Le 21 janvier 1972, en l'Abbaye de Bellefontaine.

 

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte:

 

Jésus a inscrit dans l'histoire la plus formidable équation. Il l'a inscrite par son précieux sang cette équation qui consiste en ceci que, devant Dieu, l'homme = Dieu. Car enfin, c'est au prix de la vie de Dieu que se pèse dans les balances de son amour le destin de l'homme.

Si cela est vraiment le noyau le, le plus profond de l'Evangile, si c'est cela qui éclate dans la passion de notre Seigneur, on peut reprendre la suggestion d'un auteur du Moyen-Age commentant la parabole du maître qui, trouvant ses serviteurs vigilants, les met à table et les sert, cette suggestion, à savoir que Dieu s'est donné des dieux

En créant l'Esprit, en effet, en créant un monde-esprit, en créant un inviolable pour lui comme pour nous, Dieu a communiqué, en quelque sorte, au monde et à l'homme la divinité. Il a créé cette chose infiniment précieuse qui est d'appeler à nouer avec lui des relations nuptiales.

C'est  là, je crois, l'essentiel de l'Evangile, cette Révélation du don de Dieu car, si nous sommes à l'image de Dieu, c'est précisément à l'image de  la Trinité, c'est-à-dire que nous sommes appelés à entrer dans ce  personnalisme divin où la vie n'est pas subie, où la vie est reçue et  donnée, où la vie se transforme, tout au moins pour nous, peut se  transformer en un don totalement libre.

Cette équation, qui est au cœur de l'Evangile, qui en est le sommet,  cette équation qui nous permet de méditer sur la passion de notre  Seigneur comme sur la révélation la plus profonde de nous-même, cette équation, les disciples l'ont-ils comprise ?

Quand les disciples d'Emmaüs constatent, avec la plus profonde tristesse, qu'ils espéraient que Jésus de Nazareth délivrerait Israël et voilà maintenant le troisième jour depuis que ces choses se sont passées, évidemment, il ne semble pas qu'ils aient l'intuition de ce que signifiait la passion de notre Seigneur.

Mais Jésus lui-même, Jésus lui-même, a-t-il constamment à l'esprit cette issue tragique de son existence ? Nul doute, si nous reprenons les distinctions si opportunes et si profondes rappelées par le Père Mac Nab, nul doute que notre Seigneur dans l'intemporel connaissait parfaitement l'issue de sa vie.

Il avait prévu que l'époux leur serait enlevé, que le temps était court et qu'il fallait se livrer à la joie pendant que l'époux était présent mais, si nous nous plaçons au point de vue de sa connaissance expérimentale, cette connaissance qui est dans le temps et qui est sensible à l'événement, il se peut qu'il y ait eu, dans sa sensibilité, dans sa connaissance acquise, il se peut qu'il y ait eu des étapes, que il ait été, à certains moments, sensible au mouvement des foules et, en effet, on distingue souvent, dans la carrière publique de notre Seigneur, les premières phases où la foule répond avec enthousiasme et où Jésus peut, en quelque sorte, nourrir l'espoir, tout en sachant, encore une fois, dans sa science intemporelle, la consommation dernière de sa carrière, il peut nourrir l'espoir que ce peuple va répondre, qu'il va réaliser sa mission de peuple élu pour les autres en démissionnant de lui-même, en acceptant que le Royaume de Dieu soit au-dedans de nous.

Et puis, il y a un raidissement, il y a un refus qui est marqué, d'une  manière abrupte, dans le 6ème chapitre de saint Jean, lorsque la foule se débande, que elle résiste à une parole trop dure et on distingue souvent cette période comme une période où, les rapports se distendant entre Jésus et la foule, Jésus va s'appliquer bien plutôt à former ses disciples, en les éloignant des centres trop fréquentés pour les préparer à prendre la relève.

Au point de vue de la science acquise de notre Seigneur, nous sommes très peu informés, mais nous pouvons concevoir qu'il ait en effet appris, qu'il ait appris à lire, mettons qu'il ait appris à écrire, qu'il ait appris à parler la langue humaine, bien que il eût une science infuse qui lui permettait, sur un autre plan, d'aborder les hommes par une connaissance intuitive et immédiate. Enfin, il y a là toute une possibilité que les exégètes d'aujourd'hui, d'ailleurs, exploitent abondamment en cherchant les données psychologiques de la personne ou plutôt de l'humanité de Jésus et tout cela d'ailleurs est parfaitement, parfaitement com..., compatible avec les données et les exigences de la foi, si l'on garde dans son esprit précisément ces distinctions si fécondes que je rappelais hier soir.

