En 1965, à Beyrouth, dans les Editions "LE REVEIL".

L'HOMME NE CROIT PAS EN L'HOMME

>A un journaliste qui lui posait la question, croyez-vous en Dieu ? , un célèbre physicien répondit : "Et vous, Monsieur, croyez-vous en l'homme ? " - C'est là, en effet, le vrai problème.

>Croire en Dieu, le plus souvent, n'engage à rien. On rend un hommage protocolaire à un idéal transcendant où tout "le bien est déjà fait," comme dit Goetz dans : le Diable et le bon Dieu.

>Cela permet de vivre à l'échelle d'un réalisme qui écarte tout ce qui gêne comme inexistant ou utopique.

>Quand Sartre écrit : "La faim (chez l'homme) c'est beaucoup plus que la faim," il y a peut-être plus de religion dans ce propos que dans mainte profession de foi qui, sans rien faire, abandonne à la Providence - le sort des deux tiers des hommes qui souffrent réellement de la faim.

>Rien ne me frappe davantage que cette incroyance en "l'homme". Rien ne m'est plus sensible. Et je ne pense pas seulement à une foi en l'homme de l'avenir qu'il s'agit de rendre possible, mais à une foi en l'homme d'aujourd'hui sans laquelle celle en l'homme de l'avenir risque de se réduire à un mythe.

LA TRANSCENDANCE HUMAINE

>La première transcendance est celle qui nous concerne et qui est intérieure à nous-même. Toutes les autres me paraissent frauduleuses - qui ne s'inscrivent pas dans la nôtre.

>Faute de croire à la transcendance humaine, aussi bien, il n'est pas vrai que la faim (chez l'homme) c'est beaucoup plus que la faim). Elle ne diffère pas biologiquement, en effet de celle des chauves-souris ou des serpents à sonnettes qui envahissaient avec fureur les habitations d'une région du Brésil affamée par la sécheresse.

>Davantage, faute de croire à la transcendance humaine, il n'y a plus de problème humain, mais des compétitions biologiques où la force et la ruse ont le denier mot. "Tu voulais ta "bouffe" et un petit quelque chose de plus signifiait, précisément, la transcendance humaine impliquée dans une revendication de la dignité, qui est si essentielle pour certains êtres que Jean Guéhenno a pu écrire ce mot admirable: "Qu'importe qu'on nous donne le bonheur si l'on nous refuse la dignité ? "

>Serions-nous devant le problème de la bombe atomique, dont Karl Jaspers dans un livre de sept cents pages vient de nous rappeler le péril, si nous croyions en l'homme ? Serions-nous devant le problème de la faim ?

>Nous voilà contraints de vivre inhumainement tous nos problèmes, quand nous ne les créons pas de toutes pièces, de les résoudre à coups d'expédients et dans un éclairage passionnel : comme l'équilibre de la terreur, qui est jusqu'ici notre seul recours contre la guerre atomique.

>LA GRANDE PEUR DE LA FECONDITE.

>Il en va de même pour le problème démographique. J'entends que l'on y retrouve le même climat passionnel. Au train où vont les choses, nous serons vingt deux milliards en l'an 2.200, observe gravement Raymond Aron. Ce qui l'amène à conclure : "L'humanité tout entière doit se rendre à l'évidence que la maîtrise du nombre est plus importante encore que celle de l'atome."

>Cela ne revient-il pas à dire que l'accroissement des naissances représente un danger plus grand que celui de la bombe atomique, comme, selon le même auteur, il constitue dans les pays dits sous-développés le plus grand frein à leur progrès.

>De telles affirmations ont toute chance de convaincre l'opinion qu'il n'y a de salut que dans la restriction massive des naissances. Mais qui commencera ?

>Il est à craindre que les gens cultivés et les pays surdéveloppés où la natalité a trouvé son équilibre, soient les plus sensibles à cette évidence : "que la maîtrise du nombre" doit être notre première préoccupation ! Mais est-il sûr que formulé en ces termes les problèmes aient été bien posés ?

C'EST LA FAIM QUI REND PROLIFIQUE

>Josué de Castro, médecin et géographe, qui a présidé la F.A.O. des Nations Unies et qui a consacré sa vie au problème de la faim, conclut au terme d'une enquête universelle, sur une documentation rigoureuse, confirmée par des expériences de laboratoire, que c'est la faim qui entraîne la surpopulation et non la surpopulation qui provoque la famine. Très exactement, c'est le manque de protéines d'acides aminés, qui provoque, par dégénérescence du foie, un excès d'hormones oestrogènes d'où résulte chez la femme un excès de fécondité.

