Suite 5 de la 3ème conférence donnée à Londres le 16 février 1964

« Non, il ne s'agit pas du tout de se braquer contre le communisme en tant que le communisme implique une certaine distribution des biens et a toujours été la loi de l'état monastique. Il s'agit tout simplement d'envisager un communisme à l'exemple de celui des indiens du Paraguay comme une possibilité sous le regard même de Dieu, dans l'étreinte de la croix, dans la charité du Christ, dans une volonté d'aboutir à la liberté intérieure et de faire de soi-même un espace de générosité.

Cela ne veut pas dire qu'on ne puisse préférer à ce communisme des habitants du Paraguay une autre manière d'assurer la sécurité de l'homme et je crois, quant à moi, que le fait d'avoir une charge de responsable, d'assumer un rôle de chef, stimule les meilleures qualités de l'homme et peut être bénéfique pour tous, à condition que tous soient associés aux efforts du chef, que tous soient co-responsables et que ce soit par l'ensemble que le chef soit porté à la tête de l'entreprise.

Quoiqu'il en soit et pour aboutir à une conclusion pratique, il est dans l'ordre essentiel du droit de propriété de revendiquer, par sa seule existence, une réforme constante.

Ce qui est à nous n'est pas vraiment à nous, nous ne pouvons disposer définitivement ni de notre maison, ni de notre argent, ni de nos terres, si nous en avons : tout cela étant primitivement un bien commun, dans la mesure même où nos besoins sont satisfaits et ceux des autres ne le sont pas, doit leur revenir.

Quand nous donnons notre surplus à des êtres qui, sans aucune responsabilité de leur part, sont dans une situation insuffisante qui n'atteint pas réellement le niveau vital dans ses exigences les plus immédiates, nous ne faisons que leur restituer ce qui est à eux.

Nous avons donc à entrer très profondément dans ce personnalisme de la propriété en nous rappelant que tous les droits de l'homme se situent au niveau de la personne, qu'ils ont comme fondement la pauvreté selon l'esprit, la pauvreté évangélique, en nous rappelant qu'il s'agit de devenir chacun un espace de générosité.

Nous sentirons toute l'hypocrisie qu'il y aurait à garder pour nous le luxe qui ne nous est pas nécessaire quand les autres manquent de tout et qu'ils sont absolument incapables, comme la femme pauvre devant ses marmites, de prier et de penser parce qu'ils sont saisis aux entrailles par leurs propres besoins, sinon par les besoins de leurs enfants.

Nous avons donc à sentir en nous cette sollicitude que le Christ éprouvait d'une manière si sensible quant aux besoins matériels de l'homme. «J'ai eu faim, j'ai eu soif, j'étais nu, j'étais malade, j'étais en prison. Ce que vous avez fait au plus petit d'entre mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait : c'est à cela que l'on reconnaîtra que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Il ne s'agit donc pas de s'abstraire de cette humanité misérable dont les deux tiers sont sous-alimentés, il s'agit de comprendre que c'est là notre problème, que le Christ est blessé à mort dans la répartition actuelle des biens de la terre et, sans vouloir faire le procès de quiconque, sentir que nous sommes appelés à nous réformer nous-même et à concourir à la réforme de la redistribution des biens. Rien n'est à nous, pour nous ; tout ce qui nous appartient est en vue du don que nous avons à être pour les autres, parce que le Royaume de Dieu ne peut pas s'accomplir dans les nuages. » (à suivre)

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