Nous avons à créer le monde aujourd'hui.

Invitation à une prière nouvelle en ce nouveau jour :

Dieu, notre Dieu, Dieu de Jésus-Christ, créateur de l'homme dans une admirable dignité, et qui le recrée dans une dignité plus grande encore, nous t'en prions, donne-nous de prendre conscience de notre vocation de créateur et de l'accomplir ! de prendre conscience de l'immensité de notre vie et de la puissance infinie de notre liberté, et de l'universalité de nos actes qui peuvent élever, ou abaisser, le monde entier !

Nous te le demandons par l'intercession du cœur immense de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face et de tous les saints du ciel et de la terre !

Suite et fin de la conférence enregistrée au couvent des Carmes de Bruxelles en 1960.

Reprise du texte : La Passion de Jésus concerne tout l'Univers comme elle est la reprise et la récapitulation de toute l'histoire.

Suite du texte : Mais, si elle a un sens illimité, infini, cosmique, elle n'est pas seulement rétrospective, elle ne regarde pas seulement en arrière, elle regarde bien plus encore en avant.

Il ne s'agit pas en effet pour nous, en vivant la passion de Jésus-Christ, de nous plonger simplement dans notre passé, dans le passé de l'univers, il s'agit de reprendre conscience de notre vocation et de l'accomplir, il s'agit de commencer à être, il s'agit d'accepter d'être un commencement, une source et une origine, comme nous le dit avec une si magnifique sobriété la prière de l'Offertoire : "O Dieu, qui avez créé l'homme dans une admirable dignité et qui l'avez plus magnifiquement encore réformé."

Cette réformation magnifique, surabondante et donc prospective est le regard en avant : elle nous invite à entrer aujourd'hui dans notre vocation de créateur, à prendre conscience de l'immensité de notre vie, de la puissance infinie de notre liberté, à prendre conscience de cette catholicité, de cette universalité de l'acte humain qui resplendit d'une lumière si émouvante dans la vie si brève et si riche de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus.

Elle a compris, cette jeune fille, l'immensité de la vocation humaine et qu'il ne s'agit pas pour elle de se sanctifier pour elle-même, de faire son sommet et d'atteindre sa béatitude, ce qu'elle veut, c'est, dit-elle lorsqu'elle sent que les mortifications corporelles ne sont pas l'essence de sa vocation, ce qu'elle veut être, ce qu'elle se sent appelée à être, c'est le cœur de l'Eglise : "Eh bien moi, je serai le coeur de l'Eglise !" C'est donc immédiatement le monde entier que sa vision embrasse, c'est le monde entier qu'elle a mission de porter, et nous savons qu'effectivement, elle l'a porté et que sa prière de cloîtrée silencieuse, que son activité insignifiante a franchi tous les murs, toutes les frontières, a fait fleurir la grâce dans des millions d'âmes, parce que, justement, elle a accepté, sans employer ces mots mais en entrant pleinement dans leur réalité, d'être vraiment une origine, un commencement, un créateur, et c'est cela notre vocation.

Nous ne sommes pas en face du Christ pour commémorer une histoire passée et nous émouvoir à fleur de peau sur un supplice inexprimable, nous sommes en face de lui pour retrouver le sens même du geste créateur, pour l'achever, pour l'accomplir, pour lui donner toute sa plénitude, pour délivrer le monde de ses désordres et l'univers de son gémissement, pour que le monde devienne digne de Dieu et digne de nous.

C'est toujours sous le signe de la grandeur que l'Evangile se place. Il n'est nullement une sorte de consolation donnée à une humanité faible et pleurnicharde ! L'Evangile nous appelle à une action formidable, immense, discrète en même temps et silencieuse, parce que justement cette action, c'est nous-même, tout entiers engagés dans cet amour nuptial où Dieu nous appelle en sollicitant éternellement notre oui qui doit fermer l'anneau d'or des fiançailles éternelles.

Nous voulons donc écouter cet appel qui retentit au plus profond de l'histoire, comme il résonne au plus intime de nos cœurs, cet appel à la grandeur que saint Léon commémorait à Noël : "Souviens-toi, prends conscience, ô chrétien, de ta dignité et maintenant que tu participes à la nature divine, ne retombe pas, par une conduite dégénérée, dans ta bassesse de jadis. Souviens-toi de quel Corps tu es membre et quelle est la tête."

Oui, c'est cela, tout commence. Nous n'allons pas vivre au passé, mais vivre dans le présent, dans l'éternel présent, l'éternel cadeau de Dieu en essayant avec Thérèse de l'Enfant Jésus de consentir de tout notre être, afin d'entrer, nous aussi, dans la catholicité de l'amour, pour devenir le coeur de l'Eglise, en nous souvenant de ce grand mot de Bergson, qui n'a jamais été plus vrai que dans la lumière que la liturgie nous présentant la passion de Jésus-Christ comme une respiration: "Le monde est une machine à faire des dieux ; Dieu a créé des créateurs."

(fin de la conférence)

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