La Trinité, mystère de la pauvreté de Dieu. 3ème paragraphe.

Tout devient lumière à partir de la Trinité. Dieu ne vient à nous que comme l'Amour.

 

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte :

 

« Un enfant comprend, il comprend, il comprend qu'on ne peut pas mettre l'amour dans sa poche, il comprend que, dans une famille, qui est une trinité et qui est le plus bel exemplaire créé de la Trinité, dans cette famille où il y a le père, la mère et l'enfant, tout enfant comprend que, dans cette trinité où il vit, qui est son foyer, qui est sa maison, il y a une exigence fondamentale sans laquelle il n'y a pas de bonheur, qui est de s'oublier!

Or, il est évident que le bonheur de cette famille, la joie de ce foyer, l'harmonie de cette maison, l'unité de ces trois personnes, elle est tout entière attachées au fait que chacune regarde l'autre et non soi-même. Quand le mari s'oublie en regardant sa femme, la femme s'oublie en regardant son mari, les parents s'oublient en regardant leur enfant, leur enfant s'oublie en les regardant, alors oui, ça fait une unité, ça fait une harmonie, ça constitue un merveilleux bonheur parce que personne ne possède rien.

Mais si l'un des trois s'avisait de vouloir s'approprier cet amour, ce bonheur, cette unité, en disant : "C'est moi, moi, moi, qui en suis le centre et la source et la fin", il détruirait tout, parce que le bonheur ne peut exister qu'à l'état de communication, comme tous les biens de l'esprit, comme tous les biens du cœur, ils ne peuvent exister qu'à l'état de communication.

C'est pourquoi dès qu'on s'admire admirant, on ne voit plus rien. Dès qu'on s'admire d'avoir compris, on ne comprend plus ! Dès qu'on s'admire parce qu'on prie bien, on ne prie plus, parce que, justement, pour que la Lumière passe, pour que la Vérité s'enracine, pour que l'Amour fleurisse, il faut l'espace, il faut ce vide sacré dont parle Claudel, qui est comme le berceau du Dieu Vivant. Il faut se retirer devant la Lumière, il faut Lui offrir la transparence d'une vie entièrement dépouillée.

Comment voulez-vous que le Bien Suprême qui est le Bien Divin soit autre chose que le dépouillement, soit autre chose que l'oubli de soi, soit autre chose qu'un élan vers l'autre, soit autre chose que la Très Sainte Pauvreté ?

Comment ne pas, ne pas tressaillir de joie devant cette confidence incomparable où Notre Seigneur nous introduit dans le secret du Cœur de Dieu ? Et pourquoi dire que c'est là une chose obscure ? Mais c'est la chose la plus lumineuse ! ... Si, justement, c'est un mystère, c'est parce que jamais, jamais, nous ne pourrons l'épuiser, jamais nous ne serons assez pauvres pour comprendre cette Pauvreté qui va jusqu'à la racine de l'être.

Car c'est là la source de la vie en Dieu : la Pauvreté. Dieu ne peut pas revenir sur soi ! le Père ne peut jamais se regarder regardant parce que le Père n'est que ce regard vers le Fils. Il est tout entier cet élan vers le Fils. Il est tout entier Sa paternité ! Il n'est rien d'autre que cette relation vivante à l'autre, comme le Fils n'est rien d'autre que sa filiation, comme le Saint Esprit n'est rien d'autre que la respiration du Père et du Fils.

Jamais l'humanité n'a connu une heure pareille, jamais l'humanité n'a connu une révélation qui aille jusqu'à ce niveau, jamais l'humanité n'a été pareillement comblée, n'a été pareillement libérée comme elle l'a été lorsque, à travers Saint François, elle a pu lire enfin l'essence du Message Evangélique. Tout devient Lumière à partir de la Trinité. Tout s'explique, si l'on peut dire, dans cette confidence unique qui nous délivre de ce Dieu pyramidal, de ce Dieu dominateur, de ce Dieu écrasant, de ce Dieu maître, de ce Dieu propriétaire, de ce Dieu qui laisse tomber les miettes de sa table au compte-goutte et qui nous punit du moindre pas fait en avant.

C'est un faux Dieu, c'est une idole et désormais, enfin, nous pouvons respirer parce que Dieu ne vient pas à nous autrement que comme l'Amour, l'Amour qui n'est qu'Amour et qui ne peut qu'aimer, l'Amour qui ne nous touche que par son Amour, comme une mère ne peut atteindre le cœur de son enfant que par son amour, un amour si grand, un amour si infini, que nous ne pouvons L'atteindre nous-mêmes que par notre amour.

C'est un Dieu inconnu, c'est un Dieu dont nous n'avons pas l'habitude, un Dieu que les chrétiens dans l'ensemble ne connaissent pas. Ils sont restés juifs. Ils sont restés en face du Dieu du Sinaï auquel ils ont ajouté, on ne sait pas comment, un Fils qui est né de la Vierge! Ils ont oublié que la Filiation en Dieu est éternelle, éternelle, éternelle comme la Paternité, éternelle comme la respiration de l'Esprit Saint, que Dieu est Trinité et qu'Il ne peut pas être autrement parce que Dieu ne peut jamais être un Dieu solitaire et qui tourne autour de lui-même. Il a l'Autre dans Son Cœur. Il est l'Autre au cœur de Son Cœur et, pour exercer la plénitude de l'Amour, Il n'a qu'à exister, parce que exister, pour Lui, c'est se donner; exister, pour Lui, c'est se communiquer; exister, pour lui, c'est se dépouiller. Il a tout perdu éternellement et, s'il ne peut rien perdre, ce n'est pas parce qu'il possède tout et que il défend Sa Propriété avec un glaive de feu, c'est parce qu'il a tout perdu éternellement, comme Celui dont le Moi, dont "Je est un Autre".

 

Prière. Trinité sainte, mystère inépuisable : que nous entrions sans cesse dans l'impénétrable, si peu que ce soit, en accomplissant nous-même ce qui fait que notre Dieu est Ce Dieu Trinité, ce don incessant et parfait de tout nous-même ! Que l'inconnaissable soit connu pour la libération et le bonheur de tous les hommes !

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