Recevez, acceptez, ce soir et les soirs suivants l'étude d'un texte de Zundel, tout à fait remarquable.

C'est la seconde partie de la conférence de retraite donnée le mercredi 5 août 1959 à Ghazir aux franciscaines de Lons-le-Saunier. On lui a donné pour titre « La Trinité, mystère de la pauvreté de Dieu ». L'histoire de saint François y tient bonne place parce qu'il a vécu de façon admirable, par son culte de la pauvreté, ce mystère de la Trinité, et aussi parce que Zundel s'adresse ici à des filles de ce saint François, de ce fait mieux préparées à entrer dans ce mystère. On le divise ici en 5 paragraphes, pour chacun des 5 jours qui suivent.

 

Prière.

Dieu notre Dieu, Dieu Père, Fils, Esprit, fais-nous recevoir, éblouissant de lumière, le mystère de la Trinité divine ! Au ciel nous n'aurons jamais fini d'en recevoir le rayonnement, nous t'en supplions, que dès cette terre, nous soyons illuminés de ses clartés, qu'elles libèrent de plus en plus notre intelligence et notre cœur trop souvent prisonniers de la représentation d'un faux dieu !

 

Le mystère de la Trinité. La Trinité, mystère de la pauvreté de Dieu. Premier paragraphe.

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte :

 

« Nous avons appris au catéchisme que la Trinité est un mystè­re, un mystère impénétrable et on nous a raconté cette fausse histoire d'Augustin se promenant sur la plage et voyant un petit enfant qui veut mettre la mer dans son coquillage. Ce n'est pas vrai ! Ce n'est pas vrai ! Si Jésus nous a parlé de la Trinité, ce n'est pas pour confondre notre intelligence, c'est pour la déli­vrer .

Le mystère, le mystère chrétien, ce n'est pas une chose obs­cure. C'est une chose éblouissante de lumière. C'est une lumiè­re qu'on ne peut pas exprimer et qu'on ne peut pas épuiser. C'est tout le contraire d'un écran, d'une limite, d'un mur contre le­quel on vient buter ! C'est tout l'espace qui s'ouvre; et on pour­ra s'avancer éternellement, éternellement, éternellement ... Et ce sera toujours, toujours, toujours nouveau. On ne l'épuisera ja­mais !

Si Jésus donc nous a introduits dans ce secret, c'est parce que ce secret est la liberté (la libération) de notre intelligence et de notre cœur (1). Car il faut l'avouer, tant qu'on se trouve devant le Dieu solitaire du Judaïsme ou de l'Islam, on est écrasé. Comment ? Comment ? Dieu est Celui qui tourne autour de Lui-même ? Il est solitai­re, Il se célèbre, Il se regarde, Il s'admire, Il s'aime, et II nous demande de Le célébrer, de L'aimer ? C'est asphyxiant, c'est étouffant ...

Et on comprend la petite ille la petite egyptienneégyptienne âgée de neuf ans qui, ayant entendu raconter que Dieu était la Cause Première, que tout vient de Lui, que tout retourne à Lui, qu'il ne fait rien que pour Lui, qu'il a tout, qu'on ne peut rien Lui enlever, qu' Il est infiniment heureux, qu'il est indifférent au malheur et au bonheur parce que Sa joie est complète en Lui-même, se disait : "Il en a de la chance. Ça Lui est venu comme ça, tout seul ? Tout seul. Il n'a rien fait pour être Dieu, ça lui a été donné depuis toujours. Comme c'est curieux, comme c'est curieux... Tout de même, Il en a de la chance. Pourquoi est-ce Lui et pas nous ? Pourquoi est-ce Lui et pas nous ? Au fond, ce n'est pas juste. Ce devrait être le tour de chacun et de tout le monde !" Et elle attendait, dans sa petite tête, elle attendait son tour d'être Dieu.

Comme Nietzsche le philosophe allemand disait: "S'il y a des dieux, comment supporterais-je de n'être pas dieu?"

Justement, parce que la petite fille, comme ses catéchis­tes, comme Nietzsche, ils construisaient tous Dieu en hauteur dans la ligne de la pyramide. Ils voyaient Dieu tout là-haut, tout là-haut, tout là-haut, comme le rouleau compresseur qui nous écrase de Sa Puissance et de Sa Majesté.

Ils ne savaient pas que Dieu est Celui qui est à genoux au Lavement des pieds. Et justement, la Trinité, la Trinité, la Trinité nous ouvre le Coeur de Dieu: La Trinité nous apprend que Dieu n'est pas so­litaire. Il est unique, mais pas solitaire - unique, mais non solitaire, que justement, ce n'est pas quelqu'un qui se regarde, qui s'admire, qui se célèbre, qui s'encense et qui s'aime, par­ce qu'en Lui, toute la vie jaillit, jaillit, jaillit comme une communication qui va du Père au Fils, du Fils au Père, dans l'Unité du Saint-Esprit, qu'il y a en Dieu l'Autre, qu'en Lui, justement, "Je est un Autre", qu'en Lui la vie, c'est "Tu es Moi"... "Tu es Moi"... le Père le disant au Fils, le Fils au Père, le Père et le Fils au Saint Esprit, le Saint Esprit au Fils et au Père. » (à suivre)

 

(1) Tant qu'on n'est pas entré, si peu que ce soit, dans cette intelligence du mystère de la Trinité, on ne peut encore rien bien comprendre quant à Dieu et quant à l'homme. D'où son importance capitale, et Zundel osera donc dire : « Il faut tout reprendre ! » Et cela n'a manifestement pas été fait dans l'Eglise 50 ans après que ces choses ont été dites. Parce qu'on ne les connaît pas ou parce qu'elles peuvent sembler désapprécier à la base l'enseignement de l'Eglise, ce que les hommes d'Eglise ne peuvent d'abord que refuser. Il y a urgence aujourd'hui parce que nos contemporains du 21ème siècle acceptent de plus en plus mal un Dieu en haut de la pyramide. D'où leur indifférence, généralisée maintenant, pour le christianisme qui leur apparaît demander la foi en un dieu totalement inacceptable et complètement extérieur à l'homme.

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