Abbaye de Bellefontaine, jeudi matin, 20 janvier 1972.

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte:

Bien sûr, cette Révélation, finalement, ce sera toujours la Révélation de lui-même et, pour entendre sa Parole, il faudra adhérer à sa personne. Et c'est dans la mesure de notre identification avec lui ou avec elle s'il s'agit de la personne, que nous entendrons son message que nous retrouverons à travers le témoignage de l'Eglise, que nous retrouverons la vérité éternelle et infinie.

Jésus est le suprême révélateur, mais il est aussi, et du même coup, le suprême libérateur, car la grâce d'union qui est faite à cette humanité qui va commencer d'exister dans le sein de Marie, cette grâce d'union, bien entendu, ne lui est pas accordée pour elle-même. Nous sommes, là, au centre d'une nouvelle création où le plan divin, le plan éternel de Dieu qui était disloqué par le refus d'amour initial et par tous ceux qui ont suivi, étant au centre de cette nouvelle création. Nous sommes immédiatement amenés à découvrir que cette grâce d'union, à travers Jésus-Christ, doit s'étendre à toute l'humanité et à tout l'univers.

C'est toute l'humanité et c'est tout l'univers qui sont appelés à vivre de la liberté divine. C'est toute la création qui est appelée à s'intérioriser, à ne plus subir son existence mais, uni aux créatures intelligentes, tout l'univers qui constitue le cadre de toutes ces créatures intelligentes, tout l'univers doit aspirer vers Dieu et trouver en lui son parfait accomplissement.

Jésus est le libérateur de l'humanité et de l'univers pour l'accomplissement du plan de Dieu qui n'a jamais varié et qui est la communication de lui-même dans cette aventure nuptiale, dans cette histoire d'amour où le oui, le oui de la créature peut seul fermer l'anneau d'or des fiançailles éternelles.

J'ai eu l'intuition à Byblos de ce rôle de Jésus-Christ. Je me trouvais sur ce champ de fouilles dont vous connaissez l'admirable histoire, ce champ de fouilles qui a été exploré par un archéologue savoyard, Maurice Dunant, qui a consacré sa vie à ces fouilles avec une intelligence remarquable, avec un sens artistique consommé, qui n'a rien abîmé, qui a décapé chaque couche, en la transportant sur un autre terrain, pour qu'on puisse la saisir dans sa réalité vivante. Et il a mis au jour, en particulier, un cimetière chalcolithique qui date de 2500 avant Jésus-Christ et, dans ce cimetière, il y a des jarres qui contiennent des squelettes qui sont repliés dans ces jarres, comme le fœtus dans le sein maternel, comme si ces squelettes attendaient le retour à la vie.

Et devant une de ces jarres éventrées où le squelette qu'elle contenait était particulièrement bien conservé, tout d'un coup me vint la pensée : " Quel rapport entre ce squelette et moi-même ? Puisque nous faisons partie de la même histoire, est-ce que nous sommes contemporains ? Est-ce que nous sommes compris dans un seul et même dessein ? "

Alors, bien sûr, je me dis : " Mais qui pourrait faire l'unité de cette histoire ? Qui pourrait nous rendre contemporains, ce squelette et moi, car cet homme a vécu, il a vécu sur ce rivage, il a vu cette mer, il a regardé ces montagnes, il s'est senti moderne, il a pensé que le monde est à lui comme moi-même. A-t-il disparu tout entier ou est-il une présence que je suis capable de rejoindre ? "

Un animal d'aujourd'hui devant la carcasse de son ancêtre se trouve devant cette carcasse comme devant un phénomène biologique. Il y a un rapport biologique entre cette carcasse et lui, il y a une succession dans la lignée des générations. Est-ce cela seulement qui m'unissait à ce squelette ? Je cherchais donc qui pourrait faire l'unité de cette histoire, et en songeant à l'exiguïté de ma vie, en songeant que chacun de nous a un espace vital si restreint, car enfin qu'est-ce que le monde pour nous pratiquement ?

C'est le monde qui nous touche. C'est le monde qui a une incidence sur notre vie. Ce sont les quelques visages qui sont indispensables à notre bonheur. C'est la sécurité dont nous pouvons jouir en habitant une terre qui n'est pas systématiquement secouée par des événements sismiques. Notre monde est un tout petit monde et le monde qui est au-delà de ce tout petit monde ne nous touche au fond pas réellement. Nous enregistrons des événements, nous savons qu'ils se passent, nous pouvons éventuellement en être les témoins par la télévision, mais cela ne dérange pas notre petit ménage, cela ne trouble pas notre petit monde, cet espace vital qui nous est indispensable.

Ce n'est pas à partir de là... (à suivre)

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