De toutes manières, est-ce que nous pourrions, à partir de ce que les Evangiles que nous possédons, nous transmettent, est-ce que nous pourrions les résumer dans cette équation où l'homme devant Dieu et pour Dieu = Dieu ? Non. Ceci tient non pas aux paroles du Seigneur: ceci tient aux événements qu'il vit, ceci tient à son agonie, ceci tient à sa crucifixion. C'est, justement, dans ces événements qui n'ont pas pu être annoncés avec précision, c'est dans ces événements que nous tenons le sens dernier de l'Evangile.

Il est évident que notre Seigneur ne pouvait pas, au début de sa carrière, annoncer la croix comme le sens même du messianisme qui était chargé dans son peuple d'espérances tout à fait différentes. Notre Seigneur avait à entrer dans une problématique. Il avait à entrer dans une situation où il devait insérer sa mission en s'adaptant à cette situation, tout en la dépassant.

La vie de notre Seigneur est constamment en porte-à-faux par rapport aux espérances de son peuple et très particulièrement aux espérances de ses disciples. Ils attendent, de lui précisément, cette revanche qui s'impose dans ce pays occupé, occupé par des incirconcis qui font la loi dans les lieux saints. Ils attendent cette revanche qui doit manifester l'élection d'Israël par une manifestation toute-puissante du Dieu d'Israël.

Il serait donc tout à fait impensable que la mission de notre Seigneur commençât par l'annonce de cet échec où la puissance de Dieu semblerait être complètement défaite et où le salut sera apporté par la mort. C'est là un paradoxe, une contradiction qui apparaîtrait immédiatement comme intolérable et qui ne lui aurait pas donné un seul disciple.

Il fallait donc que, il s'insérât dans une espérance qu'il devait réaliser sur un tout autre plan. Aussi bien voyons-nous que les quelques annonces qu'il fait de sa passion aux disciples rencontrent une résistance farouche et comme viscérale. Cela leur paraît impossible ; cela leur paraîtra impossible jusqu'au dernier moment et la, le reniement de Pierre évidemment trahira cette déception fondamentale. Mais c'est impossible, c'est impossible !  Celui qui vient de Dieu, celui que Thomas appellera : " Mon Seigneur et mon Dieu ", comment peut-il être fait prisonnier  ? Comment peut-il être livré à ses ennemis ? Comment peut-il ne pas se défendre ? Comment peut-il être livré à la mort ? Mais, c'est un scandale, totalement inadmissible : Dieu doit triompher, il est nécessairement le plus fort et, s'il a atermoyé, si, il  s'est laissé circonvenir par ses ennemis, il va les confondre et les vaincre et sa victoire sera d'autant plus éclatante qu'il aura été au seuil de la défaite.

Donc cette équation, cette Révélation essentielle du sens même de la création, cette Révélation essentielle de nous-même, cette manifestation de ce que signifie pour Jésus : être créé à l'image de Dieu, cette inviolabilité, qu'il va reconnaître au prix de son sang, tout cela n'est pas encore compris et lorsque le Seigneur apparaîtra comme le vainqueur de la mort, lorsque, à travers ses apparitions qui nous sont données sous cette forme ambiguë et d'autant plus émouvante, parce que nous saisissons là précisément l'attitude des apôtres qui s'effraient, qui ne  reconnaissent pas, puis qui reconnaissent, l'attitude des apôtres ou de la Magdeleine, lorsque leur conviction est devenue une évidence: leur maître est vivant, vont-ils comprendre cette équation ? Vont-ils comprendre le sens de sa mort? Il ne l'apparaît pas puisque la dernière question qu'ils poseront à Jésus dans son dernier entretien avec eux lorsque il les engage à attendre l'Esprit saint, c'est: " Est-ce en ce temps-ci, que tu rétabliras la Royauté pour Israël ? " ( Act. 1,6 )

Oh ! Ils ne font que reprendre, après l'événement, les espoirs qui les avaient engagés à le suivre et, si tout en était resté là, jamais le Christianisme n'aurait vu le jour, parce que, avec ces données, tout demeure inerte, nous en sommes encore à un horizon limité, national, où il s'agit de cette revanche simplement différée et qui maintenant doit éclater après le retour à la vie du Seigneur crucifié.

