Suite 3 de la conférence: La seconde naissance ou la victoire sur la mort.

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte:

C'est une erreur de mettre d'un côté l'âme et de l'autre le corps. L'homme est tout entier, tout entier appelé à la vie éternelle. Il n'y a rien en nous qui puisse demeurer en l'état où nous a trouvés notre naissance.

Notre naissance nous a fourni un certain nombre d'énergies, un certain nombre de pouvoirs, mais nous avons à les prendre en mains, nous avons à les faire fructifier, nous avons à les transformer, nous avons à les libérer, nous avons, justement, comme dit notre Seigneur admirablement, " à naître de nouveau ".

La première naissance pour nous n'est pas la naissance définitive. Elle n'est qu'une capacité, une capacité de devenir une personne, elle n'est que un pouvoir de nous immortaliser. Il faut que nous passions par la seconde naissance pour devenir vraiment nous-même et pour réaliser toute notre vocation. C'est cela qui est admirable. Justement, l'homme doit naître deux fois parce que la première fois, il naît passivement, sans l'avoir choisi : la vie lui est imposée. Il doit naître une seconde fois en le choisissant, en faisant de sa vie un don. C'est par-là qu'il entre dans l'immortalité, mais il y entre tout entier.

Un psychologue bien connu, Pierre Janet, a dit ce mot si juste : " Nous pensons avec nos mains aussi bien qu'avec notre cerveau, nous pensons avec notre estomac, nous pensons avec tout. Il ne faut pas séparer l'un de l'autre. La psychologie est la science de l'homme tout entier ".

Il faut réagir absolument contre ce dualisme, cette espèce de séparation en deux morceaux de l'homme, qui aurait une petite âme comme une fumée blanche, perdue dans une masse de graisse. C'est absurde ! L'homme est une puissance de dépassement. L'homme est une vocation d'immortalité. L'homme est un appel à la seconde naissance, tout entier, tout entier dans son cerveau, dans son estomac, dans ses mains, enfin dans toutes les fibres de son être.

Nous avons la déplorable habitude, comme le remarque Claude Tresmontant, la déplorable habitude de nous imaginer le corps d'après le cadavre, en oubliant que le cadavre n'est plus un corps humain. Le cadavre n'est plus un corps humain. Le cadavre, c'est un agglomérat de choses de la nature qui vont, bientôt d'ailleurs, se dissoudre. Il n'y a plus que l'apparence d'un corps humain, il n'y a plus le corps humain.

Le corps humain, il faut le prendre, pour le bien comprendre, dans le germe, dans le germe dans le sein maternel. C'est là que le corps humain apparaît dans son unité, et justement il y a dans ce germe toute la puissance créatrice qui va, à partir de la nutrition fournie par la mère, fournie par la nature à travers la mère, et puis fournie par la nutrition quand l'enfant aura vu le jour, il y a justement dans ce germe toute cette puissance créatrice où nous avons ensemble ce qui va apparaître aux yeux et devenir visible et ce qui n'apparaîtra pas mais qui sera au centre de tout cela, la puissance créatrice, la puissance d'appeler tous les éléments de l'univers pour constituer un instrument toujours valable des fonctions qui concernent la liberté.

L'homme a à se créer lui-même, justement en faisant appel à toutes ces puissances de la nature, mais qu'il ordonne, qu'il recueille dans son esprit, qu'il transforme par ce pouvoir de dépassement, faisant de tout son être l'expression d'une Présence divine.

Car il est clair que le corps humain n'est pas comme le corps des animaux. Tous les psychologues, tous les phénoménologues qui ont étudié ce problème ont constaté avec émerveillement qu'il y a dans le corps humain toute une puissance d'expression qu'on ne trouve pas dans le corps animal.

On a étudié très profondément le cas d'un certain Schneider, qui avait été blessé à l'occiput d'un éclat d'obus, qui était relieur de son métier qui pouvait travailler au 75% mais qui était absolument incapable quand il n'était pas dans la suite des actions que le métier lui commandait d'enchaîner, était absolument incapable de les faire isolément. Il pouvait, en commençant son travail, aller d'un geste à l'autre par une espèce d'enchaînement en ligne droite, mais quand on lui demandait de faire un geste isolé de la suite, il ne pouvait plus.

Il ne pouvait plus comprendre le sens d'un mot isolé. Il pouvait comprendre le sens d'un ordre concernant son travail. Il ne pouvait plus lever le bras ou lever la jambe au commandement, parce que, ses gestes, il ne pouvait les faire que enchaînés.

Quand il éprouvait le besoin de se déplacer, alors le geste venait, mais il ne pouvait plus du tout le faire gratuitement, simplement comme un geste, comme le geste que fait une danseuse dont tous les mouvements ne sont pas nécessités par un besoin naturel mais veulent être l'expression d'un rêve, d'une fantaisie ou d'une idée.

Eh bien ! Tous les médecins - et ils sont très nombreux qui ont étudié ce cas - ont constaté que, chez ce blessé, il y avait perte de ce pouvoir de symbolisme qui distingue le corps humain du corps animal.

Le corps humain peut vivre, peut mimer, peut représenter, peut danser toutes sortes de situations - c'est ce que font d'ailleurs les acteurs de théâtre - sans être vraiment engagé dans la situation, parce que l'homme peut se représenter des milliers d'univers dans lesquels il ne vit pas actuellement, mais dans lesquels il peut vivre imaginairement, symboliquement, par une gesticulation de tout son être.

Donc il est clair que le corps humain, il faut le prendre à partir du germe créateur et non pas à partir du cadavre qui n'est plus un corps humain. Et il faut s'habituer à voir justement l'esprit dans l'homme non pas comme quelque chose qui serait logé à part, mais voir tout cet ensemble comme un pouvoir de dépassement, tout cet ensemble ayant à se recréer, à renaître et à s'immortaliser, comme c'est tout cet ensemble qui est appelé à la vie éternelle. (à suivre)

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