Conférence aux enfants, Lausanne, 1962.

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte :

... Et il accepta de mourir joyeusement à condition que Catherine l'accom­pagne jusque sur le champ de l'exécution, ce qu'elle promit et ce qu'elle fit et, le jour de l'exécution, Catherine fut la première au rendez-vous, elle mit elle-même sa tête sur le billot où Nicolas devait avoir la tête tranchée, elle le prépara à la mort et elle lui répéta jusqu'au bout le nom de Jésus et de Marie, enfin elle recueillit sa tête entre ses mains lorsque le bourreau lui eût donné le coup de grâce.

Voilà. Nicolas était mort, bien sûr, mais il était vivant, merveilleu­sement vivant parce que il avait fait de sa mort une offrande, un acte d'amour. Il n'avait plus peur, parce que son cœur était tendu vers le cœur de Dieu et il n'avait qu'un seul désir, voir ce Visage d'Amour qui était caché jusqu'ici dans son cœur.

Voyez comment Catherine a pu transfigurer, a pu changer radicalement le sens de cet événement pour Nicolas: ce n'était plus la mort, c'était la Fête-Dieu.

Et c'est le même miracle, encore bien plus grand que celui de la musique, ce miracle de l'amour qui fait a accepter à un garçon de 20 ans d'avoir la tête coupée parce que il s'oublie et qu'il ne pense qu'à Jésus qui l'attend.

Mais ce que je viens de dire, on peut le trouver dans des enfants qui ont le même âge que vous. Il y avait un petit garçon de 10 ans, il était très malade et depuis longtemps ses parents sentaient bien que ses jours, ses jours étaient comptés et, naturellement, ils le couvaient de leur tendresse, ils le soignaient avec un dévouement inlassable, ils l'écoutaient respirer.

Et le petit garçon lui-même qui était d'une générosité merveilleuse, le petit garçon sentait lui aussi qu'il n'en avait pas pour longtemps. Et il voulait donner à ses parents tout le bonheur dont il était capable et, entre lui et ses parents, c'était dans le silence de leur amour, un continuel dialogue de tendresse qui faisait écrire à la maman, après le mort du petit garçon: "On aurait dit qu'il vivait pour nous faire plaisir, on aurait dit qu'il vivait uniquement pour nous faire plaisir. . . "

Tout cet amour, c'était comme la respiration de ce petit garçon et de ses parents tellement que après sa mort, ses parents ne pouvaient penser qu'à une seule chose, c'est qu'à travers le visage de leur petit garçon, ils avaient connu la plus haute révélation, la plus belle manifestation de l'Amour de Dieu.

C'est cela le Royaume de Dieu: le Royaume de Dieu, c'est le Royaume de l'Amour, c'est le Royaume de la Bonté, c'est le Royaume de la Générosité et de la Tendresse.

Voyez: on ne vous demande pas de gagner votre vie, c'est cela qui est merveilleux: on ne vous demande pas de gagner votre vie, on vous demande d'aimer, d'aimer. C'est la seule chose que les machines ne puissent pas faire à notre place. Les machines aujourd'hui calculent, les machines déchiffrent des écritures inconnues. On étudiait au Mexique une écriture absolument indéchiffrable, il aurait fallu peut-être des milliers d'années pour déchiffrer: les machines ont fait le travail en 48 heures. Les machines, que nous construisons d'ailleurs, nous rendent des services incroyables. Elles pourraient faire à peu près tout ce que nous faisons, mais il y a une chose que les machines ne pourront jamais faire, c'est d'aimer et c'est cela l'essentiel.

Et c'est cela que vos parents attendent de vous, c'est cela que Dieu vous demande: aimer, aimer. . . Voyez les fleurs: les fleurs ne font rien, elles ne gagnent pas leur vie mais quelle joie de les regarder, elles existent uniquement dans notre regard pour nous donner la joie.

Eh bien, c'est cela, c'est cela qu'un enfant chrétien pourrait être: il pourrait faire fleurir la vie, il pourrait être uniquement un porte-bonheur, celui qui donne la joie.

Quand vous vous confessez, voyez-vous, c'est cela qu'il faut vous demander, c'est la chose essentielle. Moi, je suis fatigué d'entendre les confessions des enfants qui me disent: "J'ai fait ceci, j'ai fait cela, j'ai fait tant et tant de péchés. "

J'ai envie de leur dire: "Mais voyons, il y a une seule chose qui compte: est-ce que vous êtes la joie, la joie de vos parents, la joie de vos maîtres, la joie de vos camarades? Tout est là ! Si vous aimez Jésus, si vous avez compris que le Royaume de Dieu, c'est le Royaume du coeur, vous comprendrez qu'il n'y a qu'une seule chose nécessaire, une seule chose qui ait de la valeur, c'est de s'oublier pour être la joie des autres, en un mot c'est d'aimer, c'est d'aimer. . .

C'est ce que nous voulons demander ce matin ensemble à Jésus: de nous apprendre à aimer comme Dieu aime, de nous apprendre à aimer pour qu'à travers notre vie, on puisse deviner le Visage de Dieu qui est tout amour.

Voyez-vous la Bible, les livres, les discours, les sermons, tout cela, ça ne va pas bien loin. La seule chose qui puisse changer, changer un être humain, la seule chose qui aille jusqu'au fond de l'âme, c'est la bonté, c'est la générosité, c'est l'amour. C'est pourquoi, d'ailleurs, dans la prière du Jeudi Saint il y a cette petite phrase magnifique qui est peut-être la plus belle phrase de la liturgie, de la prière chrétienne: "Là où il y a la bonté et l'amour, c'est là que Dieu est. ""Là où il y a la bonté et l'amour, c'est là que Dieu est. "

Et, pour vos parents, ce sera la plus magnifique présentation de Dieu, pour vos maîtres.et pour vos camarades, ce sera la plus belle approche de Jésus, c'est de sentir, de respirer à travers vous la Présence de Dieu dans votre bonté, dans votre générosité et dans votre amour puisque, finalement, tout ce que l'on peut dire de la religion, c'est cela: Dieu est Amour, Dieu est Amour: il faut l'aimer, Dieu est amour, il faut l'aimer et le faire aimer en aimant. (Fin)

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