le, le chemin vers nous-même, brièvement évoqué, mais qui est, bien sûr, la découverte héroïque qui doit éclore de toute une vie, puisque il ne s'agit pas moins que de transmuter toutes les valeurs, de transfigurer tout le réel et de révéler l'être dans sa puissance de don puisque, pour nous comme pour Dieu, comme pour toute réalité, être, c'est aimer.

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