Fin de la conférence de retraite donnée à Ghazir aux franciscaines de Lons-le-Saunier le 6 août 1959.

 

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte :

Et c'est remarquable que la gloire rendue par Jésus-Christ remonte au Père, au Fils et au Saint-Esprit, comme incontestablement le sacrifice de la Croix est offert par Jésus-Christ notre Seigneur au Père, au Fils et au Saint-Esprit, à toute la divinité.

Cela ouvre un jour, n'est-ce pas, sur les profondeurs de ce mystère dans lequel on ne peut pénétrer que dans l'agenouillement de la Pauvreté.

Mais nous n'avons pas de peine à comprendre, précisément parce que, hélas, nous avons quotidiennement l'expérience du voile que nous tissons entre Dieu et nous, nous n'avons pas de peine à comprendre que, tant qu'il y avait des hommes comme nous qui parlaient de Dieu, ils ne pouvaient pas ne pas le charger de leurs propres limites. C'était inévitable ! Ils ne pouvaient pas imaginer un amour infiniment dépouillé comme celui de la très Sainte Trinité puisque ils étaient accrochés à eux-mêmes.

Si notre Seigneur a pu nous introduire dans ces abîmes d'Amour, c'est parce que lui-même, dans son humanité, était entièrement décroché, décroché de toute appartenance à soi.

C'est cette Pauvreté translucide qui fait de son humanité un pur sacrement qui nous introduit dans la suprême Révélation, qui est contenue d'ailleurs pas dans les mots ; ce n'est pas les mots de notre Seigneur qui, à eux tout seuls, auraient pu changer quoi que ce soit à l'état du monde, mais c'est la Présence de Jésus, c'est son humanité-sacrement, unie inséparablement et personnellement à la divinité : justement parce que l'humanité y supporte l'éternelle lumière dans la transparence du plein midi, que elle peut nous communiquer sur Dieu une lumière infinie, puisque c'est Dieu lui-même.

Le chrétien ne croit pas en des mots. Le chrétien adhère à Quelqu'un. La vérité du Christianisme, ce n'est pas ce que nous lisons noir sur blanc dans l'Évangile, qui est lui-même un sacrement - l'Évangile, comme la Bible, et plus que la Bible, est un Sacrement - nous adhérons à Quelqu'un : le dogme est Quelqu'un. Nous sommes toujours mis en face de la Présence et de la Personne de notre Seigneur.

Mais comment joindre la vérité qui est Jésus, comment la joindre sinon en devenant pauvres ? C'est justement en entrant dans ce dépouillement que nous acquerrons peu à peu la transparence indispensable pour vivre le mystère de Jésus.

Mais ce que nous en aurons déjà découvert est tellement beau, tellement pur, et tellement délicat et tellement libérateur, que nous n'allons plus répéter ces formules toutes faites : " Jésus a dit qu'il était Dieu et il l'a prouvé ! "

Nous conduirons les enfants, justement, à cette Présence en eux, nous les amènerons au puits de Jacob, nous leur ferons désirer l'eau vive de la vie éternelle et, quand ils auront compris que Dieu est là, qu'il les attendait, ils comprendront mieux qui est celui qui est assis sur la margelle du puits et qui peut seul nous purifier assez profondément de nous-mêmes pour que nous offrions à Dieu cette transparence parfaite ou, du moins, plus ou moins imparfaite qui est indispensable pour le connaître et pour l'aimer.

Nous voulons donc maintenant demander de nouveau à saint François de nous aider à vivre ce mystère de Jésus qui est un mystère, qui est le mystère de la Pauvreté par excellence et nous nous attacherons avec d'autant plus d'ardeur à cette humanité de notre Seigneur que il y a en elle une créature, une créature transparente, infiniment dépouillée, qui va être écrasée en quelque sorte par la mission qui lui incombe et qui nous permet d'aimer notre Seigneur non pas simplement comme notre Dieu mais, comme dit saint Paul, comme notre frère aîné.

Jésus est si proche de nous, justement, parce que il est à la fois l'un de nous et qu'en même temps Il est UN de la Trinité, comme disaient les Conciles, et qu'en lui se fait la jonction, se fait le passage, non pas que Dieu ait jamais été absent, qu'il ait jamais eu besoin de venir jusqu'à nous, mais c'est nous qui ne pouvions pas décoller de nous-même et qui avions besoin de ce ferment de Pauvreté qu'est l'humanité sainte de notre Seigneur qui nous arrache peu à peu à nous-même, qui nous attire, qui nous aimante et qui, en elle-même, nous fait communier à la vie éternelle.

Nous allons donc lui demander cette eau de la vie éternelle, en le regardant avec tout notre amour et toute notre joie de le rencontrer à nouveau comme notre Seigneur et notre frère aîné. Fin

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