>A cette donnée purement physiologique s'ajoute, psychologiquement, dans la faim chronique, qui résulte non de l'absence totale d'aliments, mais d'une permanente sous-alimentation, une anorexie, une perte totale de l'appétit qui supprime l'envie et le goût de manger et transfère tout le potentiel émotif dans le registre sexuel.

>Enfin la faible résistance de la progéniture provoque une mortalité très étendue qui induit les couples à multiplier les naissances pour obtenir le concours du nombre de bras suffisants au travail qui assure leur chétive subsistance.

>Une alimentation riche en protéines, surtout d'origine animale - comme la viande, le poisson, les œufs - entraîne, au contraire une diminution sensible de la fécondité et assure, en quelque sorte, automatiquement, l'équilibre des naissances.

UN PROBLEME PLANETAIRE

>De ces constations, vérifiées par lui-même ou d'autres spécialistes - sur des animaux de laboratoire, Josué de Castro conclut que notre premier souci doit être de remédier à la faim partout où elle sévit : en augmentant, avec toutes les ressources des techniques modernes, la production industrielle et agricole des régions dites sous-développées au profit des indigènes et en organisant la distribution de toutes les denrées alimentaires indispensables a la santé, de manière à éviter la surproduction et la surabondance dans un pays et la disette et la sous-alimentation dans un autre.

>C'est par-là, selon lui, que l'on atteindra le plus sûrement à un équilibre démographique. On n'y saurait parvenir, bien sûr, sans envisager le problème de la faim comme un problème planétaire qu'il faut résoudre dans une économie planétaire, d'où doit résulter, statistiquement, un contrôle raisonnable des naissances, dont l'absence alarme à bon droit tous ceux qui s'inquiètent de l'avenir de l'humanité. Nous sommes malheureusement encore loin de cette économie planétaire.

REFUS DE LA SOLUTION

>Le projet de la création d'un conseil de l'alimentation mondiale chargé de contrôler l'économie alimentaire du monde, d'assurer la stabilisation des prix des denrées, de constituer des réserves alimentaires et d'orienter les excédents de certains produits vers les régions les plus démunies de ressources, présenté en 1946 par la F.A.O aux gouvernements des Nations Unies et accueilli avec faveur par l'immense majorité des Etats, a été finalement rejeté par les Etats-Unis, le Royaume Uni et l'U.R.S.S

>Ce refus abandonnait les pays dits sous-développés à eux-mêmes, c'est-à-dire à leur natalité démesurée ou à l'assistance bénévole d'Etats particuliers, plus ou moins intéressés à s'implanter chez eux, et devait induire leurs gouvernements à préconiser et à favoriser les méthodes anticonceptionnelles sinon à faciliter les avortements.

>Comme il est difficile d'user de contrainte dans ce domaine, la solution dépend finalement des individus qu'il n'est pas facile de convaincre.

LE SALUT PAR LA PILULE

>De toute manière le problème démographique, qui pouvait être résolu à l'échelle planétaire, demeure en suspens.

>On peut donc toujours agiter, avec autant de raison que de succès, le spectre d'une humanité asphyxiée par son pullulement et condamnée globalement à mourir de faim, en conférant au contrôle des naissances l'aspect prophylactique d'une mesure sociale indispensable pour prévenir ce que Raymond Aron nous présente comme le suprême péril..

>Envisagé comme une entreprise de salut public le "birth control", ainsi préconisé, apporte naturellement un supplément de justification à tous les couples qui en use ou qui sont tentés d'y recourir.

>C'est évidemment à ce point de vue que le problème démographique graphique intéresse le plus immédiatement ceux qui ne se trouvent aucunement dans les conditions des régions dites "sous-développées".

>Si l'on veut réussir dans ces dernières à prévenir les naissances par une intervention concertée, on ne proposera pas à des paysannes qui ne savent pas lire la méthode Ogino, on leur donnera l'un quelconque des progestatifs de synthèse, l'une quelconque des pilules qui bloquent l'ovulation. On prendra, autrement dit, le moyen le plus sûr pour atteindre le but.

