Suite 4 de la 3ème conférence donnée à Londres le 16 février 1964. (Suite du texte « sité » le 25 décembre)

« Il est évident que, lorsque les hommes étaient en tout petit nombre, ils pouvaient aller à droite et à gauche, comme Loth et Abraham. L'espace n'était pas mesuré, il suffisait pour eux d'établir un écart entre leurs troupeaux pour éviter les conflits.

La terre devient aujourd'hui très petite, la population augmente sans cesse, il faut donc songer à une redistribution des territoires qui ne sont pas à un peuple déterminé pour l'éternité, comme aussi à une révision de la propriété personnelle pour ce qui concerne l'Occident.

Et à ce propos, il convient de remarquer que le droit de propriété peut s'exercer dans une forme communautaire comme dans une forme personnelle. La vie monastique est toujours organisée sur la base de la propriété commune : la vie monastique est communiste et c'est très bien : c'est la communauté qui garantit à chacun cet espace de sécurité, c'est la communauté qui gère les biens pour que justement l'individu soit encore plus libre, puisqu'il n'a plus du tout à s'en occuper. C'est l'économe qui porte la charge, c'est lui qui, évidemment, est le bouc émissaire.

Mais enfin, la communauté comme telle exerce le droit de propriété, je veux dire bénéficie de cet espace de sécurité qui permet à chacun de devenir un espace de générosité.

Le communisme, je veux dire la répartition communiste des biens, n'est pas du tout contraire au droit de propriété, je n'ai pas besoin de vous le dire et n'est pas contraire à l'Evangile, cela va de soi, puisque le Seigneur n'a pas où reposer sa tête. Il est clair que ce n'est pas le Christ qui peut garnir des coffres-forts ! Comme les bons bourgeois français, voltairiens pourvoyeurs de l'athéisme, l'ont cru lorsqu'ils sont retournés à la religion : voyant que les principes qu'ils avaient répandus se retournaient contre leurs privilèges, ils se sont précipités dans l'Eglise avec l'espoir que sa sagesse traditionnelle allait garantir leurs biens. Triste manière de retourner à l'Evangile ! Heureusement que leurs descendants ont oublié le caractère très impur de cette conversion et sont des chrétiens aujourd'hui très authentiques.

En tout cas, il n'y a aucune espèce de difficulté à concevoir un état communiste, pourvu que ce communisme satisfasse à la requête première du droit de propriété, à savoir le droit de garantir à chacun la possibilité de devenir un espace de générosité.

Au fond, tous les systèmes sont acceptables à condition qu'ils satisfassent à cette vocation de la propriété qui est de garantir notre liberté et d'aboutir à ce don où s'accomplit la divine pauvreté qui est la première béatitude.

Il y a d'ailleurs un exemple extrêmement émouvant : la constitution au 17ème siècle et au 18ème siècle, c'est-à-dire pendant 150 ans, dans l'Etat du Paraguay, entre le Brésil et l'Uruguay, d'un état communiste fondé par les jésuites, gouverné par eux, de très haut et avec un tact admirable, une république où l'usage de l'argent était inconnu, où la propriété était inconnue, où chacun recevait selon ses besoins, travaillait selon ses capacités, où les travailleurs chaque matin se rassemblaient devant l'Eglise, chantant leurs prières, se rendant en procession au travail, en revenant de même, dans une harmonie incroyable, puisqu'ils s'administraient eux-mêmes, qu'ils avaient les villes les plus grandes de l'époque, des villes de 10 000 habitants, qu'ils avaient une architecture, imitée d'ailleurs de l'Europe, dont on trouve encore les vestiges, qu'ils étaient capables de chanter des Messes de Palestrina à six voix, qu'ils s'assimilaient toutes les techniques européennes avec bonheur, qu'ils étaient les meilleurs producteurs de thé et que tout ce qu'ils produisaient, en effet, était d'une qualité supérieure parce qu'ils accomplissaient leur travail dans la joie et dans la liberté.

Occasionnellement les pères Jésuites, qui n'étaient d'ailleurs qu'une quarantaine, étaient appelés comme médiateurs dans les conflits extrêmement rares que leurs administrés n'étaient pas capables de résoudre par eux-mêmes.

Cet état aurait duré, et nous aurions eu le premier état communiste chrétien du monde, placé sous le signe de la Croix, la première réalisation d'un communisme absolument intégral dans la paix, dans la joie et dans l'amour, si, dans leur fureur, les Espagnols et les Portugais jaloux de ce succès, jaloux surtout de la qualité des produits qu'ils ne pouvaient concurrencer - puisqu'ils les produisaient par le moyen de leurs esclaves - n'avaient pas, avec un acharnement démoniaque, alerté toutes les puissances, du Pape au Général des Jésuites, en passant par le Roi d'Espagne et du Portugal, n'avaient pas travaillé à la destruction de cet état. Aux citoyens on a imposé de force, comme une espèce de vérité évangélique, l'obligation de la propriété personnelle, au moins partiellement, ce qui était le commencement de la ruine, parce que ces gens qui avaient été des nomades devenus sédentaires n'ayant aucune notion de la propriété personnelle ou individuelle, étaient absolument incapables de s'intéresser à ce qui était à eux. Ils ont commencé par abandonner la culture, les lopins de terre qui leur avaient été assignés, puis, ils ont été finalement massacrés, entraînés dans des guerres monstrueuses et ils ont disparu.

Il aurait pu y avoir là un exemple admirable d'une réalisation chrétienne d'une propriété commune dans un peuple tout entier, avec les résultats les meilleurs et les plus dignes d'admiration. » (à suivre)

A noter que j'ai toujours mis en italiques ce qui n'est pas dans le texte de Zundel alors que le Père G.G. dont j'ai pris ici la transcription utilise les italiques pour faire ressortir un passage. Je remet donc la plupart de ses passages en italiques en caractères normaux.

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