Retraite aux Franciscaines de Lons-le-Saulnier à GHAZIR (Liban) du 3 au 10 Août 1959

Jeudi 6 Août 1959 : 10 h.30.

Début de la conférence. La personne, c'est l'être humain quand il porte la résonance de Dieu. Des expériences à rappeler avant d'aborder le mystère de Jésus.

 

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte :

Rimbaud, le poète qui a tourné le dos à la poésie à l'âge de vingt ans pour aller faire du commerce en Abyssinie, Rimbaud dans Une saison en enfer, a forgé cette formule qui répond on ne sait à quoi dans sa pensée : « Je est un autre ». « Je est un autre », Qu'est ce qu'il a voulu dire ? Lui-même sans doute aurait été incapable de l'expliquer. Il se trouve que cette formule est d'une perfection telle que il est impossible de ne pas la reprendre pour évoquer, pour exprimer le mystère de la Personne, car on peut bien dire que toute personne, c'est " Je " est un Autre.

La personne, c'est dans l'homme ce qu'il y a de plus précieux, c'est ce mouvement de fond qui fait de tout l'être une présence donnée.

Le mot " personne " vient peut-être du mot latin : personare, on n'en est pas sûr, mais c'est une explication possible. Personare qui veut dire " résonner à travers ". " Résonner à travers " la personne, c'est l'être humain quand il porte la résonance de Dieu.

Un être comme le Père de Lubac, une rencontre comme la sienne, c'est justement une présence donnée qui vient à votre rencontre et une présence qui suscite en vous la lumière et la liberté, parce que elle est justement détachée de ce fond animal et possessif, parce que vraiment tout le mouvement de l'être à partir du fond le plus subtil, du dernier fond, tout le mouvement de l'être est aimanté et va vers un autre.

L'homme le plus doué, le plus puissant, dès qu'il cesse d'aller vers un autre, immédiatement devient stérile, parce que tout ce qu'il a, tous ses dons, tous ses talents, ne font plus que graviter dans ce moi animal qui est un moi esclave.

Donc, en l'homme, la personnalité, qui crée ou plutôt qui est cette lumière centrale, infiniment plus rayonnante que l'intelligence conçue simplement comme une raison - car ce n'est pas par la raison que l'on comprend, c'est par ce fond, ce fond lumineux si on l'est devenu - la raison, si elle n'est pas libérée, la raison si elle n'est pas éclairée par ce mouvement de fond, elle-même trébuche, elle se trompe, elle devient l'avocate des plus mauvaises causes.

Et on voit justement toutes les mauvaises causes, défendues par des talents incontestables mais qui sont prisonniers d'un moi animal et propriétaire.

Tandis que d'humbles femmes, qui n'ont jamais été à l'école, qui ne savent pas lire, qui n'ont aucune espèce d'arsenal pour argumenter, sont capables, par leur seule présence, de vous apporter la lumière et de susciter en vous un espace vivant, parce que justement tout leur être va vers un autre.

Il est remarquable que cela est vrai, finalement, de toutes choses. Qu'est-ce que c'est qu'une maison en ordre ? Une maison en ordre, c'est une maison où les meubles font de la musique, où chaque meuble va vers l'autre, le canapé vers la pendule, la pendule vers le guéridon, le guéridon vers le papier, le papier vers le lustre... Enfin, s'il n'y avait pas ce rapport qui fait de tous ces meubles un ensemble, une unité, ce serait le chaos.

Si vous prenez les mêmes meubles dans un garde-meuble où ils sont entassés sans aucune espèce de souci d'harmonie, ça ne dit rien du tout. Le plus bel ameublement, dans un garde-meuble, est zéro ! Il faut, pour qu'il chante, pour qu'il donne toute sa beauté, que les choses concertent les unes avec les autres. Et une femme qui sait mettre de l'ordre dans sa maison, à sa manière c'est une musicienne qui fait concerter les meubles dans une silencieuse symphonie...

Et dans la musique elle-même, il n'y a pas une note qui fasse de la musique. Pour qu'il y ait de la musique, il faut qu'il y ait un rapport de plusieurs notes.

Et pour qu'il y ait un phénomène dans la nature, il faut qu'il y ait un rapport entre un agent et un patient, entre une source d'énergie et une autre réalité qui est modifiée par elle : " Au commencement est la relation ", comme dit Bachelard.

Au fond, c'est la relation qui met en mouvement tout l'univers. C'est la relation qui crée l'ordre dans l'univers, c'est la relation qui donne une sorte d'affinité à chaque meuble dans un ameublement. Un fauteuil tout seul ne dit rien. Mais un fauteuil en harmonie avec la table, en harmonie avec la bibliothèque, en harmonie avec le papier peint, en harmonie avec le lustre, cela peut donner quelque chose d'immense comme une musique. A plus forte raison, dans l'homme ce qu'il y a de plus précieux est constitué par une relation. Cette relation qui fait qu'un homme n'est plus clôturé, enfermé en lui-même, mais que toute sa vie est un mouvement vers un autre, et finalement vers l'Autre majuscule, qui est le Dieu vivant.

Il est utile de nous rappeler ces expériences pour aborder le mystère de Jésus. Le mystère de Jésus est une des réalités les plus difficiles à exprimer, parce que c'est une de celles qui a été le plus déformée.

J'ai lu je ne sais combien de Vie de Jésus et, chaque fois, presque toujours, avec une profonde déception. On entasse les textes évangéliques, on les classe, on les compare et, finalement, on arrive presque toujours à un raisonnement de ce type :

  • - Jésus a dit qu'il était Dieu - Premier point.
  • - Deuxièmement, Il a prouvé qu'il était Dieu par ses miracles (à suivre)

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