Suite 2 de la conférence donnée à Ghazir sur la relation essentielle des sacrements au mystère de l'Eglise.

L'ordination communautaire de tous les sacrements au mystère de l'Eglise. Toute grâce est une mission, on ne la reçoit jamais pour soi-même, on la reçoit pour tous.

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte :

Les sacrements, les autres sacrements s'ordonnent à l'Eucharistie, puisque comme le disait saint Thomas, le Baptême contient le vœu de l'Eucharistie, il ne serait pas le Baptême sans cela. Si tous les sacrements sont ordonnés au mystère de l'autel, c'est-à-dire finalement au mystère de la Croix, et reçoivent de la Croix, par le mystère de l'autel, leur efficacité, il faudra retrouver dans tous les sacrements cette ordination communautaire, cette - ouverture universelle, ce rapport essentiel à la communauté, c'est-à-dire au mystère de l'Église.

Cela se comprend d'ailleurs immédiatement, si l'on pense que toute grâce est une mission, toute grâce est une mission. En effet, toute grâce a pour effet immédiat de nous guérir de nous-mêmes, de nous libérer de notre moi propriétaire et charnel et, par conséquent, de nous lancer à la conquête du monde pour en faire le Royaume de Dieu.

Toute grâce est une mission, car la grâce ne peut pas s'enraciner en nous et nous transformer réellement, si, justement, elle ne détermine pas immédiatement cette ouverture à tous et à tout.

C'est pourquoi on peut dire que la catholicité et l'apostolicité sont indissolublement unies. Etre catholique, c'est être universel. Etre apostolique, c'est être envoyé, et finalement, c'est une seule et même chose.

Toute grâce est une mission : on ne la reçoit jamais pour soi mais pour tous. Et, dès que on se propose de la restreindre à soi, si c'était possible, immédiatement on la rendrait stérile et on la perdrait : la grâce ne fructifie que dans cette ouverture, que dans cette ordination communautaire, que dans ce don de nous-mêmes fait à tous. C'est par-là que nous sommes en prise sur le Christ, que sa vie circule en nous et, à travers nous, se communique à tous et à tout !

Il est donc essentiel que nous retrouvions, mais dans tous les sacrements, cette même ordination, et c'est d'une importance capitale. Comme on ne communie jamais pour soi tout seul mais pour tous, en communiant avec tous et à tout, la communion humaine étant la condition , la communion humaine universelle étant la condition de la communion authentique avec Dieu, on ne reçoit jamais un sacrement pour soi tout seul. On le reçoit dans la communauté, par la communauté et pour la communauté. Il faut insister sur ce point, parce que si l'on restreint le mystère de l'Église à ses propres besoins, si l'on en fait un quant-à-soi solitaire et retranché, finalement on se donne un Dieu à sa propre mesure et bientôt on donne à Dieu sa propre figure, et on en fait une idole, ce que les Pharisiens avaient fait justement en ramenant Dieu à leur mesure, ils en avaient fait une idole, une idole et c'est au nom de ce Dieu, qui était un faux dieu, qu'ils ont condamné le vrai et qu'ils ont crucifié le Seigneur. D'ailleurs, c'est uniquement dans cette atmosphère, dans cette ouverture universelle, dans cette catholicité, dans cette apostolicité de la grâce et de l'amour que l'organisme sacramentel prend toute sa grandeur et toute sa beauté.

Il ne s'agit pas de faire un geste qui automatiquement sanctifiera un être qui est dans n'importe quel état, comme Bloy le pensait lorsque il pressait Maritain de baptiser son beau-père, qui était Juif. Il pensait, il insistait là-dessus, comme si le Baptême même reçu de force en quelque manière, par une espèce de contrainte irrésistible, sortait infailliblement son effet.

J'ai horreur de cette mécanique sacramentelle qui me paraît être une négation de l'Évangile et une trahison de tout ce qu'il y a de plus profond, de plus délicat et de plus sacré dans l'organisme sacramentel.

Je me rappelle ce capucin de mes amis, qui me racontait que il avait un oncle qui était un dur à cuire, un vieil anticlérical du Midi de la France et qui, étant malade et dangereusement atteint, avait été assiégé par toute sa famille qui n'avait cessé de le solliciter à recevoir les sacrements. Et finalement, il avait reçu les sacrements, et toute sa famille s'était reposée sur cette réception des sacrements, en avait fait grande fête, avait alerté le capucin qui, rendant visite à son oncle, le félicite de s'être enfin réconcilié avec Dieu. Et son vieil oncle le regarde du coin de l'œil et lui dit : " Est-ce que par hasard, est-ce que par hasard tu y croirais ? " Il avait reçu les sacrements pour qu'on lui fiche la paix.

Eh bien, évidemment, il est parfaitement inutile de faire le siège des êtres pour obtenir d'eux un geste afin que nous, nous soyons tranquilles. Il s'agit de faire mûrir ce désir, de le faire mûrir dans l'amour et par l'amour, et qu'il soit un geste vécu. Et, il vaut mille fois mieux qu'il y ait un commencement de désir, même si on n'arrive pas au geste sacramentel, plutôt que de l'accomplir du dehors et d'aboutir à ce résultat que, cédant aux sollicitations de l'entourage, on reçoive le signe sacramentel n'importe comment, pour en avoir fini avec ces sollicitations. (à suivre)

Note (1) « J'ai horreur, de cette mécanique sacramentelle qui me pa­raît une négation de l'Evangile et une trahison de tout ce qu' il y a de plus profond, de plus délicat et de plus sacré dans l'organisme sacramentel. »

On ne se rend pas suffisamment compte de la gravité de ces propos de Zundel qui peuvent sembler une condamnation de ce qui se pense et se fait couramment dans l'Eglise, sans doute encore aujourd'hui. Et qui peut être une des causes importantes de la grave crise actuelle.

Mais qui s'en rend compte ? De mon salut dépend le salut de l'humanité entière.

Prière : Jésus ! Jésus réellement présent dans Ton humanité dans le cœur de tout homme venant en ce monde ! Tu n'a pas institué le sacrement de l'Eucharistie pour nous offrir un nouveau mode de Ta présence réelle, tu l'as institué comme instrument de notre salut par une assimilation toujours plus réelle de l'universalité de notre salut.

Donne-nous l'intelligence profonde du sens de l'Eucharistie, moyen nécessaire à tout homme pour son salut dans l'Eglise !

Quand nous Te recevons dans la communion tu ne viens jamais seul ! C'est l'humanité entière qui vient dans notre cœur nous appelant toujours à une prière universelle : rends-nous davantage capable de cette prière, seule digne de toi et de nous.

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