Notre Seigneur a laissé entendre qu'il y avait en lui un mystère ... à deviner.

Retraite aux Franciscaines de Lons-le-Saulnier à GHAZIR (Liban) du 6 Août 1959, suite 2.

Zundel comme toujours affine la lecture de l'Evangile, cet affinement est aujourd'hui de plus en plus nécessaire.

Le mystère de Jésus, réalité très difficile à exprimer. Ne nous hâtons pas de dire que Jésus a affirmé qu'Il était Dieu et fils de Dieu.

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte :

Or, déjà le second point me paraît tout à fait discutable, parce que Jésus a été mis à mort, en fait ! Si ses miracles avaient été tellement convaincants, s'ils avaient été une preuve éblouissante, tout le monde se serait converti, tout le monde aurait cru en lui et on ne l'aurait pas condamné et crucifié.

Donc, les mêmes faits ont été pour les uns une raison de croire, pour les autres une raison de l'attaquer. Et il est tout à fait remarquable que, dans le chapitre 5 de saint Jean, on voit poindre, justement, on voit poindre le défaut de la cuirasse. Lorsque le paralytique de la piscine de Bethzata, lorsque le paralytique qui a été guéri surgit de son infirmité en portant son grabat, c'est le jour du sabbat. Or, évidemment, s'il y a un geste défendu le jour du sabbat, c'est de porter un fardeau, à plus forte raison de porter son grabat, ce qui est ostentatoire ; ça ne peut échapper à la vue de personne. Alors, il est immédiatement arrêté par un Pharisien qui dit : " Mais enfin, c'est le jour du sabbat, qu'est-ce que tu fais ? " " Celui qui m'a guéri m'a dit : va et emporte ton grabat. " Et l'interlocuteur, le Pharisien, braqué sur l'observance de la Loi, reprend: " Qui t'a dit de porter ton grabat ? " Il ne dit pas : " Qui t'a guéri ? Il omet qui t'a guéri. Tout de suite, il va vers ce qui peut constituer un chef d'accusation : " Mais qui donc t'a dit de porter ton grabat le jour du sabbat ? "

Donc les ennemis ont vu dans les miracles un motif d'accuser Jésus, comme les amis y ont vu un motif de croire en lui. Très faiblement, d'ailleurs, parce que leur croyance n'allait pas très loin ! L'argument du miracle est donc des plus difficiles à manier, d'autant plus que nous sommes à vingt siècles des événements et que toute vérification est pratiquement impossible.

Ensuite Jésus a dit qu'il était Dieu ! Il faudrait voir. Tout cela est tellement plus complexe, tellement plus délicat. D'abord " être Dieu ". Vous savez que le terme de Fils de Dieu dans l'Écriture de l'Ancien Testament s'applique au peuple d'Israël, s'applique aux rois d'Israël, s'applique aux prophètes d'Israël, s'applique aux juges d'Israël.

Et d'ailleurs, il est tout à fait remarquable qu'au chapitre 10 de saint Jean, si ma mémoire est exacte, au chapitre 10 de saint Jean quand notre Seigneur a dit : " Le Père et moi, nous sommes UN " (Jn. 10, 30) et que on s'apprête à le lapider parce qu'il a blasphémé, il reprend -- remarquez cet argument - notre Seigneur lui-même dit: " Mais enfin, qu'est-ce que, qu'est ce qui vous scandalise ?Est-ce qu'il n'est pas dit au psaume 81ou 82 , n'est-il pas dit au Psaume 82, en hébreu (..?) dans la vulgate, est ce qu'il n'est pas dit en parlant des Juges d'Israël : Vous êtes des dieux ? Si le psalmiste appelle dieux les juges d'Israël, pourquoi dites-vous que j'ai blasphémé parce que j'ai dit : Le Père et moi nous sommes UN ? "

Donc, notre Seigneur a l'air de ramener son affirmation à quelque chose qui était admis par tout le monde, à savoir que cette appellation de Dieu peut signifier une fonction remplie au nom de Dieu. Le peuple d'Israël est fils de Dieu dans ce sens qu'il est chargé d'une mission divine, comme le roi qui est l'Oint de Dieu, et l'Oint, ça veut dire le »Messie », qui est le « Messie de Dieu ", comme les prophètes, chacun à sa manière remplissant une fonction divine peuvent être dits en langage du temps " Fils de Dieu ".

Alors, le fait que notre Seigneur se soit dit " Fils de Dieu " ne résout pas le problème, il faut savoir dans quel sens ce mot a été pris. D'ailleurs, notre Seigneur n'a jamais dit " Fils de Dieu ", il a dit " le Fils ", Il a dit " le Père ", Il a dit " mon Père ". Il a été extrêmement prudent, lui qui a refusé le titre de Messie, qui a interdit à ses Apôtres d'en parler après la profession de Césarée. Il n'allait pas jeter aux quatre vents le mystère de sa filiation divine ! On l'aurait lapidé dès le premier jour et sa mission aurait été impossible.

