Suite 3 de la conférence donnée à Ghazir le 7 août 1959.

Une sorte de religion dont j'ai horreur. Il est certain que le Baptême est si précieux justement parce qu'il insère déjà le petit enfant dans la communion des saints : il en fait une source de grâces pour l'Univers entier.

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte :

"D'ailleurs, pourquoi, pourquoi matérialiser la religion de l'Esprit ? Si notre Seigneur est celui qui nous a délivrés à jamais de la superstition, si Il a situé au-dedans de nous le sanctuaire de la divinité, s'il a eu horreur de la boucherie accomplie dans le Temple, s'il a chassé les vendeurs du Temple, s'il a supplié les hommes de le laisser tranquille avec l'exigence du miracle, s'il a demandé à Nicodème de passer par une nouvelle naissance et de ne pas s'en remettre simplement aux signes visibles, est-ce que nous allons-nous faire de Jésus la caution d'une religion magique où il suffit de laisser agir sur soi un signe pour être sanctifié ?

J'ai horreur de cette religion, j'ai horreur de ces gens qui confondent le Catholicisme avec un paganisme, comme Maurras, qui sont heureux de toutes ces exhibitions extérieures et qui pensent que l'Église a eu la sagesse de continuer le paganisme qui est adapté justement à la faiblesse humaine. Alors, on pèche fortement et puis on reçoit le sacrement en temps voulu. Et c'est le Christ qui fait l'affaire, et on est purifié parce que on a absorbé la grâce par la bouche ! Tout cela, me paraît scandaleusement trahir le Christianisme.

Il est certain que le Baptême, le Baptême est si précieux justement parce que il insère le petit enfant déjà, il l'insère dans la Communion des Saints. Il en fait une source de grâces pour toute la Communauté humaine et, si il est extrêmement important de baptiser le petit enfant le plus tôt possible, ce n'est pas pour l'arracher à un destin misérable qui le concernerait lui-même, mais c'est d'abord pour faire de lui une source de grâce dans l'Univers tout entier.

Le fœtus que j'avais baptisé dans un cas de grossesse prématurée, ce fœtus, eh ! bien oui, il peut, il peut déjà porter le destin du monde. Pourquoi pas ? C'est admirable, justement, que ce germe qui n'a pas abouti, s'il est vivant, puisse encore être le porteur d'une grâce qui s'adresse au monde entier. Tout cela sans vouloir insister sur un baptême dans l'utérus. Je crois que on est allé un peu loin dans ce domaine et qu'il ne faut tout de même pas prendre le Seigneur au piège de la lettre. Mais enfin que, dès le commencement, là où il y a la vie, il puisse y avoir la grâce et que, là où il y a la grâce, il puisse y avoir la mission et que, là où il y a la mission, il puisse y avoir un trésor pour le monde entier, c'est une chose infiniment émouvante !

Le petit enfant, qui ne sait même pas que ce trésor lui est confié, bien qu'il puisse le sentir d'une certaine manière, comme il sent l'amour de sa mère... car il ne faut pas exagérer non plus la portée de l'âge de raison : si l'on a observé, dans les hôpitaux de Londres, qu'un enfant soigné par sa mère - c'est-à-dire dont la mère concourt aux soins donnés par les infirmières - guérit deux fois plus vite qu'un autre, cela veut bien dire qu'il y a une communication entre le petit enfant et sa mère par le fond, qui est bien plus précoce, qui est bien plus profonde, qui est bien plus décisive que la communication par les mots, par le langage qui se situe à l'âge de raison.

Je crois que il y a une connaissance, justement, de la personne par la personne qui est bien, bien plus profonde et bien antérieure à la connaissance discursive, à celle qui s'inscrit dans un langage, et je crois qu'il y a une connaissance de Dieu, aussi, qui est infiniment plus précoce que la connaissance catéchistique, qui est celle qui se fait par la respiration de Dieu du petit enfant à travers la sainteté de sa mère.

Donc, la grâce baptismale peut de très bonne heure déjà sanctifier l'âme d'un très petit enfant grâce à cet échange avec Dieu qui s'accomplit, qui s'accomplit en lui par le truchement, par l'intermédiaire de sa mère.

Quoi qu'il en soit, c'est d'abord cette ordination communautaire qu'il faut voir dans le Baptême. L'enfant devient une source de grâces pour le monde entier, comme Mounier en avait l'impression lorsque sa petite fille eut été privée de raison à jamais par un vaccin qui avait échoué, à l'âge de six mois. Lorsqu'il fut devenu clair pour lui, que la raison s'était absolument éteinte dans cette petite fille, ce fut d'abord une épreuve atroce pour cet homme de génie. La certitude qu'il ne pourrait jamais communiquer raisonnablement avec cette enfant était évidemment ce qui pouvait le blesser le plus profondément. Et finalement, parce qu'il était un très grand chrétien, la certitude que l'état de grâce établissait une communication par le fond le fit s'agenouiller devant cette petite hostie vivante qu'était sa petite Françoise, et c'est là qu'il venait faire oraison, comme dans le sanctuaire de la divinité.

Ce qui est vrai du Baptême est vrai de la Confirmation d'une manière encore plus explicite, puisque la Confirmation répond pour nous à la Pentecôte. C'est la Pentecôte de chacun de nous. Et la Pentecôte, c'est évidemment la naissance de l'Église. C'est donc, par excellence, la grâce de la mission qui fait fructifier la grâce baptismale en un Ite, Missa est, explicitement, explicitement formulé. Ite, Missa est " Allez, c'est la Mission ", c'est ce que veut dire la Confirmation. Vous êtes envoyé : vous n'êtes pas Chrétien pour vous, vous l'êtes pour le monde entier et l'intimité que vous avez avec le Seigneur doit se nourrir de cette communication permanente que vous faites de sa vie et de sa grâce au monde entier". (à suivre)

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