Si le Christianisme doit entrer dans l'histoire, si Jésus doit devenir le centre de l'histoire, ce sera en vertu d'un événement intérieur qui transformera radicalement le coeur et l'esprit des apôtres en les initiant au vrai Royaume de Dieu. Cet événement, ce sera l'événement de la Pentecôte où l'Eglise va faire son apparition.

Cet événement est capital parce que c'est le miracle des miracles dans ce sens que c'est lui qui a intériorisé, intériorisé tout ce que les apôtres avaient vécu en la compagnie du Seigneur et davantage: c'est cet évènement qui va intérioriser le Seigneur lui-même. Le Seigneur, ils ne le verront plus devant eux, ils le verront au-dedans d'eux-mêmes. Ils sont saisis par sa Présence, transformés par sa Présence et ils le sont si profondément que, ils vont affronter la foule, et Pierre le premier, ils vont affronter le Sanhédrin, ils vont affronter toutes les autorités, ils vont affronter toutes les nations, ils vont affronter le martyre.

L'Eglise naît. L'Eglise prend la relève. L'Eglise va communiquer au monde l'Evangile éternel et non pas seulement un message et non pas seulement un résumé des paroles de Jésus, car ces paroles, pour le redire encore, ont un horizon contingent, du moins très souvent. Précisément, elles s'adressent à un peuple, elle s'adresse à un peuple qui vit à une certaine époque, qui a une certaine mentalité, qui est traversé par certaines espérances, qui parle un certain langage et tout cela, bien sûr, ne permet pas au Seigneur de s'exprimer en plénitude. Il y a des choses qu'il ne peut dire qu'en paraboles, il y a des choses qu'il ne peut pas dire du tout, même à ses disciples qui apprendront toute la vérité dans le baptême de feu de l'Esprit Saint.

Les apôtres, du moins l'Eglise naissante n'a donc pas seulement à transmettre un message. Elle a à transmettre la Présence même de Jésus Christ. Car la Révélation dans sa plénitude, ce ne sont pas les paroles de Jésus détachées de sa personne, mais sa personne elle-même qui donne vie à ses paroles et qui en consume les limites pour nous ramener toujours au centre, qui est le Verbe de Dieu.

Et c'est cela qui est capital: la Révélation définitive, elle ne tient pas à des paroles qui sont frappées de contingence, elle tient à la Parole unique qui est le Verbe fait chair.

L'Eglise aura donc cette mission de transmettre la vérité en personne en nous communiquant la présence de Jésus et c'est précisément ce que va découvrir le grand ennemi de l'Eglise naissante, celui qui veut l'anéantir, ce génie, ce rabbin fanatique dont la jalousie est plus clairvoyante que l'intelligence des apôtres eux-mêmes qui continueront à judaïser, à aller au temple, à se conformer aux traditions, sans prendre une conscience très nette de la rupture inévitable.

Saül, lui, il pressent immédiatement, dans sa jalousie brûlante, il pressent immédiatement que cette nouvelle communauté est incompatible avec la synagogue. Il veut anéantir cette rivale pour l'amour de son peuple, pour l'amour de ses traditions, pour l'amour de son Dieu.

Nous le voyons participer, participer au martyre d'Etienne, nous le voyons partir en mission pour Damas où, justement, le martyre d'Etienne a dispersé une partie de la communauté. Il s'agit de mettre un barrage à cette expansion et de tuer dans l'œuf cette communauté rivale et c'est justement cet ennemi farouche de l'Eglise naissante qui va en recevoir la Révélation la plus éclatante dans cette conversion  qui  va  décider  de sa vie, et peut-être de la nôtre, puisque nous sommes ces gentils qu'il a évangélisés et il va précisément, foudroyé par la grâce, reconnaître Jésus dans l'Eglise et l'Eglise en Jésus comme une seule et même réalité : " Je suis Jésus que tu persécutes. "

« Je suis Jésus que tu persécutes » Il est impossible de proférer une identité plus parfaite car enfin ce qu'il persécute, ce n'est pas Jésus qu'il n'a pas rencontré, bien qu'il eût pu le faire, étant son contemporain, ça n'est pas Jésus, c'est cette communauté qui se réclame de lui et dont Jésus, précisément, se réclame à son tour : " Je suis Jésus que tu persécutes. " ( Act 9, 5 ).

