Notre Dame du Valentin,Lausanne, dimanche des vocations, 6ème après l'Epiphanie, 11 Février 1962

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte:

Quand les Apôtres reçurent la mission d'évangéliser le mon­de, qui étaient-ils? Une douzaine d'hommes d'un tout petit pays, sans aucune influence sur la marche du monde et pourtant c'est à eux, qui n'avaient pas de grandes connaissances ni de vastes horizons, c'est à eux que fut remis ce monde même qu'ils devaient illuminer de la Lumière du Christ. Mais qu' elles étaient leurs forces? Où puisaient-ils leur courage d'affronter toutes les difficultés jusqu'au martyre Sinon justement dans ce fait qu'ils étaient envoyés.Ils avaient le sentiment profond que ce n'était pas eux qui agissaient en eux, qui agissaient par eux, mais que c'était un Autre, et que cet Autre au plus intime d'eux-mêmes leur permettrait d'affronter tous les dangers, de supporter tous les supplices, et de toucher tous les cœurs.

Mais cet envoi, cette mission, cette force que les Apôtres puisaient dans la certitude qu'ils étaient portés dans la Présence du Seigneur, cette certitude nous devons l'avoir aussi, car nous sommes tous des envoyés. Nous ne cessons de redire que l'église est apostolique, cela veut dire que l'église est envoyée, et être d'Eglise, c'est la même chose que d'être envoyé.

On sollicitait tout à l'heure vos prières pour les vocations sacerdotales et religieuses. Pourquoi y a-t-il si peu de vocations? C'est parce que le peuple chrétien, dans son ensemble, a perdu la conviction qu'il était envoyé, c'est parce que il a perdu le sens de la mission, c'est parce que le peuple chrétien n'est pas, comme il est appelé à l'être, un peuple sacerdotal.

Tout chrétien a la même mission. Tout chrétien est envoyé autant que le prêtre. Le prêtre sans doute est un lien visible, un lien sacramentel de l'unité du Corps Mystique de Jésus Christ, mais cette mission, indispensable, ne dispense pas les autres chrétiens d'être les témoins, comme le prêtre, les témoins de Jésus Christ, et tout chrétien dès son baptême est envoyé.

Saint Paul d'ailleurs le rappelle formellement aux époux lorsque il représente le mariage comme le sacrement même du Corps Mystique, lorsqu'il affirme que le mariage est le mystère qu'il représente et qu'il réalise l'unité du corps mystique, le sacrement qui représente et qui réalise l'union de Jésus Christ avec toute l'Humanité. Les époux eux aussi, les époux sont consacrés et, par cette consécration, envoyés pour accomplir dans le monde l'œuvre de Jésus Christ, pour être ses témoins, pour communiquer la lumière de Sa Présence et la joie de Son Amour.

Et ceux qui ne sont pas mariés ont tout autant la mission de représenter Jésus Christ et de Le donner, et le même Saint Paul, qui situe le mariage à cette hauteur incomparable, qui voit dans le mariage une mission divine, une mission universelle, le même Saint Paul glorifie le travail, il lie la pureté de son apostolat au travail de ses mains, et il rappelle aux Corinthiens que tout son honneur, c'est justement d'accomplir son apostolat gratuitement, et de se procurer son pain par le travail de ses mains, puisque il fabriquait des tentes avec ses amis Aqùila et Priscille. Le travail, pour lui, faisait partie, de cette mission. Il prolongeait le travail de l'artisan de Nazareth. Il avait, lui aussi, il doit avoir toujours, à nos yeux, une valeur sacrée, il doit constituer, pour nous, une mission et un témoignage, parce qu'il est impossible d'aimer le Christ sans vouloir répandre Sa Lumière et communiquer Sa Présence.

Nous devons donc tous puiser dans cette certitude que nous sommes envoyés,le courage de notre action, l'enthousiasme de notre travail, la perfection de notre service, quel qu'il soit, parce que, partout où nous sommes, nous représentons le Christ et nous engageons Sa Vie.

D'ailleurs l'Evangile d'aujourd'hui nous indique comment nous avons le plus de chances d'accomplir fructueusement notre mission: c'est de commencer par les toutes petites choses. Le premier miracle de Jésus, vous vous le rappelez, est rattaché aux Noces de Cana. C'est à l'occasion d'un banquet, d'une fête nuptiale où, le vin venant à manquer, les époux risquaient de perdre la face devant leurs hôtes, c'est à cette occasion que Marie intervient, qu'elle intercède et que sa prière aboutit à travers le Cœur du Seigneur, à ce miracle qui tire d'embarras les époux et qui leur permet de garder pour toute la vie le souvenir d'un jour parfaitement réussi, qui est comme le seuil de leur bonheur.

