Si nous ne sommes pas brûlés par ce ferment évangélique ...

Suite 4 et fin de la 1ère conférence donnée aux dominicaines de Beyrouth en juin 1965 .

Reprise du texte : « Nous sommes la révélation, du moins avons-nous à le devenir. Nous sommes le critère de toute vérité, du moins nous avons à le devenir. Car finalement toute vérité, tous les miracles, toutes les prophéties, toutes les visions ne sont rien avant d'avoir été filtrées par cette lumière intérieure, avant d'avoir été décantées dans ce jour spirituel, avant d'avoir livré leur ferment libérateur.

C'est tout ce que nous pouvons attendre d'une révélation prophétique, d'une vie qui se prétend témoin de Dieu. Tout ce que nous pouvons en attendre, c'est d'être un ferment de libération. Tout ce qui ne peut pas devenir en nous un ferment de libération ne peut pas procéder de Dieu, ne peut pas nous conduire à Dieu mais devient au contraire un obstacle à cette découverte et à cette rencontre. »

Suite du texte : « Je n'ai pas besoin de dire combien nous sommes loin de cette conception qui est pourtant au coeur de l'Evangile, puisque l'Evangile, c'est la Pauvreté, la Pauvreté unique, incomparable, indépassable, suprême, de l'Humanité de Jésus Christ ! C'est cela l'Evangile : Jésus Christ dans Sa Pauvreté infinie, Jésus Christ rayonnant sur nous, Jésus Christ vivant en nous et nous appelant à cette pauvreté qui évacue justement le moi propriétaire et permet l'investiture du moi divin. Là est la seule action que nous ayons à accomplir, le seul témoignage que nous ayons à rendre et à donner.

II est parfaitement clair qu'il est absolument indifférent à un homme vivant, à un homme qui cherche passionnément le réel, ça lui est parfaitement indifférent que nous lui apportions des programmes, que nous lui parlions d'un passé merveilleux, d'un être modèle et idéal ! ça lui est parfaitement indifférent si, aujourd'hui, le christianisme, si aujourd'hui Dieu n'est pas dans notre vie un espace pour Sa vie. Ca lui est parfaitement égal ! Au contraire, il est irrité, il est indigné par tous ces programmes qui se surclassent les uns les autres par leur prétention et qui ne changent rien à rien.

Si nous ne sommes pas brûlés par ce ferment évangélique, si nous n'avons pas la passion de l'homme, si nous ne sentons pas que l'homme n'est pas encore né mais qu'il peut l'être, et que, justement, toute la grandeur de l'humanité, toute la grandeur de la science, toute la gran­deur de la culture., c'est une grandeur qui ne peut s'accomplir qu'au con­tact d'un amour infini révélé à travers nous, si nous ne comprenons pas que le destin de l'homme et de Dieu est entre nos mains, si du matin au soir nous n'avons pas cette sollicitude, si notre regard ne se porte pas sur les deux registres, intérieur et extérieur à la fois, si nous ne sommes pas à l'écoute du mystère des autres, si derrière chaque visage nous ne cherchons pas la réalité du Visage Unique, notre vie passera stérile, inaccomplie, sans laisser aucune trace, parce que nous n'aurons rien créé, rien transformé, rien libéré, rien accompli, rien humanisé, rien transfiguré.

Il est inutile de nous doper avec des mots, de nous réfugier dans des formules, de chercher des assurances dans des amulettes et dans des pèlerinages. Là est le problème humain, chrétien, universel, éternel : passer du moi propriétaire au moi divin, passer par la nouvelle naissance et nous laisser envahir chaque jour davantage pour y parvenir par la divine Pauvreté.

Et le seul moyen c'est justement de nous laisser envahir par la divine Pauvreté, c'est de faire oraison sur les autres, c'est-à-dire d'apporter aux autres cette distance de respect et d'amour qui leur permette de deviner qu'il y a en eux quelque chose qui mérite le respect, quelque chose qu'ils ont à faire fructifier et qui, finalement, puisque d'autres qu'eux-mêmes le reconnaissent et le poursuivent passionnément, c'est donc que c'est un bien commun, un bien universel et finalement un bien divin.

D'ailleurs je pense que tout est là, dans la mesure où nous l'exigerons aujourd'hui et à chaque instant, dans la mesure où nous resterons conscients de ces deux plans, de cette ouverture infinie sur la biologie même la plus épaisse, nous serons dans le sillage du Maître Unique qui est justement notre maître parce qu'il ne veut rien dominer, parce qu'il est le révélateur et le ferment de notre liberté et qu'il nous attend, non pas dans un passé historique situé à 2000 ans de nous-même, mais parce qu'il est maintenant non seulement au-dedans de nous-même, mais dans le coeur des autres une attente urgente, incessante et infinie.

(fin de la 1ère conférence)

Prière : « Dieu de Jésus-Christ, le seul vrai Dieu ! Ton Evangile, c'est Jésus Christ dans Sa Pauvreté infinie, c'est Jésus Christ rayonnant sur nous, c'est Jésus Christ vivant en nous et nous appelant à sa pauvreté !

En ce jour, tout petit enfant, infiniment pauvre, tu es offert au Père, et à chaque instant de ta vie, tu t'offres jusqu'à l'offrande de la Croix !

Nous t'en supplions : fais s'évanouir notre moi propriétaire pour l'investiture en nous du moi divin ! que notre offrande, en celle de Ton Fils, te plaise, regarde en elle celle de l'humanité entière !

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