C'est pourquoi il faut faire très attention, quand on lit l'Évangile, aux différents niveaux que cette affirmation peut prendre. Si vous prenez le premier chapitre de saint Jean, vous avez dans la rencontre de notre Seigneur avec Nathanaël, Nathanaël qui d'abord avait dit mais : " Qu'est ce qui peut venir de bon de Nazareth ? ", et quand Jésus lui dit : " Je t'ai vu sous le figuier ", c'est-à-dire probablement que notre Seigneur faisait allusion à une méditation que Nathanaël faisait sous le figuier, Nathanaël est tellement frappé qu'il jaillit dans ce cri : " Tu es le Christ, tu es le Messie, le Fils de Dieu ! " Il est évident qu'à ce moment-là le mot de " Fils de Dieu " n'a pas la portée qu'il prendra dans les définitions du Concile de Nicée. Il est l'équivalent de Messie - et encore Messie dans un sens tout à fait, tout à fait nationaliste probablement, et assez matériellement compris.

Car, si dès le premier jour Nathanaël avait reconnu que Jésus était le Messie, Fils de Dieu, on ne voit pas pourquoi notre Seigneur, après des mois et peut-être des années, aurait interrogé ses Apôtres en leur disant : " Qui dit-on que je suis ?.. ", et aurait dit à Pierre : " Ce n'est pas toi, ce n'est pas toi qui as parlé. C'est la Sagesse du Père qui s'est exprimé par toi. " Si dès le premier jour tout cela avait été connu et proclamé, il n'aurait pas fallu cette longue initiation pour en arriver à la confession de Pierre qui n'est, d'ailleurs, qu'un éclair dans la vie des Apôtres, puisqu'ils retomberont dans le règne matériel et que Pierre sera le premier à détourner notre Seigneur du messianisme de la Croix.

Donc, ne nous hâtons pas de dire que notre Seigneur a affirmé qu'il était Dieu, qu'il était Fils de Dieu. Et lorsque nous trouvons " le Fils de Dieu " dans l'Évangile, faisons attention à l'époque, à la période, au moment où nous le trouvons et n'attribuons pas à ces mots, s'ils sont prononcés comme je viens de le dire par Nathanaël, une portée qu'ils ne peuvent pas avoir, sans détruire le sens même de la confession de Césarée qui est une révélation immense qui appelle " Et toi, tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église ".

Ce qui est vrai, c'est que notre Seigneur a laissé entendre qu'il y avait en lui un mystère. Ce mystère, il fallait le deviner. Il l'a laissé percer à travers toutes sortes de manifestations. Mais c'est resté comme un point d'interrogation qui ne devait trouver sa réponse que dans le feu de la Pentecôte.

C'est à ce moment-là que l'entière lumière se fait et que le mystère de Jésus devient un feu brûlant dans le cœur des Apôtres. Jusque-là, il fallait tamiser la lumière, il fallait attendre les outres nouvelles qui pouvaient contenir le vin nouveau ! Il appartenait, justement, ce mystère de Jésus, aux choses que l'on ne peut pas encore dire, sinon à travers le voile des paraboles et des situations.

Il en a assez dit pour ouvrir l'espace où le problème prendra toute sa vie. Il n'en a pas assez dit pour que les choses soient noir sur blanc, d'une clarté aveuglante, qu'il faudra pour comprendre ce dont il s'agit, il faudra vivre, vivre, sa vie, s'identifier avec lui et, finalement, comme toutes choses ou plutôt plus que toute autre révélation, celle de Jésus ne peut se comprendre et ne peut devenir lumière que dans ce monde en " tu ", dans ce monde du dialogue, de l'échange, du mariage d'amour, enfin de l'intimité où nous nous échangeons avec lui.

Donc, il faut toujours se demander, lorsque on lit ces vies de Jésus qui déforment si souvent la figure de notre Seigneur, qui veulent aboutir, finalement, toujours à cette fameuse démonstration : " Il a dit qu'il était Dieu et il l'a prouvé ", devant ces affirmations il faut, au contraire, se dire : sûrement cela n'avait pas cette clarté, sûrement, c'était infiniment plus profond que cela, autrement le Seigneur n'aurait pas vécu cette agonie, il n'aurait pas été condamné, il n'aurait pas été crucifié, et ses disciples eux-mêmes ne l'auraient pas trahi, ni renié, ni abandonné. Si la Pentecôte a été tellement nécessaire, si les Apôtres n'ont rien pu tirer de la Résurrection elle-même, c'est que les choses étaient loin d'être claires à leurs propres yeux. Il a fallu vraiment la nouvelle naissance, voilà, il a fallu la nouvelle naissance, cette transformation de tout leur être, pour que la lumière du Christ se fasse jour en eux.

Si donc, sans vouloir pour l'instant reprendre la question du miracle, nous nous plaçons devant cette affirmation : " Jésus est le fils de Dieu ", il faut immédiatement nous demander : " De quel Dieu parlons-nous ? De quel Dieu parlons-nous ?" (à suivre)

Prière : Père de Jésus-Christ et notre Père, en et par ton Fils unique l'unique sauveur de l'humanité entière, transforme-nous dans tout notre être pour que la lumière du Christ, LA lumière, se fasse jour de façon toujours plus claire en nous, avec cet affinement du sens de l'Evangile, seul capable de nous pénétrer de toutes ces choses le plus justement possible !

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