AMOUR ET PROCREATION

>De nombreux couples n'ont pas attendu d'être stimulés par le problème démographique pour chercher une telle sécurité. Décidés, raisonnablement, à réduire le nombre de leurs enfants ou à n'en point avoir, ils ont voulu pouvoir jouir de leur union conjugale sans être inquiétés par crainte d'une conception possible et sans l'assujettir aux limites d'un calendrier qui ne réussit pas toujours à tout le monde et qui, de toute manière, peut ne pas coïncider avec l'élan qui appelle la fusion des corps.

>Dès qu'il est admis que l'union dans la chair ne se limite pas à la génération et que l'on peut, en excluant celle-ci, en user légitimement pour exprimer l'amour, l'immense majorité aspire, à cet égard, à une entière liberté ou la revendique comme un droit : en percevant, de moins en moins, une différence morale entre le régime Ogino qui profite des périodes de stérilité naturelle, et celui des artifices anticonceptionnels, puisqu'ils visent tous les deux à satisfaire l'amour sans encourir le risque de la fécondité.

LA VAGUE ANTICONCEPTIONNELLE

>Il n'y a aucun doute, cependant, que l'ampleur du problème démographique et le spectre de la famine qui lui est habituellement associé, autant que les solutions radicales que sont amenées à lui donner certaines régions dites sous-développées - par défaut d'économie planétaire - ne doivent concourir à enraciner, dans la conscience commune, la conviction que la seule chose qui importe est d'établir un équilibre heureux entre l'amour et la fécondité et qu'il appartient à chaque couple de décider de la voie la plus sûre pour exclure celle-ci, quand il n'éprouve pas l'appel de l'enfant.

>Les couples non mariés et qui ne peuvent se marier, s'autoriseront sans doute du même argument, pour revendiquer la même entière liberté d'exprimer leur amour dans une union qui n'a plus qu'un rapport facultatif avec la fécondité.

>Peut-on objecter quoi que ce soit à une telle vue des choses - si l'on vit concrètement les difficiles problèmes de la vie à deux ? Je suis convaincu que la plupart des couples qui cherchent sincèrement une solution font de leur mieux et qu'ils parviennent à trouver un équilibre qui assure leur fidélité et leur joie, c'est déjà presque miraculeux, et je suis prêt à canoniser, sans examen, les époux qui ont passé cinquante ans ensemble, sans aucun accroc sérieux.

MAITRISERONS-NOUS LE SEXE ?

>Cela ne m'empêche pas de me demander si l'humanité, dans son ensemble, est beaucoup plus avancée au point de vue du sexe - la seule internationale qui ait réussi jusqu'ici - que sur le plan de la paix, conditionnée si précairement, après deux guerres mondiales, par un équilibre de terreur et que sur le plan de la faim, qui n'a pas encore trouvé sa solution.

>Si je m'interroge ainsi, ce n'est point par scrupule de moraliste. La morale m'ennuie comme tout le monde et elle me paraît stérile: à moins de se réduire tout entière au "to be or not to be" de Shakespeare comme une ontologie créatrice.

>Je crois en l'homme, je l'ai dit, et c'est mon premier article de foi. Mais il s'agit d'un homme possible en chacun de nous, d'un homme que nous avons à devenir, en acquérant " ce petit quelque chose de plus" qui n'est pas donné et où réside tout le secret de notre dignité.

>La manière dont le sexe est vécu par l'ensemble des hommes représente-t-elle une marche vers l'homme authentique, un progrès vers notre dignité ?

REVOLTE ET SOUMISSION.

>L'amour amoureux qui se soustrait à la nature en bloquant artificiellement la fécondité est-il conscient qu'il se soumet à la nature dans l'élan charnel qui l'emporte ?

>J'ai eu l'occasion de souligner tout récemment le mystère de notre cosmicité. La vie, dès la première cellule apparue sur notre planète, est une entreprise fragile et menacée. Menacée dans l'individu qui doit boire, manger et respirer, c'est-à-dire emprunter sans cesse à l'univers de quoi subsister et qui est, finalement, destinée à périr d'épuisement.

>Menacée dans l'espèce, dans chaque type organique, qui ne peut durer et se maintenir que par la reproduction : par simple division au stade élémentaire, par le concours des sexes dans une phase plus complexe où deux sources d'énergies complémentaires doivent assurer, par leur fusion, une plus ferme subsistance.