Nous tenons donc, ici, le mystère de l'Eglise dans son centre le plus intime  : c'est Jésus... C'est Jésus ! Nous avons donc cette chance à travers le mystère de l'Eglise d'accéder à la Présence et à la Personne de Jésus. Nous  ne  sommes  pas  comme  les  disciples  de Platon, les porteurs d'un message détaché de la personne du maître et  nous ne sommes pas comme les disciples des disciples de Platon renvoyés à des commentaires qui seront accompagnés d'autres commentaires à l'infini et qui dilueront de plus en plus la pensée du maître.

Nous sommes en face de la vérité en personne et il est donné à chaque âme d'avoir un contact personnel avec le Christ éternellement vivant. " Je suis Jésus que tu persécutes..."

Cette Révélation qui saisit en son centre ou plutôt qui nous propose en son centre tout le mystère de l'Eglise pose immédiatement la question: mais, puisque le Christ est invisible, que nous avons à faire aux apôtres et à leurs successeurs, comment pouvons-nous être en contact immédiat avec Jésus?  Est-ce  que  ces  personnes ne font pas écran? Est-ce que finalement nous ne sommes pas réduits à une parole humaine?

La réponse de Jésus, c'est que l'Eglise, c'est lui. Et par conséquent, tout ce qui n'est pas lui ne peut être qu'un signe de lui, un sacrement de sa Présence et la foi avec sa lumière, à travers ces sacrements devenus diaphanes pour elle, atteint la personne de Jésus qui, à travers ces signes, à travers ces sacrements, nous communiquent sa lumière, sa Présence et sa personne.

Cela veut dire - et c'est capital - que la mission de l'Eglise ne peut s'accomplir que par la démission totale de tous ceux qui sont les signes et les sacrements de son mystère. " Est-ce que c'est moi, Paul, qui ait été baptisé pour vous ? Qui ait été crucifié pour vous ?  Est-ce au nom de Paul que vous (1 Cor 1, 13 ) avez été baptisés  ? " Non ! Alors qui est Paul, qui est Képhas, qui est Apollo ?

Mais tout cela ne compte pas. Nous ne sommes que les ministres et les serviteurs. Nous ne sommes que les signes et les sacrements. C'est Jésus qui est la vie de votre vie. C'est Jésus qui est la lumière de votre esprit. C'est Jésus qui est la vérité en personne. C'est Jésus qui vous délivre. C'est Jésus qui vous transforme en lui-même. C'est Jésus qui vous insère au coeur de la Trinité divine. C'est Jésus qui réalise en vous cette création qui est à l'image de Dieu et qui fait de vous des esprits comme Dieu.

Cet état de démission est absolument capital parce que, il est impossible que, si l'Eglise est Jésus, elle fasse écran entre lui et nous comme il est impossible que l'humanité de notre Seigneur fasse écran entre Dieu et nous. Nous allons à Dieu par Jésus dans l'Eglise, mais c'est tout un parce que l'Eglise est transparente à Jésus et l'humanité de Jésus est transparente à Dieu, en sorte que c'est toujours immédiatement à  Dieu dans la Trinité divine que nous aboutissons par l'élan de notre foi et de notre amour.

Etre en état de démission pour laisser passer dans tout son être la Présence et la personne de Jésus, c'est cela qui caractérise la hiérarchie apostolique et finalement toute l'Eglise qui a cette mission de communiquer au monde la Présence de Jésus, c'est-à-dire d'étendre finalement l'Incarnation à toute l'humanité et à tout l'univers, car si Dieu s'est communiqué à Jésus, je veux dire à l'humanité, à l'humanité de Jésus, s'il  s'est communiqué en personne à cette humanité, s'il l'a radicalement libérée d'elle-même en lui communiquant la liberté subsistante du Verbe éternel, c'est pour libérer toute l'humanité et toute la création afin qu'en Jésus nous soyons tous libérés et que nous puissions entrer dans le concert des relations intra-trinitaires.

