Maurice Zundel, Retraite aux Franciscaines de Lons-le-Saulnier, donnée à Ghazir au Liban du 3 au 10 Août 1959. Suite n°2 de la conférence donnée le samedi 8 Août 1959 à 6 h.30

 

Reprise du texte. « Dieu nous demande notre amitié. Il n'a pas besoin de nos oeuvres. Qu'est-ce qu'il en ferait ? Lui qui ne peut rien recevoir dans l'ordre matériel parce qu'il ne peut rien posséder, Lui qui est le Grand Pauvre en qui tout est don, Lui qui est essen­tiellement personnel parce que toute Sa Vie jaillit dans cette relation où "Je est un Autre", comment peut-il nous atteindre sinon, justement, en nous aimant et en nous offrant son amour, et comment pouvons-nous L'atteindre sinon en L'aimant et en Lui donnant notre amour ? C'est le seul lien possible entre Dieu et nous.

 

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte :

 

Suite du texte : « Et c'est pourquoi le conflit entre Jésus et les pharisiens - les pharisiens braqués sur l'observance des traditions, des coutumes, filtrant le moucheron, le moucheron et avalant le chameau - le conflit porte, en réalité, sur la nature de Dieu.

Ce n'est pas le même Dieu, celui de Jésus et celui des pharisiens. Car le Dieu dont ils parlent, c'est le Dieu qu'ils ont taillé à leur propre mesure, qu'ils ont façonné sur leur propre patron, c'est le Dieu auquel ils ont donné leur figure : un faux dieu, une idole. Et le Dieu dont parle Jésus-Christ, c'est le Dieu en qui son humanité subsiste, c'est le Dieu fragile, c'est le Dieu qui sera bientôt immolé, c'est le Dieu qui est éternellement l'amour crucifié.

Et c'est pourquoi, plus les pharisiens renchérissent sur l'accomplissement des bonnes œuvres, plus ils se livrent à des oeuvres de surérogation - en faisant plus qu'il n'est demandé, plus que il est exigé par la Loi - plus ils s'éloignent en réalité de la véritable vertu, parce que, tout ce qu'ils font, c'est « donnant, donnant » : c'est une sorte de marché qu'ils veulent engager avec Dieu pour avoir la certitude d'être du bon côté, pour avoir la certitude qu'ils ont droit à la récompense. Ils en ont tant fait que Dieu, pour finir, est leur débiteur ! C'est ce qu'illustre magnifiquement la parabole ‘du pharisien et du publicain '.

Mais justement, il ne s'agit pas de faire mais d'être, non pas d'accomplir des oeuvres, mais de se donner. Il n'y a plus de morale, il n'y a plus de Loi, il n'y a plus de commandements, il y a une exigence de tous les instants, du matin au soir et du soir au matin, l'exigence même de l'amour conjugal, l'exigence sans laquelle il n'y a pas de vrai mariage, sans laquelle la famille, sans laquelle la maison devient un enfer. Donc, il faut tout donner, tout, du matin au soir et du soir au matin, mais tout donner en se donnant. L'Évangile est une mystique, ce n'est plus une morale.

Une morale, c'est une conformité à une Loi. Une mystique, c'est une prise de position en face de Quelqu'un. C'est une attitude personnelle envers une Personne et nous sommes toujours - sur le terrain de l'Évangile- en face de Quelqu'un, en face de quelqu'un qui nous aime et qui attend notre amour.

Il n'importe donc pas de faire ceci ou cela, d'avoir un rôle important ou secondaire. Rien n'a d'importance que nous-même. Rien n'a d'importance que la personne. Rien n'a d'importance que l'amour, comme le chante magni­fiquement saint Paul aux Corinthiens : « Que l'on donne tout aux pauvres, que l'on ait la foi jusqu'à transporter les montagnes, qu'on livre son corps aux flammes... ". Tout cela n'est rien, ne signifie rien, ne vaut rien si, à la base de tout cela, il n'y a pas le don de soi. Et c'est bien l'expérience que nous avons tous fait et que l'on fait toujours plus profondément à mesure qu'on avance dans la vie.

Il y a des gens qui s'agitent prodigieusement, qui font monts et merveilles, qui sont toujours sur la brèche, qui vivent à la pointe de leur système nerveux et qui fina­lement se dégonflent parce qu'ils sont vides. Ils ont fait beaucoup de choses, ils ont omis l'unique nécessaire qui est de se donner eux-mêmes. Et, dans tout ce bruit, dans toute cette agitation, ils ont mis en mouvement des choses, ils n'ont jamais atteint le fond d'une personne. Ils peuvent grouper autour d'eux des agités comme eux, ils peuvent faire, en colla­boration avec d'autres, des choses monumentales, seulement la vraie vie est absente ; la vraie vie est absente, parce que la Présence n'y circule pas ! On n'y sent pas une transparence à Dieu, on n'y sent pas cette zone de silence où monte la petite voix de Dieu. On ne se sent pas libéré en leur présence, on ne se sent pas accru, on ne se sent pas illuminé, on ne se sent pas délivré. On est plutôt gagné par leur agitation et par leur fièvre. On n'est jamais rempli, ni comblé.

Il y a là une sorte de jugement infaillible qui est une sorte de jugement dernier : l'homme qui vit en présence de Dieu, l'homme qui vit la vie de Jésus-Christ, l'homme qui est vraiment dans le dialogue, qui est vraiment dans une perpétuelle conversation avec Dieu, l'homme qui se tient en face de Dieu, l'homme qui le regarde et qui l'écoute, quoi qu'il fasse, quoi qu'il dise, qu'il parle ou qu'il se taise, qu'il agisse ou qu'il soit au repos, il agit d'une manière formidable parce que il crée autour de lui une vie nouvelle, il suscite autour de lui un espace et, en sa présence, on respire Dieu.

Et ceci est inimitable... inimitable ! Il y a des gens qui peuvent parler de Dieu, qui savent tout de Dieu, qui ne cessent de vous instruire sur Dieu et qui jamais ne vous donnent Dieu. On sent que tout cela est une cons­truction, c'est appris, c'est un discours bien enchaîné et, s'ils n'étaient pas des théologiens, ils parleraient d'autre chose avec la même logique, avec la même aisance, avec la même éloquence, mais c'est vide et creux, parce qu'il n'y a pas l'expérience d'une vie qui s'enracine en Dieu. (à suivre)

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