>Comme cette reproduction sexuée est confiée aux individus, on peut tenir pour assuré que ceux-ci, accrochés à soi d'autant plus fort qu'ils sont plus complexes et plus conscients, refuseraient d'assumer la charge de l'espèce et de se donner des successeurs, s'ils n'identifiaient passionnément l'acte générateur avec leur propre bien, comme le montre le cygne mâle qui assomme un rival qui rôde autour de la femelle qu'il convoite.

LE PIEGE DE LA NATURE

>La nappe vivante et obscurément consciente qui enveloppe la terre, joue ici, son va-tout. Elle ne peut subsister qu'en s'engouffrant dans l'étroit goulot des individus. Elle périrait tout entière s'ils n'entraient dans son jeu. Elle a donc inventé le mirage qui amène, dans une description de Giono, une jument et un étalon à briser la clôture qui les sépare. Ce mirage atteint en nous le paroxysme de son éblouissement, de sa ferveur et de son vertige, dans un déferlement océanique qui mime l'infini et communique aux amoureux l'ivresse démiurgique qui les divinise au regard l'un de l'autre : aussi longtemps qu'il le faut, tout au moins, pour que s'accomplisse l'acte qui assure statistiquement - trop bien - l'avenir de l'espèce. Ils pourront, après, se retrouver dans la banalité, en attendant qu'une nouvelle vague déclenchée par leurs glandes endocrines, les unisse dans le même rythme cosmique, dont le sens et l'origine leur échappent d'autant plus qu'ils excluent plus délibérément la fécondité.

>Ne sommes-nous pas là devant un piège, devant une duperie magistralement ourdie et que peut seul expliquer le péril de mort où se trouve la nappe vivante et obscurément consciente qui enveloppe la terre.

UNE FATALITE SANS ISSUE ?

>Tristan et Iseult, Othello et Desdémone, la Phèdre de Racine, Faust et Marguerite, illustrent, parmi tant d'autres, dans la littérature, la fatalité de l'impulsion cosmique qui emporte les amoureux. Mais les tragédies de la vie l'emportent sur l'imagination des poètes et, chaque jour, quelque drame nous rend sensible la puissance d'aveuglement d'un attrait où l'on perd si souvent le gouvernement de soi-même, sans comprendre pourquoi on passe de l'adoration à la haine, à la jalousie, au ressentiment ou à l'indifférence.

>L'humanité sera-t-elle toujours victime de cette fascination, dont l'expression la plus brutale s'étale sur tous les écrans du "monde libre" et presque dans toute sa littérature, comme si l'homme n'était qu'un sexe ?

>Ma foi en l'homme, comme mon expérience personnelle, m'interdit de le penser.

L'APPEL D'UN CENTRE PERSONNEL

>Rilke, dans ses lettres à sa femme, lui décrit un tableau, vu à une exposition parisienne, qu'il appelle la Dame au fauteuil rouge et qui est si merveilleusement équilibré, que chaque point semble avoir connaissance de tous les autres.

>Quelque chose d'analogue peut se produire dans la rencontre entre un homme et une femme, quand leur sympathie obéit, selon l'expression de Teilhard de Chardin dans un inédit lu hier, à l'appel d'un centre personnel.

>Alors il est impossible de dichotomiser son partenaire et de s'arrêter à ses différences charnelles. Il est perçu du dedans en l'unité d'une lumière où chaque aspect de son être renvoie à ce point origine où il s'enracine dans la Présence unique qui transparaît en lui.

>Alors la chair ne peut plus être un objet de convoitise, une source de vertige. Vêtue de sa dignité, elle acquiert une valeur infinie, une beauté sacrée et proprement divine. Elle est devenue quelqu'un et on peut l'aimer comme on aime une personne, dans une vénération sans trouble, parce qu'exempte de faux-mystère et qui ne s'épuise pas

>Triompher ensemble de cette force cosmique qui envoûte toutes les espèces vivantes, faire contrepoids à la fausse immortalité de l'espèce - qui s'accroche à nous et ne subsiste qu'à travers nous - par l'immortalité de la personne : ne serait-ce pas cela le grand amour, celui qui soulèverait le monde pour l'accomplir au niveau de l'esprit ?

