Conférence aux enfants, Lausanne, 1962.

Mes chers enfants,

J'ai entre les mains un petit album consacré à la mémoire de Clara Haskil. Clara Haskil cette très grande artiste, cette artiste de génie qui est morte le 7 décembre 1960 à Bruxelles. Elle s'apprêtait à donner un concert quand un acci­dent soudain la mena aux portes de l'agonie et elle mourut quelques heures plus tard.

Clara Haskil, comme vous pourriez le voir en feuilletant cet album, n'était pas une femme d'une très grande beauté, elle avait des lèvres épaisses et une maladie des os l'avait rendue bossue. Elle avait des cheveux blonds l'année de sa mort, elle était âgée de 65 ans, et pourtant, lorsqu'elle jouait, c'était une espèce de miracle et, lorsque elle apparaissait sur la scène après le concert, il y avait dans la salle un enthousiasme délirant parce qu'on ne voyait plus les lèvres épaisses de Clara Haskil ou sa bosse, ce qu'on voyait, c'était toute la lumière de son génie, c'était toute cette flamme intérieure, c'était tout cet amour qui avait fait de ses mains des mains de lumière qui répandaient la joie de la musique et, lorsqu'on apprit sa mort, ce fut un deuil dans le monde entier, car le monde entier avait eu le privilège de l'entendre et que tous ceux qui l'avaient entendue avaient gardé au fond de leur cœur le souvenir d'une présence ineffaçable.

Seulement à cet endroit, avec la voix de Maurice Zundel, la bande, en début d'enregistrement, étant de mauvaise qualité .

Vous pouvez d'ailleurs entendre aujourd'hui encore, heureusement, grâce aux disques qui nous permettent de prolonger notre joie et, au-delà de la mort, d'entendre encore ce cœur merveilleux qui ne cessera jamais de battre dans le cœur de Dieu.

Vous voyez, c'est cela le grand mystère: un être qui, extérieurement, d'abord, pourrait paraître laid ou, en tout cas, quelconque, indifférent, peut devenir un être tout d'un coup transfiguré par la lumière de son cœur, peut devenir un être rempli de grâce et de beauté.

Et c'est cela, justement, le Royaume de Dieu dont on parle si souvent dans l'Ecriture et au catéchisme. Le Royaume de Dieu, c'est cela, ce royaume de lumière, ce royaume de grâce, ce royaume d'amour et de joie qui est la source de toutes les musiques.

Et ce qu'on peut dire de Clara Haskil, on peut le dire à plus forte raison de cette sainte de génie qui s'appelle Catherine de Sienne. Je ne sais pas si vous connaissez Catherine de Sienne. C'est une sainte qui est morte à 33 ans, qui a vécu au XIV° siècle, qui fut la fille d'un teinturier, c'est-à-dire une petite fille qui, normalement, n'aurait jamais dû inscrire son nom dans l'histoire et pourtant Catherine de Sienne a bouleversé toute l'Europe par le rayonnement de sa sainteté et de son génie, elle a ramené le Pape d'Avignon à Rome, elle a été mêlée à tous les grands événements de son temps et un des événements qu'elle raconte elle-même, je vous l'ai raconté déjà mais peut-être l'avez-vous oublié, c'est la mort de Nicolas Toldo.

Vous vous rappelez que il y avait à Florence, ou plutôt à Sienne qui était la patrie de Catherine, il y avait un jeune homme qui venait de Florence, il avait 20 ans et, dans un café où il avait trop bu, il avait tenu des propos malveillants, c'est-à-dire il avait dit du mal de la Municipalité de Sienne et on avait rapporté ces propos et on l'avait condamné à mort. Il devait avoir la tête coupée à la hache simplement parce que, dans un café après boire, il avait tenu des propos malveillants contre la Municipalité de Sienne.

Et naturellement, à vingt ans, comment un garçon de 20 ans accepte de mourir pour des paroles imprudentes qu'il a dites dans un moment d'ivresse. Il était furieux, il blasphémait toute la journée en attendant sa mort, il ne pouvait pas admettre que Dieu l'abandonne en un tel moment, que Dieu le livre à une justice barbare et sauvage et il ne voulait à aucun prix entendre parler des sacrements. Et Catherine, ayant appris la révolte de ce garçon, alla le trouver dans sa prison et elle lui parla du Ciel, elle lui parla de Jésus, elle lui parla de cette rencontre merveilleuse avec le Visage du Seigneur qui est le Visage de l'Amour et elle lui parla avec une telle flamme, elle lui parla du fond de son cœur tellement que Nicolas Toldo fut touché, bouleversé, il ne pensa plus qu'à une seule chose: rencontrer Jésus, rencontrer ce Visage d'Amour qui est le Visage de Dieu. (à suivre)

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