Abbaye de Bellefontaine, jeudi matin, 20 janvier 1972.

(Sans le son pour l'instant, la fin de la cassette étant de mauvaise qualité...)

Ce n'est pas à partir de là qu'on peut être le rassembleur de toutes les générations et rendre tous les hommes contemporains.

C'est alors que me vint à l'esprit que le second Adam avait ce pouvoir de rassembler tous les hommes et de les rendre contemporains parce que, précisément, il était tellement vidé de lui-même - je parle toujours de son humanité - tellement vidé de lui-même, tellement désapproprié de soi, tellement subsistant dans l'altruisme et dans la liberté du Verbe, qu'il pouvait devenir intérieur à chacun, qu'il pouvait être, comme on l'a dit magnifiquement, chez lui à l'intérieur des autres. Il pouvait donc vivre chaque vie plus intimement qu'une mère peut vivre la vie de son propre enfant et qu'en lui, toutes les générations devenaient contemporaines, qu'elles étaient récupérées sur la fuite du temps et que nous étions tous rassemblés autour de sa table dans la lumière de son amour.

Jésus est le grand rassembleur, Jésus est le grand libérateur, précisément parce qu'il subsiste en la liberté infinie du Verbe divin. Je vois que, sous cet aspect, l'Incarnation s'inscrit au cœur de nos préoccupations les plus actuelles puisque notre recherche est celle d'une liberté authentique qui légitimerait ce sentiment d'inviolabilité qui est le phénomène humain le plus constant et le plus fondamental.

Bien entendu, cette Incarnation, il faut la concevoir à partir du Dieu intérieur. Il est clair que Dieu ne descend pas du ciel au sens matériel. Le ciel, comme dit le pape saint Grégoire, est l'âme du juste. Le ciel est au-dedans de nous et, dans ce ciel intérieur, Dieu n'a jamais cessé d'être présent puisque c'est lui qui le constitue. Il était toujours déjà là, comme il est en nous autant qu'il est en Jésus-Christ. C'est nous qui ne sommes pas en lui. " Tu étais avec moi, dit Augustin dans sa rencontre décisive avec la Beauté toujours antique et toujours nouvelle, tu étais avec moi. C'est moi qui n'étais pas avec toi ".

Dieu était déjà là. Il transparaissait d'une certaine manière dans les prophètes, il s'incarnait déjà puisque c'est toujours, c'est toujours sous forme d'incarnation qu'il se manifeste ; je veux dire toujours sous la forme et sous l'aspect d'une transformation de l'homme qui le rend plus libre de soi et plus apte à nous rendre Dieu présent.

Il y a eu donc une quantité d'incarnations partielles en Israël ou en dehors, partout où s'est fait jour la Présence de Dieu. Mais toutes ces incarnations précisément étaient imparfaites en raison des limites de l'homme et tout aspirait et convergeait et s'accomplit et trouve sa plénitude dans l'Incarnation qui s'accomplit de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Dieu n'avait pas à venir : il était déjà là. C'était l'humanité qui avait à venir et, comme dit admirablement le symbole dit de saint Athanase : " Le Christ est un, non pas par la conversion, le changement de la divinité en chair, mais par l'assomption de l'humanité à Dieu. " L'humanité de Jésus, c'est l'humanité qui vient à Dieu. C'est l'humanité assumée par Dieu, c'est l'humanité libérée radicalement d'elle-même, enracinée dans leur relation subsistante qui constitue la personnalité du Verbe de Dieu est jetée par cette vague éternelle dans le sein du Père.

La Présence de Dieu s'inscrit ainsi d'une manière parfaite dans notre histoire et nous-même, hommes, nous allons connaître qui nous sommes dans la mesure où nous nous laisserons saisir par l'humanité de Jésus-Christ, dans la mesure où, en Jésus-Christ, nous atteindrons à cette liberté totale, où nous deviendrons avec lui et à travers lui, entraînant l'univers, dans la mesure même de notre libération, où nous deviendrons avec lui une offrande d'amour, un simple regard d'amour vers Dieu.

C'est alors que nous rencontrerons Jésus comme la vie de notre vie et que nous percevrons Dieu au plus intime de nous comme une musique silencieuse. (Fin de la conférence)

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