Maurice Zundel, Retraite aux Franciscaines de Lons-le-Saulnier, donnée à Ghazir au Liban du 3 au 10 Août 1959. Début de la conférence donnée le samedi 8 Août 1959 à 6 h.30

 

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte:

 

" Saint Paul, dans l'Epître aux Galates, affirme que nous sommes les fils de la femme libre et que nous venons d'Abraham, le Père des Croyants, par Sara et non pas par Agar, la servante.

Saint Paul nous suggère donc lui-même de comparer les deux Testaments : d'une part la servante - il s'agit de l'Ancien; et d'autre part l'épouse - il s'agit du Nouveau. Et cette simple comparaison, où le Vieux Testament représente la servante et le Nouveau l'épouse, nous permet immédiatement de découvrir la distance infinie entre l'esprit qui anime le pharisaïsme et l'esprit de l'Évangile.

L'allégorie de la servante et de l'épouse, en effet, permet immédiatement de saisir que ce qui importe dans le Nouveau Testament, ce n'est pas ce que l'on fait, mais c'est ce que l'on est.

A la servante, on demande d'accomplir un certain travail. Ce qui importe, c'est ce qu'ellefait. Ce qu'on attend d'elle, c'est que elle le fasse bien. Elle peut penser par-devers elle tout ce qu'elle voudra. Si le travail est bien fait, si elle a reçu son juste salaire, on est quitte. On ne lui demande pas de s'attacher à la maison où elle travaille, on ne lui demande pas d'aimer ses maîtres -si elle le fait, c'est d'autant mieux, mais ceci ne peut pas s'inscrire dans un contrat. Le contrat, c'est donnant, donnant. Il s'agit d'un service et la situation de la servante est comparable à celle d'un objet que l'on échange avec un autre ; des machines bien ordonnées et bien agencées pourraient finalement accomplir le même travail et souvent, d'ailleurs, dans les ménages américains, ce sont ces machines qui font tout le travail et on n'a besoin de personne.

L'épouse, au contraire, ce qu'on attend de l'épouse, c'est qu'elle soit une présence, c'est qu'elle soit un visage, c'est qu'elle soit un corps, qu'elle soit un amour, qu'elle soit un don. C'est-à-dire, ce que le mari demande à sa femme, c'est sa présence personnelle. C'est la personne qui compte ici, et non pas le travail accompli. Et, bien entendu, le travail sera d'autant mieux accompli que la personne se donnera plus généreusement. Mais, à travers le travail, ce qui donne tout son prix au travail c'est l'amour qui l'anime, c'est l'offrande que l'épouse renouvelle d'elle-même dans chacun de ses gestes. Et le prix de ce qu'elle fait, c'est ce qu'elle est.

Qu'elle soigne un enfant malade, qu'elle y passe ses jours et ses nuits, cette attitude héroïque vaut par le témoignage d'amour que chacun y peut lire. Même si elle fait une tarte aux fraises pour l'anniversaire de son dernier-né ou si elle prend soin simplement de l'ordre matériel de sa maison, si elle cire les chaussures, si elle prépare le déjeuner, c'est évidemment la même chose, car chacune de ces actions s'enchaîne dans cette suite d'amour où ce qui compte, c'est toujours le don de soi.

Et c'est pourquoi la conduite de la servante n'intéresse pas ses maîtres tant que, par ailleurs, elle est convenable dans la maison et fidèle à son travail, tandis que la conduite de l'épouse intéresse au premier chef son mari ! Même si la maison est parfaitement ordonnée, même si tout prospère entre ses mains, et si son cœur est absent, si elle est infidèle, tout est perdu, car, précisément, son infidélité efface sa présence et soustrait à la maison ce qui constitue la maison, qui est le don de sa personne.

Devant Dieu, devant le Dieu qui se révèle en Jésus-Christ, devant le Dieu de l'Évangile, ce qui compte, en nous, justement, c'est notre personne.

Dieu exauce ce vœu, si humblement fier, de la femme pauvre : "Qu'im­porte qu'on nous donne le bonheur, si on nous refuse la dignité. La grande douleur des pauvres, c'est que personne n'a besoin de leur amitié". Ce qu'elle demandait, justement, c'est qu'on lui demandât de se donner, c'est qu'on attachât une valeur à ce don, c'est qu'on vît dans son amitié une source de lumière et de joie.

C'est exactement ce que Dieu nous demande : il nous demande notre amitié. Il n'a pas besoin de nos oeuvres. Qu'est-ce qu'il en ferait, lui qui ne peut rien recevoir dans l'ordre matériel parce qu'il ne peut rien posséder, lui qui est le grand pauvre en qui tout est don, lui qui est essen­tiellement personnel parce que toute sa vie jaillit dans cette relation où "Je est un Autre " ? Comment peut-il nous atteindre sinon, justement, en nous aimant et en nous offrant son amour, et comment pouvons-nous l'atteindre, sinon en l'aimant et en lui donnant notre amour ?C'est le seul lien possible entre Dieu et nous." (à suivre)

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