Début de la 3ème conférence donnée au couvent des dominicaines de Beyrouth en juin 1965

« La troisième session du Concile s'est achevée sur le retrait inattendu d'une déclaration sur la liberté religieuse qui devait être soumise au vote des pères.

On a expliqué de différentes façons le retrait de cette déclaration. Il semble qu'elle ait été provoquée par la fraction conservatrice du Concile, soit que l'on ait craint de porter atteinte à des situations acquises, comme celles de l'Eglise en Italie ou en Espagne, soit que, plus profondément, on ait craint de trahir les droits de la Vérité.

Et l'on peut de fait concevoir l'argument, qui est d'ailleurs profondément traditionnel, de ceux qui, dans la fraction conservatrice, craignent que, si l'on proclame une liberté religieuse sans conditions, on porte atteinte précisément aux droits de la Vérité, cette Vérité qui est sacrée, cette Vérité qui est à la fois le bien et le devoir de l'esprit et qui ne saurait être comparée d'aucune manière à l'erreur. Tout ce que l'on peut accorder à l'erreur, en raison de la bonne foi de ceux qui la professent, c'est ainsi que raisonne cet argument, tout ce que l'on peut accorder à l'erreur, c'est la tolérance.

La Vérité a seule des droits. Il faut la protéger, il faut tout au contraire endiguer l'erreur, la combattre autant que possible, en préserver les esprits parce que, de toutes manières, même si elle est professée de bonne foi, elle est un mal. On ne saurait donc mettre sur le même pied la vérité et l'erreur et c'est pourquoi toute déclaration sur la liberté religieuse doit être entourée de toutes sortes de précautions pour que l'on ne mette pas l'erreur sur le même pied que la Vérité.

Ce raisonnement, nous le connaissons, il a beaucoup servi et il se résu­mait au Moyen Age dans cette formule extrêmement succincte : "Les faux monnayeurs altèrent la monnaie et ils sont punis ! A combien plus forte raison faut-il punir les hérétiques obstinés qui altèrent la doctrine ! " Il est clair qu'une telle argumentation, aussi logique qu'elle paraisse, sus­cite immédiatement des objections dont la première est celle-ci : comme il y a plusieurs religions qui se donnent en fait pour révélées, car c'est bien sûr la vérité révélée qui, au maximum, bénéficie des droits qui sont seuls acquis à la Vérité, comme plusieurs religions se donnent pour révélées, c'est bien sûr dans la mesure où. elles diffèrent qu'elles sont tenues de se combattre et ne peuvent user les unes à l'égard des autres que d'une tolérance surveillée.

La seconde objection, beaucoup plus grave, c'est que sur le terrain de la chrétienté, pour nous limiter à nous-mêmes, sur le terrain de la chré­tienté, cette argumentation a donné lieu à une "chasse à l'homme" atroce soit par l'Inquisition, soit par les guerres de religions, soit sous forme de fanatisme. Cette défense de la Vérité a abouti à la persécution, au mépris de la dignité humaine, à cette épouvantable entreprise de contrainte qui a déshonoré Dieu autant que l'homme.

Pour répudier tous ces abus, allons-nous dire que l'erreur a les mêmes droits que la Vérité ? Allons-nous dire que la Révélation n'oblige personne, que chacun a le droit de la récuser ? On voit bien que nous sommes ici dans une impasse, qu'il faut reprendre le problème sous de nouveaux frais et se poser ces deux questions essentielles : qu'est-ce que la Vérité ? première question, et, deuxième question : que veut signifier et comment reconnaître une Révélation divine ? (à suivre)

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