Sans doute, il se peut que les hommes qui sont dépositaires de l'apostolat, à commencer par les apôtres eux-mêmes, il se peut - et il est inévitable - qu'ils aient des limites et ces limites deviendront parfois d'une épaisseur redoutable, elles sembleront trahir le message même que les hommes transmettent, les hommes en charge, les hommes investis de l'autorité apostolique.  Le message qu'ils transmettent, ces limites sembleront le trahir et le renier mais, justement, la foi, la foi est appelée à faire la soustraction des limites humaines, elle le fait spontanément parce que, elle n'a jamais affaire dans l'Eglise qu'à ce sacrement diaphane de la Présence de Jésus-Christ.

C'est quelque chose de merveilleux à contempler que cette hiérarchie de démission qui est la hiérarchie apostolique. Non, ce n'est pas nous, ce n'est pas nous : c'est lui et lui seul et lui, c'est le libérateur. Il vient à vous, non pas pour vous dominer mais pour faire de vous des dieux, selon l'intention première et éternelle du geste créateur.

C'est dans ce sens que on est totalement libre dans l'Eglise. On n'a jamais affaire qu'à Jésus et, quel que soit le comportement des hiérarques, quel que soit le comportement de ceux qui héritent de la  charge apostolique, nous ne sommes pas liés à leurs défaillances et,  s'ils viennent à trahir, comme Pierre a renié Jésus, à ce moment-là, ils cessent d'être l'Eglise, ils deviennent Satan, comme Pierre peut le devenir selon la parole du Seigneur, car Pierre n'est Pierre que lorsque, justement, il n'est pas Simon, fils de Jean, lorsque, il renonce à poursuivre ses ambitions et ses propres affaires, il n'est Pierre que dans son effacement dans la personne du Seigneur. On est totalement libre dans l'Eglise quand on vit totalement de la foi puisqu'on ne  retrouve dans l'Eglise que le visage du Seigneur.

Cette démission, d'ailleurs, bien sûr, elle doit devenir la nôtre: il est essentiel à notre qualité de chrétiens, de prêtres ou de moines, il est essentiel  à  notre qualité de chrétien, il est essentiel à notre mission apostolique qu'elle s'accomplisse en état de démission. Je ne suis pas. Je ne suis rien, mais le Seigneur est ; et que de fois, en effet, devant ce mystère de la consécration,  que de fois ! Que de fois, suis-je saisi par le sentiment de mon indignité ! Mais c'est impossible ! Comment dire: " Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang ?" Alors, je recours à la bienheureuse Vierge Marie. Je lui dis: " Vous, vous qui êtes, vous qui êtes la plénitude de l'adhésion au Seigneur  ; vous, vous allez dire ces paroles en moi parce que vous, vous pouvez les remplir de leur entière vérité. Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang. Qui mieux que vous ne peut le dire sur le Corps et Sang du Seigneur ? "

Et que fois, en donnant l'absolution, ne suis-je pas stupéfait ? Mais comment? Comment ? Des âmes, des âmes s'ouvrent totalement, totalement, disent ce qu'elles ne diraient à personne, se dévoilent dans ce qu'elles ont de plus, de plus secret. A qui? Mais à Dieu, bien sûr, à Dieu à travers cet être indigne, à Dieu.

Et ce geste du pardon, c'est Dieu qui l'accomplit. Je ne puis que m'effacer totalement pour qu'il soit. L'Eglise, c'est lui. Rien donc ne peut nous engager plus profondément à nous convertir que cette rencontre avec le mystère de l'Eglise.

L'Eglise, c'est Jésus qui demeure à jamais. Nous ne sommes pas les disciples de disciples, nous ne sommes pas liés à une parole diluée dans d'innombrables commentaires, nous avons affaire, nous avons affaire à la Parole unique qui est le Verbe Incarné.

Il s'agit donc pour nous, dans notre vie, de donner à l'Eglise le visage de Jésus, de donner donc à notre visage, la lumière du visage de Jésus, de témoigner de Jésus en laissant transparaître sa Présence en nous afin que, comme dit la liturgie, afin que apparaisse à tous les hommes le visage de fête du Christ Jésus.

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