C'est une toute petite chose, mais ce sont ces petites choses qui sont au départ des grandes choses, car la vie est faite de nuances, elle est faite de détails, et c'est le souci précisément de composer au jour le jour, d'établir dans notre milieu une atmosphère de paix, de concorde, de bienveillance, de gentillesse, de courtoisie, qui sera l'accomplissement le plus fécond de notre mission.

A l'autre bout de l'Evangile, ne trouvons-nous pas, dans le récit adorable des disciples d'Emmaüs, ne voyons-nous pas que les disciples d'Emmaüs qui n'avaient pas compris les paroles de Jésus, qui ne savaient pas que le pèlerin qui les accompagnait sur la route était le Seigneur Lui-même, comment leurs yeux se sont-ils ouverts? Simplement parce que, à l'égard de celui qu'il prenaient pour un pèlerin et un voyageur, ils ont exercé le devoir de l'hospitalité. C'est parce que ils l'ont comme forcé à entrer chez eux et à s'asseoir à leur table, c'est parce que ils ont été tout simplement fraternels à son égard que, tout d'un coup, leurs yeux, ils se sont ouverts et qu'ils ont reconnu le Seigneur à la fraction du pain. Ce sera par des démarches semblables, ce sera par ce souci des toutes petites choses que nous accomplirons cette mission qui nous est donnée dans chaque liturgie, puisque le dernier mot de la messe, c'est "Ite missa est", allez, allez, c'est la mission.

Nous sommes ici justement pour puiser la force de la mission, pour la recevoir à nouveau de la bouche et du cœur du Seigneur afin que nous reprenions cette semaine notre travail avec la conviction que nous sommes envoyés.

Quoique nous fassions, quelque soit notre ouvrage, quelque soit le milieu dans lequel se dépensent nos énergies, nous avons à faire à des hommes, nous avons à faire à des êtres humains qui portent en eux les mêmes désirs, les mêmes souffrances, les mêmes espoirs, les mêmes solitudes que nous-mêmes et qui attendent, sans oser nous le dire, et qui attendent de nous la réponse à leurs problèmes, et qui l'attendent avec d'autant plus d'impatience qu'ils savent que nous sommes - ,comme on dit, hélas , des pratiquants qui savent que nous prétendons être chrétiens et qui s'imaginent que nous avons réellement quelque chose à leur apporter.

Eh bien, nous avons en effet quelque chose d'essentiel à leur apporter, puisque c'est la Présence même du Seigneur que nous avons à leur communiquer et si nous tous qui sommes ici ce soir, nous considérons vraiment que nous sommes envoyés, si nous recommençons notre semaine avec la conviction que nous accomplissons une mission divine, que nous y sommes portés par la Présence et la grâce du Seigneur et que, à travers ces gestes humains indispensables à l'acquisition de notre pain quotidien, peut passer, si nous y apportons tout le respect, toute la bonté, toute la bienveillance, tout le sourire et toute la courtoisie, peut passer la Présence de Jésus, nous saurons que l'Eglise tout entière est apostolique, que l'Eglise tout entière est sacerdotale et que le peuple chrétien est un peuple de prêtres. C'est dans cette mesure que des vocations sacerdotales et religieuses se développeront naturellement car, si le peuple chrétien tout entier est un peuple d'apôtres et de prêtres, il sera comme naturel que jaillissent de ce peuple les chefs et les cadres qui doivent d'une manière officielle et visible jouer le rôle de sacrements de l'unité du Corps Mystique du Seigneur.

Nous voulons donc ce soir, en songeant que le Christianisme s'est répandu par douze pécheurs de Galilée, qui n'avaient aucune chance de réussir et qui n'ont eu d'autre appui que la certitude en eux de la Présence du Seigneur, nous voulons demander que, nous aussi, aussi limités que nous soyons, aussi fragiles, aussi peu généreux, nous soyons d'autant plus stimulés que nous serons plus convaincus que la vie, que l'Evangile, que la grâce, que la joie, que la lumière du Seigneur est remise entre nos mains et que c'est cela que veulent signifier ces petits mots qui clôtureront cette liturgie: "Ite Missa est". Allez, c'est la mission !

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