Suite 6 et fin de la conférence sur le miracle.

Le seul miracle qui compte finalement, c'est ce miracle qui nous transforme nous-même. Notre Seigneur a tamisé l'éclat du merveilleux.

Reprise du texte : « Rien dans l'Evangile ne peut nourrir en nous la soif du merveilleux ».

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte :

Suite du texte : " Notre Seigneur s'y est opposé de toutes ses forces et, justement, au tentateur qui lui suggérait d'accomplir son ministère à coups de miracles éclatants qui attesteraient qu'il dispose d'une puissance surhumaine, Il a refusé cette proposition en disant : " Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu. " Il faut donc parler avec une extrême réserve de tous les miracles et il faut y voir essentiellement le passage de Dieu.

Je suis convaincu que, s'il n'y avait pas à Lourdes tout ce mouvement de charité, toutes ces ondes d'amour qui circulent, qui dynamisent justement, qui dynamisent tous les rythmes humains, il ne se passerait rien ! Le grand miracle, c'est ce rassemblement de masses innombrables venues de tous les points de la terre et qui mettent en commun leur amour.

Quand on entend un mot comme celui la : une femme a été à Lourdes, elle était dans un état extrêmement grave : elle revient non guérie et elle dit : " J'ai obtenu une si grande grâce ! - Laquelle ? - Mais la guérison de ma voisine ! La guérison de ma voisine ! " Quand elle avait été là, elle n'avait pas demandé sa guérison, elle avait demandé la guérison de sa voisine.

C'est donc cette circulation de l'amour qui met en mouvement toutes ces énergies et il n'y a aucune raison d'imaginer une espèce de, une espèce d'intervention mécanique de Dieu. Elle serait impossible, encore une fois, parce que toute la Création, toute la création c'est le rayonnement d'un amour qui suscite l'être et la vie par le don de soi.

Le seul miracle finalement qui compte c'est ce miracle qui nous transforme nous-mêmes, qui surmonte en nous les ténèbres et l'égoïsme. (1) Et c'est pourquoi notre Seigneur s'est retiré de plus en plus de cette sphère du miracle, c'est pourquoi il a tamisé l'éclat des signes qu'il accomplissait par le rayonnement de sa seule présence, et que il a eu devant Thomas qui voulait toucher et vérifier, « Bienheureux », il a eu ce mot qui porte si loin : " Bienheureux ceux qui ont cru et qui n'ont pas vu ! "

D'ailleurs n'oublions pas, et ceci est tellement important, que la Résurrection de notre Seigneur n'a été attestée, n'a été perçue, n'a été manifestée qu'aux seuls disciples. Si le miracle était un coup de poing donné dans les phénomènes naturels, pour bien montrer qu'il y a Quelqu'un qui est Maître de l'Univers, notre Seigneur aurait été se présenter à Caïphe, à Pilate. Il leur aurait dit : " Vous avez raté votre coup, vous avez raté votre coup : me voilà ! Me voilà ! Vous avez cru en finir : me voilà ! " C'est tellement différent. Alors, on n'aurait absolument rien compris.

On aurait confondu le Miracle de la Résurrection ou plutôt le Mystère de la Résurrection avec n'importe quelle résurrection de mort, avec n'importe quelle résurrection de morts. La Résurrection de notre Seigneur appartient à un tout autre ordre. Comme sa mort est unique, sa résurrection est unique et si Jésus s'était présenté à Pilate ou à Caïphe, ce qui était impossible a priori, impossible étant donné ce qu'il est, étant donné le niveau, le niveau de la vie spirituelle qu'il vient communiquer, si notre Seigneur l'avait fait, on n'aurait rien compris au caractère tout intérieur de sa mort et au caractère tout intérieur de sa Résurrection.

Justement, ce n'est que par éclairs, ce n'est que sporadiquement, par intermittence, que les Apôtres ont saisi quelque chose, sans d'ailleurs comprendre et sans pouvoir rien en tirer, parce qu'il fallait que la Résurrection fût comprise dans sa lumière intérieure au niveau même de cette mort qui est mort d'amour et qu'il n'y eût pas d'équivoque sur la vie éternelle qui fait de Jésus le Prince de Vie. C'est justement du dedans, en lui, que toute la vie jaillit et sa chair elle-même vit de cette vie éternelle.

Nous garderons donc de cette méditation un sens extrêmement respectueux du surnaturel. Nous garderons de cette méditation justement le sentiment que le grand miracle de l'Évangile, c'est que notre Seigneur a tamisé, a tamisé l'éclat du merveilleux. Il n'a pas voulu justement être un bateleur. Il n'a pas voulu être un amuseur de foules, il n'a pas voulu se fier aux gens qui le suivaient parce qu'il faisait des miracles, et c'est la première chose qu'il dit à Nicodème qui lui disait, qui lui dit : " Maître, personne ne peut faire les signes que tu fais si cela ne lui est donné d'en haut ! " Jésus lui coupe sa révérence en deux, et lui dit : " Non, il ne s'agit pas de ça ! Il ne s'agit pas de ça ! Personne ne peut entrer dans le Royaume de Dieu s'il ne naît de nouveau, s'il ne nait de nouveau ! "

Et c'est cela, justement, qui nous donne une garantie tellement intérieure d'une vérité incomparablement spirituelle dans l'Évangile de Jésus-Christ, c'est que le merveilleux n'y compte pas, n'y est jamais boursouflé, est toujours tamisé et que l'essentiel, c'est la nouvelle naissance (1) où l'on change de cœur, où l'on change d'âme, et où l'on s'identifie avec l'éternel Amour.

Vous vous souviendrez, si vous le voulez, pour que cet entretien s'accroche en vous à une image, d'Anne de Tourville et de ce charbon qui ne s'épuise pas, qui est en toute petite quantité, mais il y en a toujours juste assez. Après tout, l'essentiel, c'est que nous ne soyons pas esclaves des réalités matérielles au point d'avoir à nous en préoccuper et que nous puissions justement nous ouvrir à cet Amour qui ordonne toutes choses, qui unifie, qui pacifie, qui ordonne tous les rythmes du monde et de l'humanité elle-même, et qui peut faire de nous, si nous écoutons bien, une " musique silencieuse ".

Fin de la conférence.

Note (1). Si vous pouvez vous le procurer vous lirez avec profit l'excellent chapitre de M. Fromaget sur la nécessité de la nouvelle naissance si l'on ne veut pas mourir totalement, la nécessité de la nouvelle naissance de l'homme à l‘esprit et de l'Esprit.

Ajouter un Commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication. Les contributions doivent porter sur le sujet traité, respecter les lois et règlements en vigueurs, et permettre un échange constructif et courtois. A cause des robots qui inondent de commentaires publicitaires, nous devons imposer la saisie d'un code de sécurité.

Code de sécurité
Rafraîchir