LA QUESTION DE TEILHARD

>Teilhard se demande, dans l'inédit évoqué il y a un instant: "Ce qui fait l'ivresse particulière du don complet, n'est-ce pas que nous y brûlons une partie de notre absolu ? Quelque chose est né mais qui s'est largement consumé sur place. Une sorte de court-circuit s'est produit, un éclat qui absorbe et neutralise une fraction de l'âme."

>N'est-ce pas une manière très subtile et très délicate d'exprimer que l'amour amoureux projette sur son partenaire l'infini dont il est obscurément la quête et qu'il croit rencontrer à portée de la main, sous l'attrait du mirage qui le fascine, et qu'il s'étonne, l'expérience faite, de ce qui demeure impénétrable dans une intimité dont les corps ne parviennent pas à livrer le secret.

L'AMOUR CHERCHE LA PERSONNE

>S'il est vrai, comme l'écrit Alain, qu'un homme ne saurait aimer une femme folle, cela veut dire que l'amour, finalement, cherche la personne, une présence réelle qui soit source et origine, comme celle qu'évoque Dante dans les sonnets de "Vita Nova" :Tant gentille est ma dame quand elle salue autrui ! Que toute langue en tremblant devient muette ! Et les yeux ne l'osent regarder."

>Il est certain, en tout cas, que la rencontre avec le centre personnel d'une autre établit l'amour sur un plan qui comble tout l'être sans le troubler, en sacralisant ses puissances créatrices dans la personne de l'enfant qui en pourrait naître et en qui se résume toute l'humanité personne.

DIGNITE DE L'HOMME

>Quoi de plus émouvant que de penser que l'homme est, avec Dieu, le créateur de l'homme, Mais quoi de plus désirable que cette création aille de la personne à la personne, dans le respect infini de l'être que l'on appelle à l'existence ?

>C'est sans doute à ce niveau que se situe la vraie régulation des naissances, dans la liberté d'un amour affranchi des prestiges cosmiques. Faute d'y atteindre, toutes les solutions que l'on tentera, seront de l'ordre de l'équilibre de la terreur devant la bombe atomique ou de l'économie qui perpétue la faim en refusant de l'assumer comme un problème planétaire.

>Le respect de la vie en nous, comme d'une personne, il faut le répéter, n'implique aucun mépris de la chair, mais au contraire sa divinisation. Pour qui la perçoit dans sa noblesse humaine, dans sa référence au point-origine, la chasteté est la plus haute manière d'en vivre la beauté.

>Cela n'implique pas l'ombre d'un blâme pour ceux qui la voient autrement et que leur expérience conduit sincèrement vers d'autres issues qui ne constituent pas nécessairement leur dernier moi.

L'APPEL A UNE MUTATION

>Il semble cependant que l'immensité du problème avec lequel nous sommes confrontés, dans un monde où les deux tiers des hommes sont sous-alimentés, nous incite à nous mettre en question : non seulement au point de vue d'une économie qui s'avère impuissante à remédier à une situation catastrophique, mais tout autant au point de vue du sexe, qui demande à être dégagé de toute servitude cosmique dans son érotisme non moins que dans sa fécondité, dont l'indispensable contrôle ne comporte pas qu'une solution extérieure artificielle.

>Si l'on croit en l'homme, il faut bien quelque jour, si l'on ne veut pas subir l'existence comme un objet, tirer de soi "ce petit quelque chose de plus" qui donne à la faim des hommes un caractère unique et une dimension infinie.

>Il n'y a pas d'autre moyen de provoquer une mutation qui nous puisse faire naître à une humanité-personne.

>Sans cette foi en l'homme, on laissera aller les choses, jusqu'à ce que les peuples prolétaires, comme les appelle Tibor Mende, se jettent sur les peuples qui surabondent et les soumettent à la contrainte que leur manque de générosité n'aura pas sur prévenir.

>Je n'espère pas vous avoir convaincu. J'ose néanmoins souhaiter que demeure en vous comme une interrogation active et créatrice la question que le célèbre physicien proposait à son interviewer

>"Et vous, Monsieur, croyez-vous en l'homme ?"

>Je ne cesse de me la poser et c'est d'elle seule que je tire mon assurance de croire en Dieu comme à une valeur infinie qui fonde notre dignité, comme au soleil intérieur qui constitue en chacun le même centre personne, conformément à l'Evangile, dont le dernier mot est que le seul critère authentique de l'amour de Dieu est l'amour de l'homme.

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