Suite 4 de la conférence donnée à Ghazir le 7 août 1959.

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte :

"La Pénitence, - et ceci est moins connu - la pénitence a une ordination communautaire. Le sacrement de Pénitence, comme tous les sacrements, se situe dans la communauté : nous le recevons par la communauté et il doit fructifier pour la communauté. Et de retrouver ici, dans la Pénitence qui semble nous concerner d'abord nous-mêmes, puisqu'elle aboutit à notre restitution à l'état de grâce ou à l'accroissement de la grâce.

Mais justement, la grâce étant toujours une mission, il fallait bien finalement s'attendre à ce que le sacrement de Pénitence lui-même ait cette ordination communautaire. Et il est facile de s'en rendre compte si l'on reprend le mot d'Élisabeth Leseur : " Toute âme qui s'élève, élève le monde ! ", en ajoutant, puisque c'est symétriquement vrai : toute âme qui s'abaisse, abaisse le monde.

Donc, toute âme qui s'élève, élève le monde, toute âme qui s'abaisse, abaisse le monde : il s'ensuit immédiatement que mes fautes abaissent le niveau de la grâce pour le monde entier, effacent, d'une certaine manière, la Présence de Dieu pour le monde entier, en tous cas interceptent ou diminuent le courant de la vie divine qui doit circuler à travers nous et dont chacun de nous est un relais dans cette immense chaîne d'amour que constitue ou qui constitue la Communion des Saints.

Dans la mesure donc où j'ai blessé toute l'humanité dans mes refus d'amour, j'ai une restitution d'amour à opérer à - l'égard de toute la communauté. Et c'est pourquoi ma confession se fait dans la Communauté : elle se fait à la communauté, la personne du prêtre représentant ici Jésus, Fils de Dieu et Fils de l'Homme, représente donc Jésus en tant qu'il est la source de toutes les grâces dans sa divinité et, en tant que Fils de l'Homme, il est solidaire de toute l'humanité et qu'il représente toute l'humanité.

Le prêtre, ici, représente à la fois Dieu et l'homme, à la fois Dieu et l'Humanité, et nous nous confessons à lui comme à Dieu et comme à l'Humanité. Autrement, la confession ne serait pas nécessaire : il suffirait que nous nous confessions à Dieu. S'il est nécessaire que nous passions par la communauté, par le truchement du prêtre, c'est justement que nous avons blessé toute la communauté et que nous avons à opérer cette restitution d'amour à l'égard de toute la communauté.

Et je trouve cela absolument admirable. C'est admirable que, justement, le sacrement de Pénitence sublime ce caractère universel de notre conduite et de notre responsabilité. Un acte libre, c'est un acte qui concerne tout l'univers : s'il est positif, il élève le monde entier ; s'il est négatif, il abaisse le monde entier. Et c'est le pourquoi de notre liberté à la mesure de la Croix : elle est immense, elle est infinie et c'est pourquoi elle engage toute l'humanité et tout l'univers.

C'est aussi bien pourquoi, s'il est vrai - comme j'en suis essentiellement convaincu - qu'un acte d'amour nous restitue immédiatement en l'état de grâce, quelle que soit la faute commise, il reste pourtant à en faire l'aveu au sacrement de Pénitence, parce que il reste toujours cette obligation, cette exigence d'amour plutôt, à l'égard de la communauté.

Donc, si vous pouvez prendre pour règle absolue - et c'est très important pour des religieuses - pour règle absolue qu'un acte d'amour vous met immédiatement en état de grâce et vous permet toujours de communier, même si vous n'avez pas l'occasion de vous confesser, il reste à vous confesser quand l'occasion vous en sera donnée.

Il arrive que des religieuses, par entraînement, parce que toute la communauté communie, n'osent pas ne pas communier et communient dans un état trouble en se demandant si elles ne le font pas tout simplement par respect humain. Pour éviter ce conflit, pour ne pas être prises au piège de cette tentation, vous pouvez garder cette règle comme absolument sûre : un acte de contrition, un acte d'amour, un acte d'amour est incompatible avec le péché, incompatible, car le péché, c'est nous en état de refus, et un acte d'amour, c'est nous en état, en état de consentement, en état d'amour. Donc, dès qu'un acte d'amour est intervenu, sincère, profond et vraiment relatif à Dieu, pas relatif à nous, si vraiment nous sommes blessés de l'avoir blessé, c'est fini : la grâce circule et le Seigneur -- qui était déjà là et qui nous attendait - ouvre les torrents de grâces qui jaillissent toujours de son Amour dans une âme qui s'ouvre à lui.

Alors, vous pouvez toujours communier dans cette situation, si vous êtes justement de nouveau axée sur le Cœur de Jésus-Christ. Vous vous confesserez alors quand vous en aurez l'occasion, et vous pourrez attendre cette confession en toute tranquillité, en toute tranquillité. Vous la ferez simplement pour accomplir l'ordination communautaire du sacrement de Pénitence et pour opérer cette restitution d'amour qui donne justement la mesure même de notre lien avec la communauté.

Si nous l'avons blessée, il faut guérir cette blessure. Si nous avons intercepté le courant, il faut en rétablir la circulation. Si nous avons pris un visage qui n'était pas le nôtre, souvent pour faire croire à une vertu qui n'était pas en nous, il faut nous mettre en état de vérité devant la communauté en avouant exactement ce que nous sommes à la communauté par le truchement du prêtre qui la représente aussi bien que la Trinité Sainte qui va nous admettre de nouveau dans son intimité". (à suivre)

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